L'ÉPAVE SAINT-GERVAIS 2

Découverte au large de Fos-sur-mer en 1978, l'épave Saint-Gervais 2 a fait l'objet, l'année même, d'une fouille de sauvetage qui a permis, par l'étude du mobilier de dater le naufrage du VIIe siècle après J.-C. et de mettre en évidence l'emploi d'un procédé de construction membrures premières attesté jusque là sur un seul autre site, l'épave Yassi Ada 1 en Turquie, à un stade moins avancé que celui observé sur l'épave Saint-Gervais 2.

En effet les virures du fond de carène ont été assemblées sur les couples après la mise en place préalable de ces derniers, en raison d'une part de l'absence totale de liaison entre les planches du bordé, lesquelles sont directement clouées sur les membrures au moyen de clous de fer et, d'autre part de la forte cohésion de l'axe longitudinal sur lequel on observe la liaison de tous les couples (varangues aussi bien que demi-couples) à la quille, liaison renforcée par la fixation, au moyen des mêmes broches, d'une carlingue conservée à l'arrière et dont les traces sont visibles à l'avant, alors que des carlingots eux-mêmes fixés sur les membrures supportent le massif d'emplanture du mât dans la zone centrale.
La présence d'une pompe de cale du type à chapelet constituait à l'époque le seul témoignage quasiment complet de l'existence de ce système connu par ailleurs mais de manière fragmentaire (tuyaux d'évacuation, bacs de réception, anneaux de chapelet, davier, etc.) à travers d'autres épaves antiques.


Pompe

L'épave Saint-Gervais 2 est la seule à illustrer, par sa cargaison de blé, l'existence du commerce maritime de cette denrée, commerce par ailleurs fort bien documenté à travers la littérature latine.


Lampe ou spathéion

L'étude du mobilier, peu abondant en raison de la faible profondeur du gisement qui a permis sans doute une récupération dès l'époque du naufrage, se révèle capitale car elle nous montre :
  • les dernières productions de sigillée claire africaine (formes Hayes 108 et 109)
  • les variantes morphologiques les plus tardives des types d'amphores tant africaines qu'orientales (spatheia, Keay VIIIA, Keay LXI, LRA 5-6)
  • une lampe dont la dégradation de la pâte et de ses décors rappelle les dernières productions du VIIe siècle


Malgré la présence d'une monnaie d'Héraclius de Carthage datée de 611-612, les critères morphologiques établis ci-dessus permettent de proposer une datation beaucoup plus basse dans le VIIe siècle, peut-être même dans la deuxième moitié de ce siècle faisant de cette épave le témoignage maritime le plus avancé dans ce siècle de la perduration de courants commerciaux transméditerranéens déjà largement attestés à travers les fouilles terrestres.

Fouille : Marie-Pierre Jezegou, DRASSM : Photos : Marie-Pierre Jezegou et Musée Carnavalet