Février 98 (exposition Air de Paris)

Beaucoup d'éléments de l'exposition sont des concrétisations d'idées commencées au Japon. Là-bas, plûtot que de montrer des choses qui expriment des convictions sur la vie ou sur l'art, importées d'Europe et de ma tête, j'ai préféré me mettre dans la position d'un élève, d'un étudiant ou d'un apprenti. Je me suis aussi dit qu'entre le savoir individuel de chacun (le mien par exemple) et les connaissances universelles (celles qui circulent, celles qui dorment dans les livres ou les expériences et le métier de chaques personnes) il y avait un territoire, un monde. J'ai lu avant un texte de Hakim Bey qui circule sur internet (TAZ: http://www.babelweb.org/virtualistes/armer/taz.htm) qui constate d'une part que la carte du monde a déjà été tracée (l'état a déjà arpenté le monde) et que les espaces de liberté (toutes activités confondues) sont de plus en plus rares. Pour voir quelque chose de nouveau apparaître, il développe un concept volontairement "flou", la zone autonome temporaire, qui fait penser parfois à de l'art contemporain. Ainsi pour lui, un repas, une fête, un échange dans un newsgroup ou un site éphémère sur internet voire le hacking (tradition des utopies pirates) peuvent seuls dégager des moment d'autonomie pour la pensée, de création vraie: un contre-pouvoir /une contre-culture. J'aimerais plûtot croire à une non-violence culturelle. Je pense que "essayer le monde" peut déjouer toutes les idéologies, passées et à venir. Parce que si la carte du monde à déjà été tracée par d'autres, la mienne, celle de chacun en regard, est misérable. Par exemple, ce n'est pas parce que des milliers de gens ont déjà visité la Chine ou le Brésil que ça ne peut pas être une expérience créative (de moi) pour moi, même si je ne rapporte pas d'éléments nouveaux pour la communauté. Apprendre le métier d'un autre (une chose déjà connue) n'est pas très subversif, c'est enrichissant. Apprendre comment on construit des immeubles (génie civil) est peut-être plus " questionnant " dès lors que l'on n'a pas l'intention d'en construire (faire ce pourquoi nous sommes formés)...ou repasser le Bac que l'on a déjà, pour voir ce qui a changé et ce qu'il en reste. Suis-je maintenant nul en maths et bon en Philo, l'inverse ou nul partout? Peut-être suis-je intéressé par ce que les autres savent déjà, mais le champ est immense. J'ai envie de connaissances de "première main". Même si elles semblent pauvres ou limitées, en regard de la masse des informations qui circulent, elles seront toujours plus précieuses pour moi qu'un reportage à la télé ou dans un magazine.

PJ.

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