Appel d'offres 1981-1982 - 1984
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Si le rôle des relations de parenté et des formes de la vie familiale est étudié depuis longtemps par les ethnologues dans les sociétés sans écriture, il n'en va pas de même pour les sociétés développées aux structures de parenté dites "complexes". On considérait que la parenté constitue dans les premières le langage fondamental et homogène servant à formuler et à rendre perceptible l'ensemble des rapports personnels, sociaux, juridiques, économiques et même religieux et qu'elle tend à s'effacer, dans les secondes, au profit des liens et institutions d'ordre résidentiel, administratif, économique, professionnel et politique. Famille et parenté se voyaient ainsi reléguer à l'arrière-plan comme moyen d'assurer la solidarité sociale et la continuité des générations, et on a pu croire que cette décadence fonctionnelle des liens familiaux se poursuivrait de manière irréversible dans une France, une Europe vouées à l'industrialisation et à l'urbanisation. Or, malgré toutes les menaces dont est l'objet la cellule familiale, malgré les migrations, à travers l'ébranlement des anciennes stratifications sociales, les quelques études fines de type ethnologique consacrées à l'évolution des rapports de parenté en France, semblent montrer que ce phénomène complexe, discret mais prégnant, intimement vécu par les individus et les groupes, conserve un poids et une signification qu'on aurait tort de sous-estimer. Ainsi, dans des milieux sociaux comme ceux des grands ensembles, ceux des populations de migrants, et dans tous les cas où les autres cadres traditionnels de la vie sociale ont été réduits à néant, les liens de parenté ressortent au premier plan comme un réseau social primordial, actif et efficace. De nombreux problèmes de survie matérielle et morale, d'ancrage : dans une identité collective, sont vécus en termes de so1idarité familiale. Dans les campagnes, les règles qui président à l'appropriation et l'utilisation de la terre, parfois la vie politique locale, restent fondées sur la famille. Des processus économiques avancés sont souvent régis eux-mêmes par une stratégie sociale où liens de parenté et mariages jouent un rôle prépondérant. Pour ces raisons, il convient de compléter et d'approfondir la connaissance des formes de la vie familiale et des relations de parenté en France, dont l'importance et l'actualité réelles démentent l'apparence anachronique. Si le langage de la parenté est relativement uniforme dans l'ensemble de la France, son étude fine révèle d'innombrables différenciations de forme et de fonction entre régions, villes et campagnes, classes sociales, milieux socio-culturels et professionnels, groupes ethniques et religieux. I1 convient donc de multiplier et de comparer les études monographiques ponctuelles pour faire ressortir les différences et variations infinies que présentent les grands modèles français de parenté. I1 importe notamment de recueillir, décrire et analyser dans chaque cas : - les relations vécues et connues qui relèvent de la parenté, si éloignée soit-elle ; - les termes désignant les individus avec lesquels on se reconnaît un lien de parenté spécifique et ceux dans lesquels on s'adresse à eux. Une attention particulière sera portée aux mots anciens en voie de disparition, qui désignent localement des liens familiaux ; - les réseaux généalogiques connus ; - les incidences et fonctions de l'organisation familiale dans les différents domaines de la vie personnelle et sociale : choix matrimonial et professionnel ; vie économique, politique ou religieuse ; sociabilité ; stratification sociale, etc... ; - les normes et préférences connues et plus ou moins suivies des relations familiales ; - les échanges de biens et de services et les prestations monétaires entre individus et ménages apparentés ; - les cérémonies, fêtes, événements associés à la vie et aux liens familiaux ou qui en marquent les moments essentiels, ainsi que les liens rituels s'instaurant alors (le parrainage, par exemple, avec ses obligations et les règles de choix du parrain et de la marraine) ; - le recours, enfin, aux liens de parenté comme moyen de distinguer et définir localement l'étranger", ainsi que la position et la fonction de personnages étrangers à la famille mais jouant un rôle par rapport à celle-ci (exemple : les marieurs). Les perspectives ethnographique, historique, ethnolinguistique, sociologique pourront se compléter. De même, la priorité à accorder à l'étude monographique de groupes limités ne devra pas exclure l'analyse comparative à une échelle plus vaste. Ainsi seulement pourra s'accroître la connaissance de ce langage social extrêmement souple que continue d'être la parenté dans la société française. |
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