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Liste des rapports rendus

Appel d'offres 1987
" Les consommations familiales : modèles et pratiques et représentations"


Les modes familiaux traditionnels de consommation (alimentation, vêtement, hygiène, aménagement de l'espace domestique...) ont connu au cours de ce siècle de grandes transformations. Ce qui était le plus souvent produit, transformé, utilisé, réparé dans le cadre domestique est ou peut être aujourd'hui confié au secteur marchand. En même temps on assiste à l'émergence de nouvelles habitudes de consommation liées à la création de nouveaux produits ou à l'introduction de nouvelles machines ou encore à l'adhésion à de nouvelles modes qui viennent bouleverser l'organisation des tâches domestiques.

Si on dispose d'abondantes informations quantitatives sur la consommation des différents milieux et catégories sociales, l'évolution des modèles, des pratiques et des usages familiaux qui correspondent aux séries statistiques est en revanche peu connue.

Avec cet appel d'offres on se propose de contribuer à la constitution d'une ethnologie de la consommation qui mette en évidence les novations aussi bien que les continuités dans les modes de vie des groupes domestiques, comme dans les habitudes et représentations qui les accompagnent. On suppose, en effet, que l'analyse de ces pratiques quotidiennes est non seulement révélatrice de l'organisation du temps, de l'espace comme des ressources de la famille, mais permet d'atteindre les systèmes d'attitudes, de valeurs et de références culturelles qui sous-tendent son univers.

Replacées dans leur contexte de comportements, de représentations, de différenciation culturelle entre milieux sociaux, métiers, villes et campagnes, régions, etc. les habitudes de consommation familiale appartiennent au patrimoine ethnologique contemporain et c'est en cela que leur étude doit être entreprise et renouvelée : on traitera donc l'ensemble de ces pratiques et habitudes à la fois comme objets et signes culturels, comme activités et représentations.

Ceci conduira à s'interroger sur les différences observables autrefois - par exemple entre urbains et ruraux - et ce qu'il en subsiste, mais aussi sur les profils régionaux d'habitudes que l'on pensait voués à disparaître, gommés par une culture de masse uniforme. On observera de façon systématique les formes nouvelles que prennent aujourd'hui ces particularismes. Car on fait ici l'hypothèse selon laquelle usages et habitudes domestiques en matière de consommation restent diversifiés et que cette diversité exprime de façon originale des tendances profondes autant que significatives de la différenciation culturelle et sociale.

Les projets de recherche devraient donc viser avant tout à saisir, à analyser et à caractériser cette diversification culturelle et sociale dans l'un quelconque des champs de consommation familiale, et à mettre en évidence la logique de cette consommation en fonction des caractéristiques sociales (classe, sexe, âge, profession, etc. ) et culturelles (organisation familiale, villes, campagnes, régions, cultures d'origine).

Pour mettre en évidence les significations qui s'attachent aux différents modes, objets et habitudes de consommation, on choisira des entités aussi précises et originales que possible et on confrontera ces significations et représentations aux modèles proposés et véhiculés par les mass-média.

On évitera les généralités en laissant de côté les changements trop amples ou les novations trop générales (par exemple l'introduction de l'électricité). De même, on évitera de retracer l'histoire des grandes mutations des techniques du quotidien, du vêtement, de l'alimentation ... Ce qu'il s'agit de saisir ce sont :

a) les relations entre l'introduction de nouveaux produits, instruments, machines, fruits du progrès technique ou de la diffusion culturelle (due au commerce ou au tourisme par exemple) et les habitudes et modes de consommation domestique.

b) l'ajustement, en des syncrétismes variés, d'habitudes anciennes et nouvelles : par exemple le calendrier familial traditionnel en matière d'hygiène ou de lessive peut être plus ou moins maintenu lors de l'introduction de la machine à laver ; le partage du travail domestique entre mari et femme, parents et enfants peut être à peine modifié ou tout à fait bouleversé par l'introduction de la machine à laver la vaisselle, du congélateur ou de l'aspirateur. On s'appliquera aussi à dégager la signification de ces choix, en fonction de leur mode de décision et de leurs conséquences.

c) les chronologies précises des transformations et les séries de modèles culturels successifs ou simultanés qui leur confèrent un sens. On retiendra aussi bien les pratiques issues d'une tradition, mais adaptées à des techniques nouvelles, que la continuité des pratiques à travers l'évolution des objets et des consommations. On montrera par exemple la complémentarité éventuelle entre machine à laver et lavoir.

d) les distinctions majeures vécues et ressenties entre les registres symboliques de la consommation : le quotidien et le festif, l'ordinaire et le somptuaire, le consommable et le durable, les consommations masculines et féminines, celles liées à des âges, à des moments de la vie, à des circonstances, à des lieux particuliers (maison de campagne par exemple).

e) les circonstances particulières et extrêmes qui influent plus ou moins durablement sur les modèles, habitudes et modalités de consommation : effet des dépenses contraintes (ce que l'on a appelé les "consommations captives" qui peuvent représenter dans le budget des familles des postes dont le volume est important - factures EDF/GDF, loyers ...), chômage, ou autres effets de la crise maladie chronique, guerre (on sait que les deux dernières guerres ont profondément modifie les habitudes et comportements sur ce plan et cela est encore perceptible). C'est à la faveur de tels événements que l'on saisit habituellement des phénomènes de réinvention, de substitution ou, au contraire, de changement radical.

f) les normes éthiques, esthétiques, de valorisation sociale qui exercent, à travers les pratiques de la consommation familiale un effet sur les habitudes d'achat et, par là, sur les appareils de distribution (par exemple vogue actuelle des " produits de terroir ", ou des conditionnements particuliers ...) ; sans oublier pour autant l'influence exercée sur les habitudes familiales, par la publicité et par les systèmes de distribution et les changements culturels induits (par incitation, défi, conformisme, etc.). Plus généralement, on s'attachera à la description des explications, rationalisations et systèmes idéologiques que les groupes familiaux construisent pour justifier leur adoption des novations ou au contraire leur refus de celles-ci ou l'impossibilité dans laquelle ils se trouvent de les adopter.

Cette énumération n'est pas limitative : elle ne doit pas interdire à la recherche de se porter sur des activités qui, pour ne pas relever à proprement dit de la consommation familiale, n'en appartiennent pas moins à cette sphère. I1 en est ainsi du bricolage, moyen de récupération, mais aussi de personnalisation, de substitution, d'adaptation... ou plus simplement d'acquisition, en l'absence de ressources. De la même manière, peut-on s'intéresser aux petites productions dans le sillage domestique (jardinage) et aux pratiques d'échanges de biens (alimentaires, trocs d'objets et d'entraide en nature, autant de modalités qui réintroduisent les pratiques d'auto-subsistance .

I1 convient, de même, dans la mesure où cela peut donner lieu à des observations concrètes et à des analyses précises et discriminantes en termes ethnologiques de ne pas écarter les consommations familiales dans le domaine des biens culturels (spectacles et loisirs familiaux, presse, etc), symboliques (présence du ou des rituels familiaux religieux par exemple), affectifs (fêtes et célébrations) ou de la santé et du bien être considéré comme un bien collectif familial.

I1 va de soi que la perspective nécessairement historique qu'il convient d'adopter dans la formulation des projets obligera à prendre en compte les transformations générales ou particulières à tel milieu social ou à telle région survenues dans la dimension du groupe familial, comme dans sa composition en termes socio-professionnels et culturels, ainsi que dans la définition et la répartition des rôles de chacun de ses membres.

Si les projets devront se référer à l'espace domestique d'un groupe comme lieu d'observation, comme terrain, du fait de la répartition contemporaine des pratiques de consommation entre le domaine domestique/privé et le secteur marchand/public il convient de ne pas limiter a priori matériellement le champ de la recherche. Au contraire, on s'attachera à l'étude de modifications constantes de la frontière entre ce qui se fait dans l'espace public et l'espace privé. Ainsi, après une dévalorisation du travail domestique, évacué à la cuisine, qui a conduit à rechercher des gains de temps sur les tâches ménagères, on assiste à un retour de ce même travail domestique dans le séjour-cuisine, en présence des invités, à titre de loisir ou de démonstration de convivialité.

De manière générale, on s'attachera à étudier les multiples rythmes et temps familiaux (rythmes d'acquisition, de consommation, journaliers, hebdomadaires, annuels...), ce qui conduira à prendre en compte les emplois du temps et les parcours de la quotidienneté dans lesquels les consommations s'inscrivent, au même titre que l'on attachera la plus grande importance à la datation des changements, les mêmes étant déjà anciens pour certains groupes sociaux et tout récents pour d'autres.

I1 est recommandé de choisir un axe de travail tel que l'alimentation le vêtement, l'agencement et la décoration de l'espace dont on étudiera la consommation sous tous les aspects, dans un milieu social ou dans un lieu (quartier, petite ville, village, etc) précis et bien délimité.

Un travail pluridisciplinaire sera particulièrement bienvenu . On souhaite aussi que, dans la mesure du possible, soit fait appel à des compétences extra-universitaires, aux professionnels de la consommation notamment (industriels, publicistes, spécialistes des études de marché ) qui détiennent des informations utiles.


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