Retour à la liste de AO
Liste des rapports rendus

Appel d'offres 2000
" Ethnologie de la relation esthétique
"


En 1999, un premier appel d'offres jetait les jalons d'une exploration anthropologique des attitudes et des jugements esthétiques et des liens sociaux qui s'y attachent. Cette première exploration s'est révélée fructueuse et sera poursuivie et précisée cette année. Dans cette seconde phase de la recherche, il s'agira plus particulièrement de saisir ces moments très particuliers du jugement ou de la pratique esthétiques où les codes se modifient, les moments critiques où les qualifications évoluent et où les valeurs basculent. Comment, par exemple, la mobilisation esthétique se différencie-t-elle d'autres motifs d'attention, tels que la curiosité, l'intérêt ou l'impression d'étrangeté ? Il arrive qu'un même objet suscite successivement différents types d'attention, qu'un objet de curiosité devienne esthétique, objet de collection ou de décoration, ou inversement, qu'un objet démodé soit " déclassé " en bizarrerie. Il arrive aussi qu'une oeuvre ou un genre artistique considérés comme déconcertants accèdent à un moment donné à une pleine reconnaissance de la part d'un public de non-spécialistes, qui leur confère alors de nouvelles significations souvent inattendues. Les modalités de ces passages d'un motif d'attention à un autre, les moments et les circonstances au cours desquels se fixe l'évolution des goûts, les conséquences de ces évolutions devront être plus particulièrement observés. Ou encore, concernant la définition des objets, les modalités de passage d'un registre à un autre pourront être analysées. Dans quels contextes, en quelles circonstances des objets conçus pour une fonction donnée, qu'elle soit technique, utilitaire ou rituelle (un T.G.V., un silo à grains, un outil ou un masque africain, un meuble régional, l'architecture d'une banlieue...) peuvent-ils être appréciés en termes d'esthétique ? L'analyse de ces moments de passage s'orientera tout autant vers les objets d'attention eux-mêmes et les styles que vers les contextes. Si le style d'un objet ou d'une activité se définit bien par un certain nombre de caractéristiques et de traits emblématiques, il s'agira donc d'apporter une attention toute particulière à une description ethnographique précise des objets choisis. De plus, il faudra proposer des hypothèses d'explicitation des rapports entre ces objets et leurs contextes ; l'analyse ethnographique devra établir et qualifier des correspondances entre les caractéristiques stylistiques des objets choisis et les particularités d'un contexte historique, social, culturel, politique donné, et cela à un moment où les valeurs esthétiques changent et se redéfinissent. Les recherches pourront prendre pour objet par exemple l'évolution des pratiques et des appréciations esthétiques en matière de styles vestimentaires, présentations alimentaires (exemple : pâtisseries), décoration d'intérieurs, architecture (plus particulièrement à travers l'observation des changements dans l'appréciation des monuments historiques, ou sous l'angle de la comparaison d'esthétiques opposées comme celle des immeubles d'architectes voisinant avec celles des pavillons anonymes notamment en zones de villes nouvelles), ou encore de pratiques et de spectacles musicaux (plus particulièrement sous l'angle des rapports styles musicaux/localité/identités de groupes). L'étude des processus de création des oeuvres d'art reconnues institutionnellement comme telles n'entre pas dans le champ de cet appel d'offres.


Responsable de l'appel d'offres :
M. Alain Morel, chargé de mission

Retour au site MPE Mission à l'ethnologie