La tentation de la ronde-bosse


L'émail champlevé limousin se caractérise notamment, sauf pièce de commande spécifique -perceptible par l'unicité de son programme décoratif- par l'aspect sériel de sa production. L'apparition de plus en plus fréquente de motifs en relief, puis d'appliques complètes, rivetées sur un fond émaillé, témoigne non seulement de l'évolution esthétique et de la technique, mais aussi de la fragmentation du travail, correspondant sans doute à une volonté de rentabilité.
Les premiers éléments en relief sont les têtes modelées à part, ciselées et rivetées sur des silhouettes planes émaillées, ou complétant les silhouettes laissées en réserve dans le métal, soigneusement ciselées et dorées (à partir du 4e quart du XIIe siècle). Apparaissent ensuite des silhouettes entières moulées en coque, émaillées et dorées puis rivetées, dont on avait simplement réservé les emplacements sur les plaques de fond (comme en témoigne la châsse de Saint-Vaury). C'est de cette époque que datent également les colombes eucharistiques réalisées selon la même technique.
A partir du 2e quart du XIIIe siècle, la plupart des appliques ne sont plus émaillées : les figures sont désormais moulées puis soigneusement ciselées et dorées ; leur exécution relève davantage de la sculpture, seuls les yeux et quelques détails vestimentaires sont rehaussés de perles d'émail. La hiérarchie entre flancs majeur et mineur des châsses de qualité -telles les châsses de Saint-Viance ou de Chamberet- se marque par l'usage du relief pour le programme dogmatique de la face, opposé aux médaillons plus narratifs, émaillés à plat, fixés sur le revers.
De véritables rondes-bosses sont encore exécutées, notamment des chefs-reliquaires ou des Vierges à l'enfant réalisés en feuilles de cuivre doré et décorés de médaillons ou de perles émaillés. La plupart des gisants monumentaux dus à la même technique, qui ont aussi contribué à la célébrité des orfèvres limousins, ont malheureusement disparu.