Etude sur le patrimoine scientifique : les enjeux culturels de la mémoire scientifique
 
 
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La mémoire scientifique s'affirme de plus en plus comme un domaine particulier de la conservation et de la valorisation du patrimoine. La nomination d'archivistes auprès d'institutions scientifiques, l'intervention des Monuments Historiques pour la protection d'objets et de sites, la contribution de l'Inventaire pour la constitution de thésaurus, l'intérêt porté par les Musées de France à des conservatoires ou à des sites scientifiques font écho à une préoccupation croissante de communication au sein des organismes de la science. Ce double mouvement rejoint le développement actuel de la sociologie et de l'anthropologie des sciences, qui s'attachent à révéler les multiples dimensions du travail de la recherche et en livrent une image renouvelée. Le public répond présent, manifestant un intérêt tout particulier pour cette nouvelle approche de la science.

Cette émergence de la mémoire scientifique, à la croisée de mondes divers, n'est pas sans rappeler ce qui s'est passé il y a une vingtaine d'années autour du patrimoine industriel. L'ethnologie avait alors permis d'enrichir les débats, en interrogeant plus particulièrement les processus de construction de ce patrimoine. La Mission à l'ethnologie a alors pensé qu'il était intéressant d'apporter sa contribution au chantier ouvert autour de cette " nouvelle " mémoire, en organisant une mission d'étude et en mettant ses résultats à disposition des institutions, collectivités ou associations qui s'y investissent. L'idée était de repérer des opérations organisées autour de la mémoire ou du patrimoine scientifique, d'en sélectionner un certain nombre, d'enquêter sur les conditions de leur création, d'appréhender les discours proposés aux publics, de mettre en évidence leurs atouts et leurs difficultés et d'en mesurer les enjeux culturels. En même temps, cette enquête offrait l'occasion d'interroger la faisabilité et l'intérêt de la constitution d'un réseau et d'un portail Internet consacré à cette mémoire scientifique. L'Ile-de-France et l'Alsace semblaient constituer des terrains d'étude privilégiés, puisque ces deux régions sont caractérisées par un grand nombre d'initiatives, tout en proposant à la fois un regard sur Paris et sur la province.

Une enquête a donc été menée sur le terrain, pour rencontrer les acteurs et découvrir ce patrimoine en train de se construire. Les opérations se définissent au sein d'une configuration articulant étroitement des individus et des groupes, des objectifs, des collections, des contenus, des publics, des budgets. Elles sont aussi évolutives. C'est pourquoi l'étude a tenté de les appréhender dans leur dimension concrète et de les suivre dans leur développement. Les contacts en Ile-de-France ont plutôt approfondi un nombre restreint d'initiatives, en interrogeant les regards croisés de différents acteurs qui y participent. En Alsace, c'est un point de vue plus transversal et plus sommaire qui a été adopté, afin de tracer un paysage régional, sinon de manière exhaustive, du moins de façon suffisamment large pour pouvoir mettre en perspective plusieurs expériences différentes. Les données recueillies par l'enquête sur le terrain ont été complétées par la lecture d'ouvrages et d'articles sur le thème du patrimoine scientifique, de la muséologie scientifique, de la culture scientifique, mais aussi de l'information scientifique, de l'enseignement des sciences, des recherches sur les sciences, bref sur tous les domaines qui, de près ou de loin, croisent les problématiques de la mémoire des sciences. Chacun d'entre eux a déjà livré des réflexions approfondies, au point qu'on perçoit difficilement ce qu'on pourrait ajouter à leur suite. Mais plus rares ont été les essais de leur mise en perspective. Il semblait alors pertinent de tenter d'esquisser une approche plus globale.

Une étude aussi restreinte dans le temps permettait difficilement de saisir toutes les subtilités d'une configuration aussi vaste et aussi complexe. Au risque d'en faire une présentation trop simplificatrice, ce rapport a tenté d'en tracer les grandes lignes. Il a semblé en effet impossible de comprendre d'où vient et vers où se dirige cette mémoire scientifique, de saisir les forces qui en jouent en sa faveur ou à son désavantage, d'évaluer ses potentiels, sans élargir le point de vue. Pour en mesurer tous les enjeux, il faut réinsérer les préoccupations de sa sauvegarde, de sa conservation et de se valorisation dans le cadre de toutes les problématiques qui se posent aujourd'hui au sujet de la science et de ses rapports avec la société. Ce panorama tracé à gros traits manque de précision, il propose autant de questions que de réponses, mais il offre une modeste base, qui permet déjà de mieux évaluer toute la portée de cette " nouvelle " mémoire scientifique et, peut-être bientôt, d'en poursuivre l'analyse et d'en livrer un éclairage plus approfondi.

 
 
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