Appel d'offres 1995
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Lancé en 1994, dans le sillage de plusieurs rapports ministériels préoccupés par les conséquences sur le patrimoine rural des profondes mutations des campagnes françaises - dont, en tout premier lieu, la fin de la prédominance d'un usage agricole de ces espaces -, L'appel d'offres " Nouveaux usages de la campagne et patrimoine " a permis de mobiliser dix équipes de recherche sur les modalités de constitution et de reconstitution des territoires ruraux à partir de pratiques liées au patrimoine. Productions alimentaires, pratiques de loisirs se substituant aux activités agro-pastorales, réappropriation de l'habitat ancien par des populations étrangères, valorisation des éléments constitutifs du patrimoine à des fins de développement local dans des parcs naturels régionaux, fêtes de terroirs inventées ou relancées, sont quelques-unes des entrées choisies par les équipes pour approcher les formes de la mise en patrimoine, ses enjeux culturels et sociaux, ses retombées économiques et symboliques, et, in fine, ses retombées sur les usages et les représentations des espaces ruraux. En 1995, le Conseil du Patrimoine ethnologique propose de compléter ces travaux en aidant quelques équipes à aborder des objets insuffisamment traités lors du premier appel d'offres. 1. En 1994, notamment - La protection de l 'environnement rural, rapport présenté au Premier ministre par M. Jean-Francois Legand, sénateur de la Manche. - Patrimoine animal et patrimoine rura/, rapport présenté au Premier ministre et au ministre de la Culture et de la Francophonie par M. Gérard Larcher, sénateur des Yvelines. - Une politique pour le patrimoine culturel rura/, rapport présenté au ministre de la Culture et de la Francophonie par M. Isac Chiva, directeur d'études à l'Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales. Deux axes seront ainsi privilégiés en 1995: - les nouvelles pratiques de production agricole, artisanale ou de services qui s'appuient sur le patrimoine ou sur des objets constitués en tant que " ressources patrimoniales "; - le rôle des associations et autres institutions locales et régionales de recherche et de sauvegarde du patrimoine rural dans la définition des territoires et de leurs composantes. Le patrimoine, ressource pour le développement local Les sondages les plus récents attestent des profonds changements de 1'image des campagnes. La grande majorité de nos concitoyens, ruraux comme urbains, percevrait désormais l'espace rural comme un espace public, offert à de nouvelles activités - résidentielles ou ludiques-, la préservation du cadre de vie désigné comme paysage devenant une préoccupation majeure. Au côté d'une agriculture moderniste et productiviste se développent de plus en plus les activités de production ou de services (accueil, entretien de l'espace...) détentrices d'une forte valeur symbolique ajoutée, tant par la qualité des terroirs que par celle des savoirs qui y sont associés. On analysera les processus de la construction sociale de tels objets: relance de produits qualifiés de traditionnels ou de terroir, créations de filières de production appuyées sur des ressources patrimoniales. Les recherches pourront porter sur des productions agricoles, ou non agricoles - artisanales notamment -, si celles-ci font l'objet d'une désignation en tant que ressource patrimoniale. Dans cette optique, on pourra s'intéresser aux nouveaux modèles de gestion de l'espace rural et de ses ressources: mesures agri environnementales (Plans de développement durable, "article 21", etc.); labélisation de paysages ou de produits à des fonds de développement local (opération "Paysages de reconquête", par exemple); plans et chartes de paysage, de patrimoine, de territoire; toutes mesures associant gestion, mise en valeur et, le cas échéant, protection des espaces et des produits perçus comme autant de ressources pour le développement local. Les institutions de connaissance et de protection du patrimoine dans la recomposition des territoires ruraux Les organismes chargés de la connaissance et de la protection du patrimoine culturel rural (associations, services para-administratifs, administrations déconcentrées ou services de collectivités territoriales) jouent aujourd'hui un rôle important dans la redéfinition des territoires ruraux. 2. Par exemple " L'espace rural ", sondage réalisé pour la DATAR par le CSA (Conseils Sondages Analyses) en juillet 1994. Une association comme "Maisons paysannes de France" a, par les conseils qu'elle prodigue ou les actions de sensibilisation qu'elle réalise depuis des années, une influence sur le bâti rural et ses représentations. De même, des entreprises de connaissance comme l'inventaire général, dont on célébrait les trente ans en 1994, contribuent à la prise en compte d'un patrimoine qui jusque-là n'était pas reconnu comme tel. Des organismes publics ou para-publics, comme les Conseils d'Architecture, d'Urbanisme et d'Environnement (CAUE) ou d'autres services dépendant de collectivités territoriales, participent eux aussi activement à la reconnaissance d'un nouveau champ patrimonial. Ainsi ces institutions, ces acteurs locaux, en produisant par leurs inventaires, leurs analyses, leurs typologies, une connaissance et des représentations du patrimoine, contribuent-ils à créer de nouveaux territoires. Les chercheurs s'efforceront ici de mettre au jour et de décrire de tels processus, qui vont de la simple désignation d'objets comme faisant partie du patrimoine à des phénomènes d'emblématisation, en passant par toute la gamme des moyens de mise en valeur. Au-delà de la simple description, ils s'efforceront de démêler les faisceaux de significations attachées à de tels phénomènes (qu'il est convenu de désigner sous le terme de patrimonialisation), tant du point de vue des objets auxquels sont attribués de nouveaux statuts que du point de vue des différents acteurs dont les rôles se trouvent redéfinis (cf. Les paysans, " jardiniers du paysage", ou encore l'ambiguïté grandissante entre la fonction de conservateur ou de chercheur et celle d'agent de développement, d'aménageur ou d'animateur culturel). On rappellera enfin que les équipes doivent faire appel aux méthodes de l'ethnologie et tout particulièrement à l'observation minutieuse des pratiques sur des terrains précis. Les chercheurs auront à mettre en évidence les nouveaux découpages territoriaux qui s'opèrent à partir du patrimoine, en gardant à l'esprit la liaison entre les usages, l'espace rural dans ses diverses composantes, et les objets patrimoniaux. Des projets de recherches comparatives interrégionales ou France/Europe seront également les bienvenus. |
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