L'ÉPAVE DU BATÉGUIER

Au large de Cannes, par 58 mètres de profondeur repose une épave contemporaine de celle d'Agay et de même origine culturelle, le califat andalou de Cordoue. En 1973 et 1974, l'essentiel de la cargaison a été récupérée par l'inventeur du site : des meules, des chaudrons en cuivre, des lampes à huile à bec canal et de la poterie vraisemblablement transportée dans de grandes jarres sans anses, décorées le plus souvent de bandeaux digités.


Jarrita


Jarre

La poterie présente une très grande variété de formes, pour l'essentiel des formes fermées, de la famille des jarritas, jarros, jarritos, marmitas, cantàros ; quelques formes ouvertes du type ataïfores (grands plats creux) ont été retrouvées mais elles sont très marginales dans la cargaison. Les glaçures sont rares, les décors sont abondants et variés, lignes incisées, motifs géométriques, coulures d'ocre appliquées aux doigts. Des graffiti en alphabet arabe sont parfois présents.

La rareté des épaves de cette époque et de ce faciès culturel a justifié en 1993, une campagne d'évaluation de l'intérêt résiduel du gisement ; cette opération a été menée grâce à la collaboration de la COMEX qui a fourni le soutien logistique, à savoir le Minibex et un ROV ( robot vidéo) et à des plongeurs bénévoles de la Fédération française d'études et sports sous-marins.

Un robot vidéo piloté de la surface a permis de suivre les effets du souffleur prété par la COMEX et utilisé pour dégager la couche de vase recouvrant la coque.
Un fragment de jarre apparait sur l'écran vidéo du robot.

L'intervention a permis de dégager une portion de coque de 11,35 m de longueur sur 4,30 m de largeur qui correspond aux oeuvres vives d'un navire à fond plat dont la forme, rare en Méditerranée, rappelle celle de l'épave d'Agay et celle de l'épave de Serçe Liman (Turquie, XIe siècle de notre ère). La quille porte une marque incisée de forme géométrique ; les virures de la sole, les membrures en forme de L, les bouchains et, au delà du bouchain occidental, deux autres virures sont parfaitement conservées. l'étude des assemblages (virures clouées sur les membrures au moyen de clous en fer) révèle l'utilisation d'un procédé de construction de type "sur squelette".

Fouille : Jean-Pierre Joncheray (FFESSM)

Texte et photos : Jean-Pierre Joncheray et Marie-Pierre Jézégou