| (de l'idéogramme
à l'alphabet) écritures alphabétiques |
||
|
||
|
le §«ng kinh nghÜa
thôc l'origine du quèc ng÷ Alexandre de Rhodes le quèc ng÷ au 20ème siècle |
||
le §«ng kinh nghÜa thôcAu
début du XXème siècle, période de bouleversements
politiques et économiques, les Vietnamiens, épris de
culture et au sens patriotique développé, éprouvent
le besoin de développer l'usage d'un procédé
de transcription, plus pratique et plus adapté que le ch÷ n«. Ce sera le "ch÷ quèc ng÷",
l'écriture de la langue nationale, transcription
maintenant adoptée comme écriture nationale. Bµi h¸t khuyªn häc quèc ng÷ Chanson pour inciter à apprendre le quèc ng÷ ![]() Fac-similé du texte manuscrit, paru dans les publications de l'École hanoïenne de la juste cause (1907). Pour être un homme digne en ce monde, il faut s'efforcer de promouvoir l'image du pays. ... L'écriture romanisée de la langue nationale est l'essence du pays, Il faut faire en sorte de la répandre dans la population, Qu'il s'agisse des ouvrages occidentaux comme de ceux de la Chine, Quelle que soit la langue d'origine, la langue nationale en donnera une traduction claire. Paysans, artisans, depuis des lustres, ont des chemins tout tracés, S'unir nous permettrait de plus facilement vaincre nos appréhensions, Asie, Europe ensemble dans un même creuset, Cela façonnera une nouvelle personnalité, celle d'un individu à part entière. Pour une personne qui étudie, des milliers ont ainsi accès au savoir, D'un esprit éduqué pourra naître des milliers d'actions bénéfiques, Nous tenons nos droits entre nos mains, Le chemin du progrès conduit à des jours prospères. Le tintement de la cloche de l'indépendance interromp les discours, Les pétards saluent le réveil des Mers du Sud. Les publications de l'École hanoïenne de la juste cause sont diffusées à l'occasion des cours gratuits d'apprentissage du quèc ng÷ qui auront rapidement un grand succès car le principe pédagogique était de s'appuyer sur la connaissance de la langue orale, comme en témoignent les extraits du manuel présentant l'introduction à la pratique de la transcription. A priori, le choix de la transcription romanisée comme support de propagation du mouvement nationaliste anticolonialiste peut paraître surprenant : cette écriture n'est-elle pas le symbole des étrangers qui voulaient faire du Vietnam le terrain privilégié de leur politique de "mission civilisatrice . Le système du "quèc ng÷" a subi une longue évolution qui en fait, en ce début du XXème siècle, un excellent outil de vulgarisation des idées et des connaissances avec un avantage décisif sur le Nôm : son apprentissage est facile pour les locuteurs natifs, de même que son impression. De plus, les caractères chinois représentaient le poids de la tradition d'un confucianisme figé, détourné de ses idéaux originaux - "bâtir l'avenir en s'appuyant sur le passé" -, le choix de ces "lettrés patriotiques" (v¨n th©n yªu níc) de faire la révolution de l'écriture s'explique donc aisément. C'est une volonté qui sera confirmée en 1955 quand il s'agira de choisir la langue et l'écriture nationales du Vietnam.
l'origine du quèc ng÷Le point de départ de cette transcription remonte au XVIIème
siècle lorsque les missionnaires voulaient mettre au point leur méthode
d'évangélisation des habitants de ce qui était, à
l'époque, le §¹i ViÖt, divisé en deux principautés,
celle des TrÞnh au Nord et celle des NguyÔn au Sud. Alexandre de RhodesNé en Avignon en 1593, il débarque sur les côtes du centre du Vietnam en 1624.![]() Carte présentant la situation administrative et politique du Vietnam au temps d'Alexandre de Rhodes (1645) Après plus de 20 ans passés en Cochinchine, au Tonkin et à Macao, A. de Rhodes retourne en Europe où il publie les premiers ouvrages occidentaux sur la langue vietnamienne. En 1651, son dictionnaire trilingue (vietnamien, latin et portugais) "Dictionnarium annamiticum, lusitanum et latinum" sort à Rome, accompagné d'un petit traité de grammaire "Linguæ Annamiticæ seu Tunchinensis brevis declaratio".
![]() Fac-similé de la page de garde du petit traité de grammaire d'Alexandre de Rhodes (Rome 1651) Les travaux d'Alexandre de Rhodes sont complétés par un manuel de catéchisme "Cathechismus pro iis, qui volunt suscipere Baptismum, in octo dies divisus" publié à Rome en 1651, en présentation bilingue vietnamien-latin.
![]() Fac-similé de la première page du catéchisme d'Alexandre de Rhodes (Rome 1651) Les oeuvres d'Alexandre de Rhodes ont données une codification de la transcription du vietnamien parlé qui, pour la plus grande partie, reste valable dans l'écriture en utilisation en cette fin du XXème siècle. Le système est bâti autour de l'utilisation des éléments de la prononciation du portugais et, pour une moindre part, de l'italien, avec une batterie de signes diacritiques pour représenter les 6 différents tons.
Fac-similé de deux entrées, avec la traduction en quèc ng÷ actuel, du dictionnaire d'Alexandre de Rhodes Pendant plus de trois siècles, la transcription romanisée restera exclusivement en usage dans les milieux catholiques. Les missionnaires des Missions étrangères de Paris continueront à l'étudier et à le perfectionner en publiant des manuels, des grammaires et des dictionnaires.
le quèc ng÷ au 20ème siècleAvec la colonisation française qui suit les expéditions militaires de 1858, le monde administratif, les enseignants, les scientifiques s'intéressent à leur tour à cette écriture et à son génie, comme l'atteste M. Abels des Michels, premier professeur titulaire de la chaire d'"annamite" à Paris, dans son ouvrage "Dialogues cochinchinois", publié à Paris en 1871.
Reproduction de la couverture des "Dialogues cochinchinois" d'Abels des Michels (Paris 1871)
L'engouement des lettrés modernistes du
§«ng kinh nghÜa thôc
de 1907 va être préparé par le travail d'un groupe de
précurseurs vietnamiens, dont le plus célèbre
est le savant polyglotte Pétrus Tr¬ng VÜnh Ký à qui l'on
doit une des premières méthodes de vietnamien à
l'usage des fonctionnaires français : "Cours d'annamite parlé
(vulgaire)" Saigon, 1894.Après l'élan donné par le mouvement de l'École hanoïenne de la juste cause, le succès du quèc ng÷ va être assuré par le développement du journalisme et de la littérature moderne en vietnamien, dont l'impression se fera quasi exclusivement en écriture romanisée. Le quèc ng÷ deviendra ainsi, malgré les obstacles d'une partie des autorités coloniales, le principal vecteur de la modernité et de l'affirmation du nationalisme militant. |
||
|