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Journée d'étude : Les archives et la documentation dans le cadre du récolement
Saint-Germain-en-Laye, 25 octobre 2012


Intervention dans le cadre de la table ronde "Le statut de la photographie dans les collections nationales"
La photographie au Musée d’archéologie nationale / Domaine national de Saint-Germain-en-Laye
par Françoise Bérard, conservatrice générale des bibliothèques, chef du pôle documentaire, musée d'archéologie nationale et domaine national de Saint-Germain-en-Laye

L’origine des fonds

La photographie est liée au musée dès les débuts de son histoire, après sa création en 1862. Des photographes parmi les plus grands du temps, tels Henri Le Secq et Charles Marville, accompagnent les différentes étapes de la restauration du château de Saint-Germain-en-Laye, entreprise dès 1862 par l’architecte Eugène Millet et poursuivie jusqu’en 1907.

C’est en 1885 qu’apparaît, dans un registre d’achat de l’atelier de restauration et de moulages, la première mention d’un atelier photographique interne au musée.

La photographie a valeur documentaire et apparaît comme une "science auxiliaire" pour l’archéologue. Le photographe accompagne le conservateur et le restaurateur dans leurs campagnes de fouilles et ses prises de vues servent à documenter l’objet et son contexte et aident à la réalisation des moulages. Il photographie aussi les salles du musée et la présentation des objets. Le conservateur utilise ces clichés pour l’illustration de ses cours à l’Ecole du Louvre et dans ses autres activités d’enseignement.

Des photographies entrent également au musée par achat - ainsi, en 1898, 200 vues de monuments antiques sont commandées à l’agence Giraudon - ou par don, comme les clichés de la colonne Trajane offerts en 1877 par Auguste Verchère de Reffye, ancien officier d’ordonnance de Napoléon III, ou ceux offerts par des correspondants du musée.

L'usage de la photographie à des fins de documentation n’est bien sûr pas exclusif de clichés qui peuvent aussi être des œuvres d’art. Ainsi les photographies prises lors de la restauration du château, méconnues du public, font l’objet d’une exposition de mai à octobre 2013.

Cette finalité documentaire se poursuit et le laboratoire photographique du musée travaille aujourd’hui encore en ce sens, en lien avec l’agence photographique de la Réunion des musées nationaux. Il est régulièrement sollicité, tant en interne que par des personnes extérieures, à des fins d’inventaire, récolement, étude ou publication.

La nature et la typologie des fonds

Ainsi s’est développé un fonds cohérent qui apparaît comme un témoignage de l’histoire du bâtiment, du musée et des présentations muséographiques successives, comme un témoignage aussi des débuts de la science archéologique à la fin du 19e siècle et des fouilles réalisées à cette époque, enfin comme une collection constituée et enrichie en fonction des activités scientifiques et culturelles de l’établissement et des chercheurs qui y sont accueillis.

Les domaines couverts sont ceux des collections du musée (antiquités nationales, du paléolithique à l’an mille, mais aussi archéologie européenne ou d’autres continents, voulue dès l’origine à des fins de comparaison et contextualisation), ainsi que l’histoire du château et du domaine.

La photothèque du musée, désormais intégrée au nouveau Pôle de ressources documentaires qui se met en place courant 2013, conserve l’essentiel des fonds photographiques.

Plusieurs ensembles peuvent être distingués selon la typologie et la chronologie :

1) un important fonds patrimonial comportant :
- environ 6000 négatifs verre datant des années 1860 aux années 1940 (vues du château, objets du musée, état des salles et vitrines, collections d’autres musées français ou étrangers, sites archéologiques comme Alésia par exemple… )
- des épreuves sur papier albuminé des années 1860-1880 : une série provient des prises de vues de Charles Marville accompagnant le projet de restauration de Millet, et porte le timbre sec du photographe, parfois accompagné de la signature de l’architecte - des tirages argentiques de la fin du 19e et des premières décennies du 20e siècle (portraits d’archéologues, de conservateurs et de personnels du musée, vues du château)

2) le fonds « argentique » de documentation des collections du musée (environ 100 000 négatifs noir et blanc, 4500 ektachromes, 4000 diapositives), qui constituait le fonds « vivant » jusqu’au récent passage au numérique et auquel s’ajoute un fonds de tirages papier noir et blanc et couleur correspondant aux justificatifs des prises de vues de la RMN

3) depuis le passage au numérique en 2011, la base des images réalisées au musée, complétées d’un fichier numérique versé par l’agence RMN et correspondant aux prises de vue qu’elle a réalisées de 1969 à 2002.

D’autres photographies (épreuves papier ou négatifs dont plaques de verre) restent intégrées aux fonds d’archives dont elles relèvent, notamment des fonds privés d’archéologues entrés par dons ou legs. Enfin, de la fin du 19e siècle aux années 1930, des tirages photographiques d’origines diverses, extraits notamment de la correspondance reçue par les conservateurs, parfois issus de négatifs verre du musée, ont été rassemblés pour contribuer à une documentation iconographique réunie dans des albums (appelés « albums noirs » du fait de leur reliure noire) classés topographiquement par pays, et, pour la France, par département.

Le traitement des fonds

Les photographies ne font pas l’objet d’une inscription à l’inventaire des collections (archéologiques) du musée. Lorsqu’elles sont entrées par achat ou don, elles ont pu être inscrites à l’inventaire de la bibliothèque. Celle-ci, fondée en même temps que le musée, et destinée à aider la recherche, avait été d’emblée conçue comme "multi-supports" et devait, selon le règlement de 1866, accueillir, outre des livres, des cartes, plans, dessins… Cependant, l’inscription des photographies est loin d’avoir été systématique.

Un effort important de traitement des fonds les plus récents conservés par la photothèque (fonds argentiques) a été entrepris depuis une vingtaine d’années et une chaîne documentaire mise en place. Une grande partie des documents est classée et conditionnée, et ils disposent d’un numéro d’ordre en série continue ou d’une cote de classement. Quelques fonds ont un classement thématique (par secteur du musée). Les bases d’images sont organisées selon un plan de classement et de nommage des fichiers.

Le référencement de ces fonds, permettant leur accessibilité, est pour une large part assuré, avec une description souvent réalisée pièce à pièce. Pour la plupart d’entre eux, il existe des fichiers manuels dont l’informatisation est en cours depuis 2005 sur tableur (hors fonds de négatifs sur film 135), la priorité étant donnée aux négatifs couleur dont le signalement est un préalable à leur numérisation. Ces bases sont consultables en interne au musée.

Le récolement de ces fonds est fait régulièrement, souvent en lien étroit avec les activités muséographiques : ainsi une exposition ou des travaux de recherche sont l’occasion d’un récolement de la partie du fonds photographique correspondant aux collections d’objets concernées.

Les photographies faisant partie de fonds d’archives sont signalées dans le meilleur des cas dans les instruments de recherche des fonds, établis depuis les années 1990, mais qui restent partiels et la plupart du temps très sommaires.

Les perspectives

Un "chantier des collections" mérite d’être entrepris pour le fonds patrimonial, pour lequel doit être établi un plan global de classement et de rangement dans des mobiliers et conditionnements adaptés selon les supports.

L’une des priorités concerne les négatifs verre qui feront l’objet d’une opération - prévue à partir de 2014 - de nettoyage et de re-conditionnement, voire de restauration le cas échéant, accompagnée d’un récolement sur la base de l’inventaire existant ; cet inventaire, entrepris depuis 2007 sur un tableur en se des anciens registres, sera parallèlement repris et complété, en se fondant sur un travail d’identification et de datation. La numérisation des plaques sera réalisée en parallèle.

Un travail analogue devra être mené pour les épreuves anciennes, dont une large part concerne la restauration du château, et pour les "albums noirs", pour lesquels une première campagne de numérisation a concerné en 2009 une trentaine de volumes consacrés au pays du pourtour méditerranéen.

Les inventaires, ainsi que les bases d’images numérisées, seront à terme intégrés dans le système d’information documentaire dont l’établissement prévoit de se doter prochainement, et diffusés via le site internet du musée pour une mise à disposition de la communauté scientifique et une visibilité accrue des ressources documentaires patrimoniales auprès d’un large public.



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