Le trésor de l'abbaye de Grandmont


Fondé en 1076 par Etienne de Muret, l'ordre de Grandmont connaît un formidable essor au XIIe siècle, couronné par la canonisation de son fondateur en 1189 et, malgré de graves désordres internes, une belle prospérité matérielle encore au XIIIe siècle : à cette époque l'ordre regroupe plus de 150 celles (petits prieurés), dont 25 en Limousin.
Il bénéficie de la protection des Plantagenêt à partir des années 1160, tout particulièrement de la part d'Henri II qui, outre des legs répétés, gratifie le chef d'ordre situé à quelques kilomètres au nord-est de Limoges, de son intention d'y fonder la nécropole familiale. L'abbaye constitue pour ses besoins propres un fabuleux trésor, dont la beauté frappe le pape Innocent III lors de sa visite en 1188. Quarante-six quintaux de métal résultent de la fonte de l'autel et du cuivre ouvragé conservé encore à la maison-mère en 1791, après la dissolution de l'ordre.
Les vestiges subsistants, maintenant assez bien identifiés pour ce qui concerne l'autel majeur, comptent parmi les plus belles réalisations en émail champlevé limousin. Quelques prestigieux objets, dispersés dans le diocèse à la Révolution, sont encore visibles aujourd'hui dans plusieurs églises de Haute-Vienne : à côté des émaux champlevés, figurent des pièces d'argent doré à décor de filigrane et de pierrerie, ou de cuivre non émaillé. Le coffret eucharistique et la burette de Milhaguet, volés au musée municipal de l'Evêché en 1981, avaient la même provenance.