Usine de Beauport, ancienne fabrique de garance
Vedène, Vaucluse

Le site industriel de Beauport, implanté au nord de la commune de Vedène, n'aurait pas existé sans la conjonction d'une ressource énergétique disponible, la force hydraulique apportée par le canal de Vaucluse, et du succès d'une culture, celle de la garance, poudre tinctoriale rouge tirée des racines de la plante. Introduite dans le Comtat au siècle précédent par Jean Althen, sa culture et son industrie connaissent dans le département un essor absolument exceptionnel au XIXe siècle. Vers 1850, le Vaucluse assure environ les deux tiers de la production mondiale de la poudre de garance.

Autorisée le 5 septembre 1835 par une ordonnance du roi Louis-Philippe, la fabrique de garance de Beauport est créée par Hilarion Seyssaud de Lalauze puis agrandie par Joseph Verdet, un négociant d'Avignon, qui rachète le site en 1841. Il deviendra un des industriels importants du département. L'usine se développe progressivement jusqu'aux années 1860, période où elle atteint son apogée. L'activité est alors diversifiée, la garancine et l'alizarine étant produites à côté de la poudre de garance traditionnelle. Un nouveau grand bâtiment d'étuves pour le séchage des racines, le mieux conservé aujourd'hui avec ses étonnantes voûtes alvéolaires, est ajouté en 1866-1867. Après le déclin de la garance imputable à la découverte de l'alizarine de synthèse en 1868, le site est réaffecté à d'autres usages, sucrerie de betteraves en 1890, usine de liège, usine d'oxygène et fonderie au XXe siècle.

Le site de Beauport synthétise nombre de difficultés caractéristiques du patrimoine industriel : un environnement dégradé qui n'en facilite pas l'accès et le prive d'une partie de son sens, le poids de l'histoire avec une évolution constante et donc la disparition inévitable d'un état originel cohérent, la rupture corollaire de la compréhension globale de la chaîne de production, l'inadéquation entre la documentation archivistique et le subsistant, le morcellement foncier, la déshérence de certains équipements, la difficulté à mettre en place un projet valorisantÉ

Grâce à la présence de ses dispositifs hydrauliques, à la conservation de son architecture du XIXe siècle, à l'originalité de conception et à l'étonnante préservation de ses étuves, il n'en demeure pas moins d'un grand intérêt. Il est aujourd'hui un des tout derniers sites où on peut encore appréhender l'industrie de la garance, cette activité majeure du Vaucluse pendant près d'un siècle.


Inscription au titre des monuments historiques par arrêté préfectoral du 8 juillet 2011 les parties suivantes de l'usine de Beauport, ancienne fabrique de poudre de garance :
- en totalité les bâtiments suivants : bâtiment des étuves de l'ancienne usine de garance (n° F du plan annexé, parcelles 183,184,185),
- grand bâtiment ouest de l'ancienne usine de garance, y compris les décors peints par les chantiers de jeunesse durant la seconde guerre mondiale (n° E du plan, parcelles n° 9 et 137),
- petit bâtiment de la turbine, y compris la turbine qu'il contient, de l'ancienne usine d'alizarine (n° J du plan, parcelle 137),
- façades et toitures des bâtiments suivants : corps de porche (n° B du plan, parcelle 4), bâtiment au nord du porche (n° C du plan, parcelles n° 6 et 7) de l'ancienne usine de garance,
- bâtiments des magasins (n° K du plan) grand bâtiment ouest (n° L du plan) et bâtiment des chaudières et étuves (n° M du plan) de l'ancienne usine d'alizarine (parcelle n° 137),
- dispositifs hydrauliques liés au canal de Vaucluse sur le site et relevant de la parcelle n° 137.