L' ÉPAVE AGAY A

Découverte par 50 mètres de profondeur dans la rade d'Agay (Var), la cargaison de l'épave a été fouillée par son inventeur Alain Visquis dans les années 1970.



Vue d'ensemble de la coque

Ce n'est qu'en 1996 que de nouvelles fouilles ont été entreprises à la lumière d'une problématique plus affinée, celle de l'étude du lent processus d'évolution du principe de construction navale dit « bordé premier » tel qu'il était pratiqué dans l'Antiquité vers le principe de construction « membrures premières » et des différents procédés qui ont permis de pratiquer ce mode de construction en l'absence des connaissances géométriques nécessaires à l'élaboration des calculs de projection dans l'espace.




Relevés sur l'épave Agay A


Cette évolution se manifeste dès le haut Moyen Âge à travers les épaves Yassi Ada 1 en Turquie et Saint-Gervais 2.
D'autre part, cette épave, avec sa sœur jumelle, celle du Batéguier, relève d'une civilisation dont les traces maritimes sont très rares sur nos côtes et même dans l'ensemble de la Méditerranée, celle du Califat andalou de Cordoue au Xe siècle de notre ère.

En effet depuis le VIIe siècle de notre ère, la Méditerranée occidentale constitue un espace divisé entre la Chrétienté et l'Islam, espace sur lequel les deux cultures rivalisent pour imposer leur domination, mais à travers lequel les relations commerciales perdurent comme l'atteste la présence de céramiques de productions majorquines, andalouses et même ifriqiyennes dans les villes du monde chrétien. Au Xe siècle, l'âge d'or du Califat omeyade, Al Andalus contrôle de fait la Méditerranée occidentale à travers les bases de ses marins corsaires établies sur les îles (Baléares, Sardaigne) ou sur le littoral des royaumes chrétiens, comme par exemple à la Garde Freinet (massif des Maures), non loin du site d'Agay.
Il semble prématuré pour l'instant d'expliquer les raisons de la présence de l'épave dans ce secteur. L'hypothèse d'un combat naval n'est pas à exclure compte tenu de l'existence d'une deuxième épave strictement contemporaine disposée perpendiculairement à la précédente et d'un fragment de coque isolé sous une jarre de la même période, à quelques centaines de mètres au sud-est du site principal.
D'autres jarres du même type pouvant receler la présence d'autres restes de navires, sont signalées dans le secteur.
La cargaison du navire était composée de meules en rhyolite de l'Estérel, de tiges de cuivre (environ 300), de chaudrons en cuivre munis d'anse (dont l'un présente une inscription en caractères arabes de type graffito) et d'une douzaine de grandes jarres dont on ignore le contenu. La vaisselle, peu abondante et principalement constituée de formes fermées, type jarro, jarrita, jarra ou de lampes à huile semble plutôt appartenir à l'équipement du bord.


Jarre décorée
de bandeaux digités



Bouchain (vue de détail)

L'intérêt principal du gisement, réside dans l'étude de la construction du navire et dans l'observation de ses formes. Il s'agit d'un navire à fond plat, d'une longueur estimable à environ 25 mètres pour une largeur d'au moins 4 mètres, et dont les caractéristiques témoignent d'une construction « membrures premières » : absence de liaison entre les virures du bordé, homogénéité de la structure du squelette à travers l'assemblage quille/varangues et même quille/demi-couples, la couverture du bouchain par les demi-couples compensant la faiblesse de l'assemblage varangues/genoux.
D'autres campagnes de fouilles sont envisagées afin de mettre en évidence les différentes phases de construction du navire, seule approche possible pour comprendre les modalités de conception des formes d'un navire construit sur squelette au Xe siècle de notre ère.


Fouille : Jean-Pierre Joncheray : Photos : Jean-Pierre Joncheray