Maison dite "du Corsaire",
Saint-Tropez, Var

La "maison du Corsaire" située sur le quai Suffren, dans l'extension XVIIe de la ville ancienne, n'a pas été touchée lors du bombardement allemand du port, le 15 août 1944. Sa façade avait été toutefois refaite fin XIXe-début XXe. Dans les appartements, rien de visible ne subsiste des dispositions d'origine. En revanche, l'édifice a conservé un remarquable escalier orné de gypseries, ces décors exécutés avec une composition de matières où domine le plâtre : médaillons à l'effigie de divinités antiques, décors de grappes de fruits, oiseaux, putti, trophées d'armes, rinceaux, figures grotesques, animaux réalistes ou fantastiques.

Le commanditaire, l'architecte éventuel, les décorateurs de cette maison sont encore inconnus. Son appellation paraît relever d'une tradition orale issue sans doute des représentations de Mars, dieu de la guerre, et d'autres détails iconographiques des décors, et fait écho au destin maritime de la ville.

Dans ce contexte les hypothèses de datation, autour de 1650, reposent sur les comparaisons avec d'autres ensembles de la région, aixois en particulier. En effet un escalier du même type architectural (cage ouverte à volées droites supportées par des colonnes) est daté de 1640 à Aix. Les gypseries, elles, s'apparentent à celles qui décorent les demeures aixoises à partir de 1650. De telles similitudes s'expliquent par la mobilité des gypiers et l'utilisation de recueils de modèles.

Le style et l'iconographie de cet "escalier du Corsaire" le rattachent au Maniérisme, et à une veine pittoresque issue des modèles bellifontains, qui un siècle plus tard constitue encore la référence pour toute une clientèle composée aussi bien d'aristocrates que de notables ou de négociants.