Monument aux morts,
Nice, Alpes-Maritimes

Adossé à la falaise du rocher du château, le monument aux morts de Nice est de loin le plus monumental - le plus coûteux aussi - de tous les monuments des Alpes-Maritimes, et le plus monumental de la région, souvent jugé comme un des plus beaux. Répond-il, comme le pense l'historienne Annette Becker, au trophée des Alpes de La Turbie ? Sinon par le sens, certainement par l'ampleur du projet et par sa prégnance sur un site majestueux.

Envisagé dès l'année 1915, le monument fait l'objet d'un concours national. Des 32 projets déposés, certains se détachent : ainsi celui de Tournon et Sartorio, classé second. Le vainqueur, l'architecte niçois Roger Séassal, développe une thématique du souvenir : une urne monumentale dans une niche cintrée immense, sorte de grand tabernacle, accentuant sa fonction quasi religieuse par la présence symbolique des 3655 morts niçois, représentés par leurs plaques déposées dans l'urne.

Les trois millions de francs nécessaires n'étant pas financés, le projet doit être réduit à deux reprises pour être ramené à un million. En feront notamment les frais les deux grandes ailes incurvées qui devaient embrasser le parvis. La 1ère pierre est posée le 11 novembre 1924, les travaux achevés en janvier 1928, et l'inauguration se déroule le 29 de ce mois, en présence du maréchal Foch.

Précédé par un grand parvis dallé de pierre, flanqué d'un bois sacré, le monument réalisé mesure 32 m de hauteur. Il témoigne d'une volonté de modernité et de recherche de l'effet plastique affirmée dans son architecture. Le décor sculpté renforce cette impression ; il est dû à un des artistes les plus en vue de l'époque, Alfred Janniot, auteur de compositions monumentales à Paris et ailleurs. Celui-ci développe sur deux grands hauts-reliefs, répartis de part et d'autre de l'inscription centrale, le thème de la guerre et de la paix. Sur les stèles du parvis trouve place l'évocation des différentes armes qui participèrent au conflit.

Le monument niçois frappe par son impact urbain considérable, sa monumentalité et sa force, la majesté de son site, la violence de la pierre immaculée dialoguant avec l'immensité bleutée de la mer.

Classement du monument aux morts de la guerre de 1914-1918 en totalité avec son parvis, le bois sacré de part et d'autre de celui-ci et la falaise du rocher du château, avec ses faux rochers en ciment armé, sur une largeur correspondant au parvis du monument (cad. KN 33) par arrêté du 24 mai 2011.
Cette protection s'inscrit dans le contexte d'une thématique "monuments commémoratifs" conduite depuis deux ans par la CRMH avec le concours de divers partenaires extérieurs.