Palais Hongran,
Nice, Alpes-Maritimes

Grand immeuble austère de quinze travées et cinq niveaux bordant la rue Saint-François-de-Paule, le Palais Hongran n'attire de prime abord guère le regard. Sa fonction urbaine est pourtant déterminante, comme fermeture vers l'ouest de l'espace libre de l'ancien Palco, le Cours Saleya actuel, et de la promenade des Terrasses qui le flanque côté mer.

Il a été construit entre 1769 et 1772 pour Joseph-François Hongran, dont le père, notaire et commerçant, avait acquis en 1760 un terrain pour y construire des magasins surmontés d'une maison. Il ne s'agit pas d'un hôtel particulier, mais dès le départ d'un immeuble de rapport à logements, dont le commanditaire se réservait certains étages. Le terrain originel présentait le défaut de n'être pas aligné sur le Cours et dut être modifié, sur un projet établi par l'architecte François Michaud en 1769.

Façades et appartements ont subi des modifications, accompagnant l'évolution des fonctions, les divisions parcellaires et les changements de propriétaires. La façade antérieure frappe cependant par la remarquable écriture architecturale des trois travées centrales, qui éclairent l'escalier. La porte franchie, on débouche sur une cage à jour central et quatre noyaux de colonnes superposées, exceptionnelle à Nice par ses dimensions et son décor Art Nouveau attribué au peintre Maurice Pillard-Verneuil (1869-1942). Ce décor ne semble pas avoir d'équivalent à Nice.

Dans les appartements des étages supérieurs, sont conservés ici des plafonds, là des boiseries ou autres éléments, dont un dessus de porte menuisé intéressant par la date portée de 1772 et les initiales JFH du commanditaire. Au dernier étage, un appartement demeure particulièrement authentique et représentatif, avec toutes ses huisseries et menuiseries anciennes, ses sols de tommettes, ses plafonds peints, ses dessus de porte à sujets paysagers. Il est probablement l'un des tout derniers de la fin du XVIIIe siècle dans cet état de conservation à Nice.

L'éminence de la fonction urbaine, la qualité architecturale des travées centrales de la façade, l'ampleur de l'escalier et la présence de son décor peint, dont la restauration complète a été réalisée en 2010, la bonne conservation de certaines dispositions et décors intérieurs ont justifié la prise en compte de cet immeuble.


Inscription des façades et toiture, du hall d'entrée, du grand escalier et de sa cage, d'un appartement du 4e étage (cadastre KS 218) par arrêté du 2 décembre 2010.