Albert Bergeret fera appel aux meilleurs artistes pour décorer sa demeure. Louis Majorelle fournit une partie du mobilier, une cheminée et l’ensemble des ferronneries. Malheureusement le mur de clôture et son portail ont été détruits et cette amputation nous prive d’une des plus belles ferronneries de Majorelle. Eugène Vallin, qui avait déjà travaillé à l’aménagement des bureaux de l’usine, est à nouveau présent, mais ses réalisations ont été fortement dénaturées. Victor Prouvé exécute une affiche pour l’imprimerie, un portrait de la famille Bergeret et la grande peinture du plafond du hall, aujourd’hui déposée. Jacques Gruber réalise quatre verrières dont trois sont toujours en place. Joseph Janin, qui avait également travaillé pour l’usine, sera à nouveau mis à contribution. La forte personnalité de ces artistes ne nuit pas à l’unité d’ensemble. Au contraire la confrontation des verrières de Gruber et des ferronneries de Majorelle est une des grandes réussites de la maison Bergeret.

Jacques Gruber (1870-1936), d’origine alsacienne, est un élève de Théodore Devilly, directeur de l’école municipale des Beaux-Arts de Nancy. Cartonnier chez le peintre-verrier Charles-Laurent Maréchal de Metz avant de quitter la Moselle, Devilly préconise l’étude de l’ornement d’après nature « en vue de satisfaire aux besoins des industries locales ». Il aura une influence déterminante sur Gruber et bon nombre d’artistes et artisans nancéiens. Grâce à une bourse municipale, Gruber poursuit ses études à l’Ecole des Beaux-Arts de Paris chez Gustave Moreau.
En 1893, il devient professeur d’art décoratif et travaille chez Daum où il participe à la nouvelle orientation artistique de la verrerie. Parallèlement à ces activités, il dessine et fait exécuter des objets et des meubles dans lesquels il intègre des verres gravés. Lorsqu’il reçoit cette commande prestigieuse, il vient d’ouvrir son propre atelier de peintre-verrier. Gruber renouvelle le style et les thèmes du vitrail civil, ses recherches s’incrivant résolument dans le mouvement de l’Ecole de Nancy. Son succès va de pair avec celui de l’architecture Art Nouveau et il sera associé à la plupart des chantiers importants. Son vitrail plaît en particulier aux commerçants, aux banquiers et aux industriels.

Joseph Janin (1851-1910), originaire de Moselle, est formé dans l’atelier Maréchal. En 1896, il reprend la direction de l’atelier nancéien Höner fondé en 1847. Spécialisé dans le vitrail religieux, l’atelier Janin aura les plus grandes difficultés pour changer d’orientation stylistique et s’adapter à un nouveau marché.

Louis Majorelle (1859-1926), après une formation artistique à Nancy et à Paris, reprend , en 1884, la direction des ateliers artistiques de l’entreprise familiale, spécialisée alors dans la production de meubles de style. A partir de 1894, à la suite de Gallé, il se convertit au style moderne, renouvelant formes et décors. Vice-président de l’Ecole de Nancy avec Vallin et Daum, il est, au début du siècle, un chef d’entreprise aux affaires florissantes. Quelques années auparavant, il avait ajouté aux ateliers de bois un atelier consacré au travail du métal afin de pouvoir réaliser les éléments en bronze, en cuivre ou en fer forgé qui agrémentaient les meubles. Dès 1898, la ferronnerie devient un terrain d’expérimentation et les essais vont se multiplier. Il crée en collaboration avec Daum des appareils d’éclairage qui connaissent après 1903 un vif succès. De même, multiplie-t-il les tentatives dans l’architecture extérieure et intérieure.

Victor Prouvé (1858-1943), peintre de formation, est fortement marqué par le courant symboliste. Il reçoit un enseignement académique auprès de Devilly à Nancy et de Cabanel à Paris. La diversité de ses aptitudes lui permettront d’appréhender les techniques les plus variées : la sculpture, l’orfévrerie, la reliure et la broderie. Après la disparition de Gallé, Prouvé prend la présidence de l’Ecole de Nancy en 1905, s’impliquant de plus en plus dans la vie nancéienne artistique et sociale.

Eugène Vallin (1856-1922) a appris le métier auprès de son oncle Claudel, menuisier-ébéniste spécialisé dans la charpente et le mobilier d’église. auquel il succède en 1881. A la fois sculpteur, architecte, ébéniste et fondeur, il pratique la pluridisciplinarité dans l’esprit de l’Unité dans l’Art. Et à partir de 1896, il adopte les principes de Gallé. Lecteur attentif de Viollet-le-Duc, c’est en artisan qu’il aborde le mobilier moderne.

Lucien Weissenburger (1860-1928), né à Nancy, fils d’un « manufacturier » fabricant de matériaux pour entrepreneurs, est formé dans l’agence de Charles André avant de rejoindre l’Ecole nationale des Beaux-Arts de Paris. Premier architecte nancéien diplômé par le Gouvernement, il devient architecte de la ville de Lunéville mais c’est à Nancy qu’il consacre l’essentiel de ses activités. Sa riche clientèle se compose d’industriels et de grands commerçants liés à l’Ecole de Nancy. Il est reconnu par ces commanditaires pour la rationalité de son architecture industrielle.
Weissenburger adopte avec prudence la nouvelle mode mais il en deviendra vite un des principaux diffuseurs. Lorsqu’en 1903 il construit sa propre demeure au n° 1 du boulevard Charles V à Nancy, il est au faîte de sa notoriété et c’est à la même date que Bergeret lui passe commande de sa villa. Les deux hommes appartiennent au Comité directeur de l’Ecole de Nancy.