|
Augustin Fresnel (1788-1827) est l'inventeur des lentilles à échelon
utilisées dans les phares. Il appliquera pour cela une idée
déjà développée par Buffon vers 1850 puis
commentée par Condorcet. Après son entrée en 1819,
à la Commission des phares, il présentera le 29 juillet
1822, un "Mémoire sur un nouveau système d'éclairage
des phares" qui utilise un moyen révolutionnaire pour remplacer
les réflecteurs par des lentilles de verre.
Cette application, qui avait déjà été réalisée
au phare de Portland, en Angleterre, se heurtait à la taille nécessaire
de la lentille (plus de 60cm de diamètre) et de fait, à
son épaisseur importante qui absorbait la lumière. Fresnel,
pour contourner ce problème, propose de diviser l'optique en anneaux
concentriques tout en enlevant les parties inutiles de son épaisseur.
Dès 1819, une première lentille est présentée.
Elle est constituée d'un assemblage de prismes collés sur
une glace. Chaque prisme dévie et renvoie le faisceau suivant un
même axe.
Le 12 mai 1820, la Commission des Phares assiste à l'utilisation
d'une lentille, de 0,76 cm de côté, à l'Observatoire
de Paris. D'autres essais entrepris en septembre 1821 et août 1922
montrent l'indiscutable supériorité de la nouvelle lentille.
En comparaison, les intensités, face aux réflecteurs paraboliques,
sont presque quatre fois plus importantes. Il fallait maintenant sauter
le pas.
Le 20 juillet 1823, une première optique composée d'éléments
annulaires remplacent l'appareil à réflecteurs de Cordouan.
Ses huit lentilles récupèrent et rabattent horizontalement
un faisceau lumineux provenant d'une grosse lampe à mécanisme
à quatre mèches. L'optique tourne lentement en huit minutes,
actionnée par une horloge à poids fabriquée par l'horloger
Wagner.
Au départ, du fait des difficultés de fabrication du verre
et du polissage des échelons, les optiques étaient composées
de différentes parties distinctes :
- la partie dioptrique centrale formée de panneaux de 80 cm de
hauteur,
- des miroirs supérieurs et inférieurs qui renvoyaient les
rayons extrêmes.
Ce principe sera appliqué jusqu'en 1850 (voir l'optique de Cordouan
du musée d'Ouessant ou exposée au Verdon).
Dès 1826, Augustin Fresnel entreprend la fabrication d'optiques
à anneaux catadioptriques qui utilisent la réflexion totale
des rayons dans les prismes pour récupérer les faisceaux
extrêmes.
Un premier projet est mis en oeuvre avec l'éclairage du canal Saint-Martin
de Paris en 1826, mais il ne pourra, du fait de sa mort, le mener à
son terme.
A partir de 1848, les procédés techniques de moulage du
verre et d'usinage sur de très grands tours à polir permettent
la réalisation d'anneaux catadioptriques pour les grands phares.
Le premier appareil de ce genre est construit en 1843 pour le phare de
Gravelines (feu fixe). Le phare de l'Ailly, en 1852, sera le premier appareil
de premier ordre tournant à éclats. Les lentilles de phares
possèdent maintenant leur forme aboutie.
FOCALES
UTILISEES
Augustin
Fresnel a défini dans un premier temps les focales principales
en fonction de la puissance de la lampe et du feu :
|
1er
ordre
|
2ème
ordre
|
3ème
ordre
|
3ème
ordre
|
4ème
ordre
|
4ème
ordre
|
|
|
|
GM
|
PM
|
GM
|
PM
|
|
0,92m
|
0,70m
|
0,50m
|
|
|
0,15m
|
qui
se sont vues au fil du temps complétées par des focales
de
Ce
type de classement n'a plus cours aujourd'hui.
CLASSEMENT
Les
lentilles peuvent être classées en 3 catégories principales
:
-
les optiques de feux à éclats
Les premières optiques de Fresnel avaient 8 ou 16 panneaux. Les
recherches concernant l'augmentation du nombre d'éclat par tour
ont entraîné, dans un premier temps, l'augmentation du nombre
de panneaux pour une même vitesse de rotation. Plus tard l'utilisation
de la cuve à mercure a permis d'utiliser des appareils de 2 à
6 panneaux en moyenne.
-
les optiques de feux d'horizon
Les premières optiques d'horizon de Fresnel possédaient
des lentilles dioptriques surmontées de différents miroir.
Deux appareils existent au Verdon.
Après 1843, les techniques de fabrication permettent la réalisation
d'optiques d'horizon de forme aboutie surmontées de coupoles catadioptriques.
-
les optiques de direction
Elles ne possèdent qu'une seule lentille fixe qui dirige les faisceaux
lumineux dans une seule direction avec un cône de lumière
étroit.
ALIMENTATION
Les
optiques sont dans un premier temps utilisées avec des lampes à
mèches cylindriques (1 à 5 mèches) fonctionnant à
l'huile végétale (1830) puis minérale (1875). Un
réservoir à niveau constant permet l'alimentation de l'huile.
Le foyer lumineux peut alors avoir une grande taille (Ø 130 mm)
(voir optique de CETMEF de Nantes, ou du Musée de Paimpol).
Après les années 1900, du fait de l'utilisation de la vapeur
de pétrole et de manchons de petite taille (30-50-80 mm), la totalité
des anciennes optiques de grande taille est changée. Ces transformations
seront encore accentuées par l'utilisation de l'électricité
et des lampes à incandescence. Certaines optiques "à
l'huile minérale" de plus petite taille (focales 0,1875m à
0,30m) resteront parfois en place sur leur site (feu de Barfleur, feu
de la pointe des Dames, Vallauris, etc).
FABRICANTS
Les
principaux fabricants des optiques de France sont Barbier et Fenestre
(devenu Barbier, Bénard et Turenne), Sautter-Harlé (devenu
Sautter-Lemonier) et Henry-Lepaute.
L'inventaire a repéré les tampons des fabricants lorsqu'il
se présentaient sur les appareils. Les tampons de Sautter-Lemonnier
ou Sautter-Harlé n'ont jamais été rencontrés.
Ce fabricant est donc cité uniquement lorsqu'une vérification
au travers des archives a été réalisée.
VERRES
MOULES
Des
optiques en verre moulé ont été fabriquées
à partir de 1860 par l'ingénieur Degrand. Celles-ci n'ont
pas été retrouvées. Enfin, la mise en place du feu
de secours directement sur l'optique a souvent entraîné la
modification de celle-ci soit par suppression de la couronne supérieure
ou par des découpes sur l'appareil.
OPTIQUES
DE PHARES AERIENS
Ce
type d'optique particulière, qui possède une fente verticale,
a été utilisé pour le balisage de nuit des routes
aériennes. Il en existe encore quelques exemplaires (Dunkerque,
La Rochelle).
Les optiques
sont présentées par rapport à leur distance focale.
|