Ancien hôtel d'Agar,
Cavaillon, Vaucluse

Dans le quartier canonial de Cavaillon développé au Moyen-Age au sud de la cathédrale Saint-Véran et de l'évêché disparu, cette demeure n'est pas un véritable hôtel particulier conçu d'un seul jet, mais plutôt l'agglomérat de plusieurs maisons mitoyennes d'origine médiévale, réunies autour de deux petites cours. De plus il a été transpercé de part en part à la fin du XIXe siècle par un passage urbain, le passage Vidau.
L'occupation du site remonte à l'époque romaine et se traduit par la présence de vestiges divers dans les caves et par des découvertes récurrentes dans le sous-sol. La dernière, en 2010, fut celle d'enduits peints gallo-romains et d'un trésor monétaire des Ier et IIe siècles de notre ère.

L'histoire de la demeure est très mal connue, à part son appartenance à une grande famille locale, celle d'Agar, à la fin du Moyen Age et à l'époque moderne. Celle-ci est révélée par les armoiries sculptées sur la tour de l'escalier en vis et confirmée par l'étude des cadastres d'Ancien Régime. Au XIXe siècle, la maison est divisée entre les familles Liffran et Vidau, avant d'être de nouveau réunie aujourd'hui.

Du XVe au XXe siècle, chaque siècle a apporté sa pierre. Les éléments architecturaux dignes d'intérêt sont la tour d'escalier en vis avec son couvrement de pierre à linteaux rayonnants et sa terrasse sommitale crénelée dotée de gargouilles sculptées, et la petite façade à ferronneries du XVIIIe siècle ouvrant sur la place de Cabassole.

Les éléments les plus remarquables relèvent du second ¤uvre et du décor et se dissimulent à l'intérieur. Il s'agit d'abord, dans un salon au sud de la cour, d'un plafond à poutres et solives apparentes, totalement revêtu de peintures en très bon état de conservation. Ce décor associe des motifs de rinceaux et de guirlandes de fleurs et de fruits, des masques et des médaillons à l'antique, des putti et des faunes, des petits paysages...
Dans la même pièce et dans deux autres salles du 1er étage, sont conservées trois cheminées à hotte droite décorée de gypserie. Leur iconographie développe des thèmes de la mythologie et de l'histoire antiques : Jason conquérant la toison d'or, Orphée et Eurydice, le geste héroïque de Caius Mucius Scaevola devant le roi étrusque Porsenna. Il s'agit probablement d'un cycle cohérent, mais on ignore le contexte de sa création et l'identité de ses auteurs. Ces décors, tant peints que stuqués, constituent les seuls exemples conservés dans un bâtiment civil cavaillonnais des arts décoratifs de cette époque.


Inscription (cadastre CK 787, 1424, 1544 et 1545) par arrête du 14 mars 2011.