Pigeonnier de Roux de Corse,
Brue-Auriac, Var

Le pigeonnier doit sa création, tout comme le village de Brue, à Georges Roux, dit de Corse (1703-1792), grand armateur marseillais.
Il acheta en 1746 le fief de Brue dont il devint seigneur et marquis. Le pigeonnier de Brue est le vestige le plus monumental d'une utopie réalisée : la création d'une ville neuve, conduite de 1746 à 1758. Roux de Corse construisit un château, une chapelle ; il défricha, planta, fit venir des paysans ; il créa un centre manufacturier avec tuilerie, faïencerie, ateliers de tissage, de confection, magnanerie, complété de commerces : un système économique complet et clos dans lequel la monnaie fut remplacée par des cartes et jetons de cuir à l'effigie du seigneur marquis. Des revers de fortune dès 1774, puis l'abolition des privilèges en 1789 mirent fin à l'expérience.
Le pigeonnier s'élève au nord-est du village de Brue sur le rebord du plateau qui domine l'agglomération. C'est une grosse tour cylindrique en maçonnerie enduite, de 22,50 m de haut et plus de 12 m de diamètre. Il comporte un rez-de-chaussée et deux étages. L'élévation, homogène, est seulement rythmée par les deux bandeaux de terre cuite qui séparent les trois niveaux et couronnée par trois rangs de gênoises.
Signe de puissance seigneuriale et de richesse, un pigeonnier avait aussi un rôle utilitaire et agronomique. Avec plus de 8000 nids, celui de Brue-Auriac est le plus grand des 42 000 pigeonniers recensés en France au XVIIIe siècle, et probablement d'Europe.