Lopération a été menée dans les années 65, dans le contexte du remembrement dune part, et à un moment où se posait la question du devenir du secteur : baisse de lagriculture, développement du tourisme. Elle est exemplaire dans la mesure où elle associe la question du remembrement et celle de lurbanisme, et où il sagit dune opération publique. Elle a dailleurs servi de modèle pour deux opérations similaires en Champsaur, à Chaillol et à Laye, et a donné naissance au terme de "remembrement-aménagement".
Lopération est à retenir en tant que témoin dune politique volontariste qui tente de concilier maintien de lagriculture et développement touristique, et de répondre à la question de loccupation du territoire (à un moment où les gens partent) et à son aménagement contrôlé. Les terrains de La Gardiole, appartenant à la commune et inexploitables pour lagriculture, étaient alors mis à la disposition des bergers pour le pâturage. Parallèlement au remembrement conduit dans la plaine, la direction départementale de lagriculture (DDA) dessine et réalise dans cet espace en pente un lotissement résidentiel dune douzaine de lots.
La maîtrise douvrage est assurée par la DDA et pilotée par lingénieur Pierre Chauvet ; cest également un architecte de la DDA, Pierre Moutard, qui dessine le lotissement et les 4 ou 5 modèles de maisons. Les façades sont imposées ; les dispositifs intérieurs peuvent être modifiés. A lorigine, le déboisement autour des maisons est interdit. Lobjectif est linscription dans le paysage.
Ce lotissement se caractérise par sa faible densité, son insertion dans lenvironnement naturel, son unité, la modestie et la qualité de son architecture. Les matériaux sont simples : combinaison de bois et de béton enduit, toiture à forte pente en bardeaux dasphalte. Le bardage en bois et la mise en uvre soignée du second-uvre (avant-toits, consoles, garde-corps, balcons
) enrichissent des formes architecturales simples.
En fonction de la pente, larchitecture intérieure offre deux appartements superposés ou sarticule en demi-niveaux qui apportent qualité et fluidité aux espaces. Cette opération, au caractère architectural simplissime, peut apparaître aujourdhui comme luxueuse du fait de sa discrétion dans un paysage remarquable (bocage et bois du Champsaur) et par le lien privilégié à la nature quelle propose aux résidents (immersion totale).
Comparée à la production actuelle, au regard de ce que lon connaît traditionnellement en altitude, elle apparaît très intéressante.
rédacteur : Jean-François Lyon-Caen, Ecole darchitecture de Grenoble, 2006
|