Monument aux morts,
Grasse, Alpes-Maritimes

Le monument aux morts de Grasse est implanté en plein coeur de la vieille ville historique, place du Petit Puy, face à la cathédrale et à l'hôtel de ville. Mais cette situation valorisante ne s'imposa pas immédiatement. En 1920, le jardin des plantes fut choisi comme premier emplacement. C'est le changement de municipalité en 1922 qui suscita le déplacement du projet, dont la réalisation avait déjà commencé. Le nouveau maire invoquait des raisons morales : le jardin des plantes était en effet "dès la nuit venue, lieu habituel des joyeux rendez-vous et des amours faciles", activités notoirement incompatibles avec la noblesse requise pour un monument du souvenir.

Le parti d'un "portique commémoratif", sorte de tempieto de plan carré porté par quatre piliers, couvert d'un toit en bâtière fut arrêté dès le premier projet. Il fut soumis à un concours restreint, remporté par un statuaire de Rambouillet, Gaston Le Bourgeois. L'architecte local le plus prolifique, Léon Le Bel, fut chargé de le mettre en oeuvre. L'inauguration eut lieu le 4 mars 1928.

Le monument de Grasse ne vaut pas seulement par la qualité de son architecture. Il a aussi fourni l'occasion de tout un aménagement urbain réalisé pour lui. Celui-ci comporte une placette-parvis entourant l'édicule, avec jardinets, sols caladés, grilles en fer forgé et clôtures végétales, un long escalier droit coupé de repos reliant la place à la rue Tracastel en contrebas, une crypte comportant deux salles construite sous la place, à l'aplomb du monument.
Le décor sculpté de Le Bourgeois est réparti dans les écoinçons des arcades du couronnement et sur toutes les faces des quatre chapiteaux. Il est également fort intéressant, à la fois par l'affirmation de son style art déco et par son iconographie liée à la guerre. Les scènes d'action et de combat sont bien présentes, mais place est faite aussi aux menus gestes du quotidien des poilus, marqueurs de cette longue guerre de l'attente, de la patience, du piétinement ... L'un écrit, l'autre fume sa pipe, le temps s'écoule !

Protection - (cad. BH domaine public non cadastré). Inscription par arrêté du 22 février 2010
Cette protection s'inscrit dans le contexte d'une thématique "monuments commémoratifs" conduite depuis deux ans par la CRMH avec le concours de divers partenaires extérieurs.