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Liste des rapports rendus

Appel d'offres 2001
" Entre privé et public : les rapports de cohabitation et les usages des espaces communs dans les ensembles résidentiels."


Les parties communes (aussi appelées espaces intermédiaires) des résidences et des immeubles d'habitation, ces espaces mi-privés, mi-publics, dont le statut ambigu varie selon la configuration des sites habités et la manière d'en faire usage, relient la sphère privée du logement à celle de l'espace public environnant, celui du quartier et, au delà, de la ville. Ces parties communes se composent des espaces de circulation, des équipements, des aménagements d'usage commun (hall, cage d'escalier, ascenseur, palier, couloir, coursive, caves, local poubelles, parking, cour intérieure, jardin ou espace vert collectif, aire de jeux...), situés dans ou à proximité immédiate d'un immeuble, dont ils relèvent par le droit ou par la coutume. Parties communes et espaces intermédiaires sont au centre de cette proposition de recherche parce qu'ils focalisent l'attention sur des relations qui, de par la densité des expériences sociales qui s'y cristallisent, ne semblent pas avoir été suffisamment étudiées. On pense aux rapports de cohabitation, qui s'expriment à travers la gestion de ces espaces intermédiaires, et aux usages, comportements, et pratiques dont ils sont le cadre.

Les parties communes peuvent se réduire à n'être qu'un espace de transition, qui soit le plus neutre possible, tel un simple escalier menant directement de l'appartement à l'espace public de la rue. Elles peuvent, comme dans les grands ensembles périurbains, s'étendre aux voies et à de multiples aménagements, situation qui brouille les distinctions urbaines conventionnelles entre espace privé et espace public. Elles sont souvent des lieux de rencontres obligées, où s'expérimente une vie sociale de voisinage. Comment ces espaces, par leur morphologie, favorisent-ils cette vie sociale ? Comment celle-ci se développe-t-elle autour du logement, point d'ancrage essentiel de la vie quotidienne ? De quelle manière les usages métaphoriques du couple dedans/dehors s'articulent-ils à des délimitations proprement spatiales et notamment à celles qui opposent le logement à son extérieur ? Enfin, et plus généralement, quelle est la place des parties communes dans le rapport à l'habitat ?

Ces différentes questions ont été déclinées à partir de trois entrées :

1° Les dispositions morphologiques des parties communes et les conceptions architecturales;

2° Les relations sociales autour du logement;

3° Les rapports de copropriétés.

Premier volet : les dispositions morphologiques des parties communes et les conceptions architecturales.

On sait que les pratiques sociales ne sont pas directement déterminées par la forme de l'espace où elles prennent place. L'histoire du lieu, la composition de la population, la durée d'implantation, le rapport personnel au logement, par exemple, peuvent jouer un rôle déterminant. Néanmoins, la forme de l'espace n'est pas neutre, elle définit en partie les conditions où s'exercent les pratiques. Quel rôle joue-t-elle, non pas seule, mais en interaction avec les autres composantes de la vie relationnelle qui se développe à partir du logement ?

Un grand nombre d'architectes, de paysagistes et de maîtres d'ouvrage qui ont la charge de concevoir les parties communes et plus généralement les espace intermédiaires, estiment qu'un bon dispositif spatial peut avoir des effets sociaux positifs. Il s'agit d'encourager une sociabilité de proximité entre les habitants sans pour autant sacrifier l'autonomie de chacun. Quels sont les hypothèses, les références théoriques, les modèles qui inspirent concepteurs et décideurs dans la relation qu'ils établissent entre la forme et l'aménagement d'un espace et la sociabilité susceptible de s'y développer ? Comment leurs conceptions se sont-elles modifiées avec l'évolution des théories urbanistiques ? A l'inverse, les architectes qui ne croient pas que les formes de l'espace aient une influence sur les comportements et qui ne se préoccupent que de faire oeuvre, à quelle école, quelle théorie, se rattachent-ils ? Plus généralement, la question à traiter est celle de l'impact des théories architecturales sur l'état de la ville. On ne se limitera pas aux dernières décennies. Des travaux sur l'origine des conceptions qui ont prévalu depuis les années 50 (des utopistes du XVIIIè siècle jusqu'à Le Corbusier) sont bienvenus.

Des recherches à caractère historique sont également à mener à propos de la variation de la relation privé/public depuis l'Ancien Régime. On pense aux dispositions concernant l'alignement des immeubles (prélude au dégagement de l'espace de la voirie), à l'évolution des usages relatifs aux empiétements du privé sur le domaine public et aux tolérances en la matière, aux règlements de voirie déterminant le rapport entre l'immeuble et la voie, etc.

Dans les années 50 s'est développé un urbanisme de tours et de barres qui s'est affranchi de l'obligation d'alignement des immeubles sur la rue. De nouveaux espaces intermédiaires sont ainsi apparus. Comment ces espaces communs ont-ils été considérés par les habitants ? Quelle a été l'évolution de leur mode d'appropriation au cours des dernières décennies ? Qu'en est-il notamment des coeurs d'îlot entre les immeubles : sont-ils ouverts ou fermés ? Quel est leur statut et par qui et comment sont-ils appropriés ? Les opérations de réhabilitation de ces coeurs d'îlot, celles de cités jardins construites en collectif dans les années 30 ou celles des grands ensembles d'après-guerre devraient fournir de bons indicateurs sur l'analyse que les acteurs de l'aménagement faisaient et font encore de la relation entre privé et public.

Dans les années 90 les maîtres d'ouvrage vont mettre en avant d'autres impératifs : clarification du statut des espaces, prise en compte des territorialisations, sécurité, coûts de gestion, d'entretien, d'éclairage et chauffage, ratios de construction (baisse du ratio hors oeuvres/surfaces habitables). Autant de préoccupations qui conduisent à réduire le plus possible les parties communes. Face à de nouvelles exigences, comment ont réagi les architectes ? Ont-ils par exemple, renoncé à mettre en prolongement, en transition, en chevauchement les espace privés et publics ? Quelles intentions ont-ils affichées ? Comment argumentent-ils leurs nouvelles propositions architecturales ? Les espaces intermédiaires de demain seront-ils calqués sur le parcours de ceux qui passent du parking sous l'immeuble à leur appartement sans rencontrer personne ?

Les architectes, quand ils réfléchissent aux espaces intermédiaires, prennent-ils en compte le mode de vie des populations résidentes, ensemble de dispositions qui détermineront l'appropriation de ces espaces et la vie sociale qui y prendra place ? Peuvent-ils le faire ? Quels sont les savoirs qu'ils convoquent ? Se contentent-ils des idées générales que l'on se fait des usages faute de connaître les pratiques réelles ? Entre ce qu'a imaginé l'architecte à partir de son projet et la réalité de ce qui se passe lorsque les habitants prennent possession des parties communes, il est nécessaire de procéder à une évaluation. Les divisions du monde social peuvent s'être projetées dans l'espace d'une manière qui n'avait pas été envisagée. Il arrive aussi que des innovations architecturales donnent lieu à des adaptations difficiles et se traduisent par une mise à distance des autres. Les intentions de l'architecte sont-elles mêmes perçues par les habitants, en ce cas selon quelles modalités ? De telles évaluations sont réalisées, le plus souvent, trop rapidement après l'entrée dans les lieux. La durée, qui est un élément essentiel dans le développement des relations sociales, n'a pas encore eu le temps de faire son effet. Aussi conviendrait-il de procéder à des évaluations qui prennent en considération le facteur temps et qui soient par ailleurs comparatives. Si l'aménagement de ces espaces intermédiaires peut favoriser, comme l'espère l'architecte, une vie relationnelle plus harmonieuse, la comparaison permettra de montrer à quelles conditions et de quelles manières cette heureuse influence s'exerce. Il convient, par ailleurs, de ne pas perdre de vue la spécificité morale de chaque collectivité de résidence, qui se traduit par un mode d'habiter. Ici, une sociabilité réduite avec mise à distance des autres, sera tout à fait appréciée, tandis que là, elle sera perçue comme un échec ou un manque, et cela quel que soit le dispositif spatial.

Il serait intéressant de travailler sur les locaux communs résidentiels des logements sociaux. Ils sont obligatoires à partir d'un certain nombre d'habitants; ils ont eu des fortunes diverses. L'opinion la plus répandue postule que cette politique a échoué. Pourtant, il y a aussi des exemples où cela marche tout à fait bien. On y fait de la gymnastique, de l'alphabétisation et les adolescents trouvent un endroit pour faire de la musique ou du théâtre. Il arrive encore que les fêtes y soient organisées et c'est alors un endroit très investi pas les habitants. Il serait intéressant de faire un bilan de ces expériences, positives et négatives. Ces espaces sont-ils appropriés par les résidents de la façon qu'avaient prévue les concepteurs ?

Des travaux sur le mouvement hygiéniste et le mouvement des HBM, qui avait intégré à leur conception des locaux communs (laveries, etc.), des espaces cours et jardins intérieurs, des petits squares privatifs, sont aussi bienvenus. Comment ont évolué l'appropriation et l'usage de ces parties communes, y compris dans le cadre actuel de leur rénovation ? Comment ont-elles été transformées au cours de ces soixante dernières années ?

Dans notre société, à la différence d'autres cultures, les espaces intermédiaires, à l’instar des espaces de réception, participent fréquemment à la présentation de soi. Indépendamment de la vie sociale susceptible d'y prendre place, la forme et l'aspect général de ces espaces, - l'ornementation, en effet, tout autant sinon davantage que l'architecture, ajoute aux qualités attractives d'un immeuble - ont une valeur sociale : signes de tristesse, de laideur, de misère, d'anonymat, ou, à l'opposé, de commodité, de protection, de modernité, de confort, d'aisance, de luxe... Du point de vue de la valeur de l'immeuble et des représentations de l'identité, comment les dispositifs spatiaux et l'ornementation prévus par l'architecte sont-ils appréciés par les différentes composantes des résidents ?

Deuxième volet : les relations sociales autour du logement

Comme il a été dit précédemment, la configuration de l'espace ne détermine ni directement, ni à elle seule, les rapports de cohabitation dans les parties communes; d'autres éléments sont à considérer qui peuvent jouer un rôle plus décisif. On considérera que chaque immeuble est une entité qui a son propre savoir-être urbain. Celui-ci résulte de sa composition sociale particulière, des hiérarchies qui se sont instaurées, de la durée d'implantation dans l'immeuble et de l'ethos commun qui s'est peu à peu dégagé à travers les échanges et les conflits entre voisins. L'observation des rapports de cohabitation dans les espaces communs, où chacun essaie de faire prévaloir sa propre conception de la civilité et du bon voisinage, devrait permettre de mieux cerner les facteurs qui déterminent le comportement des habitants une fois qu'ils ont franchi le seuil de leur porte.

Proximité et distance sociale dans les parties communes.

Les rapports de cohabitation, que le partage et l'usage des parties communes entraînent nécessairement, sont-ils facilités par une composition sociale homogène et inversement ? Cette question nécessite la mise en œuvre d'études comparatives. On ne se contentera pas de situations où prédomine une mixité emblématique. En effet, il se peut qu'un groupe résidentiel, qui semble homogène du point de vue de l'origine et du niveau social des habitants, connaisse des conflits aigus, dus, fréquemment, à une absence de consensus sur les valeurs et les normes de comportement. Comment se classent-ils les uns les autres, sur quels critères ? Les classements perçus ou imaginés ont une grande importance et ils peuvent entraîner des réactions d'appropriation ou, à l'inverse, de rejet d'espaces communs et conséquemment leur dégradation. Quels effets sur ces distinctions provoque une situation de crise ? Quelle stabilité les clivages ont-ils dans la durée ? A l'inverse, comment une homogénéité idéale est-elle construite ? On sera attentif à l'histoire de l'immeuble et de ses occupants et au contexte résidentiel local où il est implanté, ce dernier constituant un référentiel normatif. Plus généralement, on s'intéressera aux oppositions sociales qui trouvent une expression emblématique dans les formes de structuration de l'espace, qui sont une manière de les exprimer ou de les renforcer.

Les pratiques du quotidien dans les parties communes. Une ethnographie des rapports sociaux.

S'approprier du collectif.

Tout d'abord, on prendra en considération l'idée que les détenteurs de droits se font des parties communes. D'espaces que l'on ne peut s'approprier pour soi seul, on attend, à tout le moins, qu'ils restent neutres. Quels sont les marquages licites ou tolérés (personnalisation du seuil, objets autour de la porte, modifications des balcons, des terrasses...) ? Les normes en la matière ne sont pas toutes réglementairement définies ou sont susceptibles d'une marge d'interprétation. Dans quelle mesure et dans quelles circonstances le privé peut-il déborder sur le collectif ? Ces questions admettent des réponses différentes selon l'origine culturelle des habitants, mais aussi selon les générations qui cohabitent et dont les conflits alimentent les chroniques quotidiennes. Les conflits de générations sont particulièrement vifs à propos des usages concurrentiels et des appropriations illicites de ces parties communes. Il faudrait observer les luttes pour obtenir le contrôle, ou pour plus simplement y faire valoir ses droits, ou encore pour y instaurer un sentiment de sécurité. Dans quel contexte l'hétérogénéité sociale devient-elle un facteur aggravant ?

Mais il se peut aussi qu'on n'ait aucun intérêt pour ces parties communes et l'entretien de l'immeuble, qu'on souhaite ne pas s'y investir (comme des personnes qui seraient en transit). Cela conduit à s'intéresser au rapport affectif avec le logement et à prendre en considération non seulement l'ethos des différentes catégories sociales mais aussi la psychologie des personnes et les données relatives à leur histoire. Les hommes et les femmes ont-ils les mêmes attentes vis-à-vis de l'inscription résidentielle ? Pour quelles personnes la représentation de l'identité, dans sa relation au logement, inclut-elle les parties communes ? Dans quels cas la dévalorisation de celles-ci porte-t-elle atteinte à la représentation de soi et au sens de l'honneur individuel et collectif qui s'y rattache ? Où s'arrête l'appropriation qui fonde le sentiment du chez soi : à la seule enceinte de l'appartement, aux parties communes, aux espaces semi-publics environnants, au quartier ? Comment s'articulent ces différentes entités et ces différentes échelles dans la construction de l'identité résidentielle ?

Le savoir vivre ensemble

Des études ont déjà montré que l'étiquette dans les parties communes porte principalement sur le respect du règlement affiché, les salutations, les conversations et les formes d'échanges verbaux, la présentation de soi et le port du vêtement dans les parties communes (descend-on sa poubelle en robe de chambre ou en vêtement de ville ?), l'usage de l'ascenseur, le bon ou le mauvais moment pour faire les choses, la place laissée aux enfants, leur comportement et ce qu'il manifeste de leur éducation, la place des animaux, et, ce qui est plus de l'ordre du sensitif et du plus sensible socialement : la saleté, le bruit, l'odeur. Selon le degré de maintenance assuré par le gestionnaire de l'immeuble ou les habitants eux-mêmes, les exigences ne seront pas les mêmes. Quelles différences est-il établi entre les pratiques propres au domaine privé et celles qui prennent place dans ces espaces communs ? Quel transfert des unes aux autres effectuent les différentes catégories sociales ? Le fait que l'homme ou la femme ne travaille pas joue-t-il un rôle dans ces relations de cohabitation ? Des recherches à caractère ethnographique devraient permettre de mieux connaître, pour les différentes couches sociales, ce qui constitue des systèmes de dispositions relatives aux manières d'occuper l'espace et aux rapports de proximité. Les oppositions entre les différents systèmes qui se confrontent, sont-elles déterminées par les appartenances sociales ?

Le consensus retrouvé

Les collectivités résidentielles n'ont pas vocation à n'être que des champs de bataille. Avec le temps, par tout un jeu d'ajustements mutuels et de rapport de forces, peut s'instaurer un usage moyen, acceptable par le plus grand nombre et qui soit opposable aux différents écarts. Ce consensus provisoire résulte d'un système d'échanges qui s'établit implicitement entre voisins. Tous les résidents n'ont pas la même propension à percevoir la part proprement sociable de l'échange et à la traduire en acte. Quelles sont les variables qui influent sur cette faculté ? Quelles sont les phases successives de construction d'un mode d'habiter moyen ? Comment s'exprime concrètement la pression exercée sur les autres ? Qui en fait respecter les dispositions (contrôle social immédiat ou investissement d'un responsable, gardien, concierge, vigile, dont il faut définir le rôle et ses limites) ? C'est au niveau de la cage d'escalier qu'il s'élabore le plus facilement. Y a-t-il entre les différentes cages d'escalier d'une même résidence des usages et des tolérances différentes ? Ces écarts sont-ils connus des habitants ? Dans quelles circonstances un tel consensus reste-t-il introuvable ?

Troisième volet : les rapports de copropriétés

Les parties communes donnent lieu à d'autres rapports sociaux que ceux qui s'établissent dans le cadre du voisinage. Il s'agit des rapports des copropriétaires qui ne cohabitent pas nécessairement. La copropriété réunit des individus qui n'ont pas choisi de vivre ensemble mais qui sont interdépendants et doivent coopérer sans pour autant se fréquenter. Leurs rapports sont ambigus : d'un côté, ils sont associés mais l'intérêt de chacun peut différer de l'intérêt collectif, de l'autre, ils peuvent être aussi des voisins et donc avoir à se méfier de l'autre. Ces rapports peuvent donc être très fluctuants selon les problèmes qui se posent et les incidents liés à la vie de voisinage. Le type de relation sociale spécifique aux copropriétés mérite d'être mieux analysé et la vie des copropriétés reste notablement peu étudiée. Pour en prendre la mesure, il conviendrait de procéder à une ethnologie des réunions de copropriété. On sait que les rapports de copropriété seront plus ou moins faciles selon la densité de population dans l'immeuble, la densité d'occupation des appartements, la qualité de la construction, les formes architecturales (les relations de voisinage sont plus nombreuses dans les immeubles bas), la répartition quantitative et spatiale des catégories socioprofessionnelles et des modes juridiques d'occupation, l'homogénéité/hétérogénéité des habitants (cf. H. Mayer : "Les rapports de voisinage dans les immeubles divisés par appartement, notamment dans les grands ensembles", 1982). Dans quelles circonstances se désolidarise-t-on de la copropriété et avec quels arguments ? Comment la situation se dégrade-t-elle ? Des rapports de force peuvent s'instituer au sein des assemblées de copropriétaires. Il faudrait recenser ce qui est matière à conflit. Qui est désigné comme bouc émissaire ? L'analyse des stratégies déployées, des alliances, des rapports de force, des coalitions d'intérêt, permettra d'élaborer un mode d'emploi de la réunion de copropriété, de repérer les groupes d'intérêts et les hiérarchies de tous ordres, de définir le système de valeurs auquel se réfèrent les différents partis, et notamment de comprendre comment se négocie l'affrontement entre les riches et les pauvres de la copropriété. On prendra en considération les modes d'élaboration et d'appropriation des règlements, les plaintes consignées dans les main-courantes des commissariats, les recours aux médiateurs, et bien sûr, les récits des événements consensuels ou conflictuels, qui scandent la vie collective.

Le syndic est un des personnages-clés dans la gestion et le fonctionnement des copropriétés. S'il est essentiellement un mandataire de la copropriété, il a tendance à s'autonomiser, à la faveur d'un droit complexe, d'une part, et de conflits au sein de la copropriété, d'autre part. Quelle représentation les habitants ont-ils de ce personnage très ambigu ? Ils l'ont instauré eux-mêmes, mais en même temps il représente la loi, il est soupçonné d'être intéressé, de multiplier les actions pour gagner davantage. Quel rôle joue-t-il effectivement dans la gestion sociale des assemblées ?

La copropriété est une institution relativement récente. La multipropriété existait sous l'ancien régime, sous des formes juridiques extrêmement complexes. Comment la copropriété a-t-elle été instaurée et pourquoi ? Comment la loi a-t-elle dû prendre en considération de nouvelles situations ? Une histoire de l'origine et du développement de la copropriété dans les formes qu'on lui connaît en France doit être amplifiée.

Méthodologie

Pour la commodité de l'exposé des problématiques, les différentes considérations concernant les espaces intermédiaires ont été abordées selon différents registres et séparément. La réalité ne se conforme pas à de tels découpages et les chercheurs pourront construire leur problématique en puisant dans les différents questionnements. Les questions évoquées ci-dessus sont évidemment liées les unes aux autres.

Il est recommandé de ne pas se contenter de récits, mais de procéder à une étude circonstanciée des pratiques, qu'il faudra observer in situ (cette recommandation ne vaut pas pour les projets à dominante historique). Il importe aussi de se préoccuper du contexte local dans lequel s'insère l'habitat étudié : sa morphologie physique et sociale, son histoire, son image publique... Contexte local qui inclut aussi la dimension régionale des pratiques.

Compte tenu de ces recommandations, l'appel d'offres est résolument pluridisciplinaire et donc ouvert aux chercheurs en sciences sociales et humaines et aux historiens de l'architecture.


Responsable de l'appel d'offres : M. Alain Morel, chargé de mission (tél. : 01 40 15 85 34


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