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Oppidum de la Cloche,
Les Pennes Mirabeau, Bouches-du-Rhône

Situé dans la chaîne de la Nerthe, qui sépare l'étang de Berre de la Méditerranée, l'oppidum de la Cloche est édifié sur une colline calcaire qui culmine à 240 m d'altitude. Il domine la rive sud de l'étang et la plaine de Marignane.
Découvert en 1910, le site fait l'objet de fouilles ininterrompues depuis plus de trente ans.

La moitié du site, dont la superficie totale est d'environ 12.000 m2, a été mise au jour : il présente deux phases d'occupation successives ; la première date du IIIe siècle av. J.-C. ; il n'en subsiste que des lambeaux de fortifications ainsi qu'une petite aire cultuelle sur le sommet du site, identifiée par des dépôts d'offrandes (objets en bronze).
La deuxième phase d'occupation correspond à l'édification, à la fin du IIe siècle av. J.-C., d'une agglomération comportant une enceinte munie de tours carrées protégeant de nombreux îlots d'habitation séparés par des ruelles, dont certaines sont en escaliers. Cette agglomération est détruite vers 50 av. J.-C., vraisemblablement lors des troubles liés au siège de Marseille par les troupes de César.
L'accès au village se fait par une voie à ornières qui aboutit à la porte d'entrée principale, au pied du rempart occidental. La voie se divise ensuite en 2 branches qui déterminent l'organisation urbaine, l'une desservant les îlots est, l'autre une place située au sommet du site.
Le rempart ceinture l'habitat sur ses côtés ouest, nord et sud ; il comporte au moins 3 tours rectangulaires gardant 3 poternes ouvertes sur des terrasses parallèles au mur d'enceinte.
Une soixantaine d'habitations ont été dégagées ; elles s'organisent en fonction de la topographie et du réseau de rues, en îlots simples, doubles ou composés de 3 ou 4 maisons, séparés par des ruelles. Les techniques de construction mises en oeuvre sont celles de l'habitat protohistorique méridional : toits en terrasses, murs de brique crue sur soubassements de pierre ; la présence d'étages, sans doute destinés au stockage, est attestée au moins dans la zone sommitale.
A proximité de la patte d'oie formée par les deux rues principales est installée une grande citerne publique d'une capacité de 60.000 litres ; la qualité technique de cet ouvrage témoigne de l'influence du modèle marseillais proche.

Sur le plan cultuel, outre la présence de dépôts d'offrandes déjà mentionnée et appartenant à la première période d'occupation du site, est également attesté à La Cloche le rite des têtes coupées, bien connu à Entremont et évoqué par les auteurs anciens. A La Cloche, des crânes humains enchâssés dans des ferrures ont été découverts au pied de la porte d'entrée et sur la voie d'accès au village. Toujours près de l'entrée, des fragments de statue de guerrier accroupi ont été recueillis.
Dans la partie haute de l'oppidum, un bâtiment composé de 3 pièces en enfilade est identifié comme un heroon, par sa taille, ses aménagements et par la nature du mobilier recueilli. La première salle est une aire ouverte et présente 3 foyers qui renfermaient des ossements humains. La salle suivante contenait un abondant mobilier (ossements humains, bijoux en argent) provenant sans doute d'une urne cinéraire en plomb retrouvée dans la rue adjacente. Cette pièce correspond vraisemblablement au lieu d'exposition de la tombe sacrée. La dernière contenait de nombreux vases brisés sur place en offrande.
Cet ensemble, situé au coeur de l'agglomération et dans un espace très protégé, est interprété comme un lieu de culte constitué autour d'une tombe à incinération et d'aménagements associés, destiné à honorer un personnage important de la communauté et à assurer en retour la protection de celle-ci ; il est construit, comme le reste de l'agglomération, vers 100 av. J.-C.

Le site de la Cloche occupe un lieu privilégié dominant la voie qui conduisait de Marseille à Arles ; il illustre un moment fondamental de l'histoire de la Provence, après la conquête romaine de 124 av. J-C. Cette période voit le développement territorial de Marseille, alliée des romains, qui lui confient la gestion d'une partie des terres prises aux salyens. L'influence grecque se renforce alors en Basse-Provence, avant l'implantation romaine qui suit la défaite de Marseille en 49 av. J.-C. et la création de la colonie d'Arles. L'oppidum de la Cloche, détruit en même temps que Marseille, illustre parfaitement cette période charnière.