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Journée professionnelle "Les musées à l'heure du numérique : travailler en réseau, réutiliser et contribuer"
Paris, 7 juin 2013


Ouverture de la journée
Marie-Christine Labourdette, directrice, chargée des musées de France


Je suis heureuse d'ouvrir cette journée professionnelle consacrée aux musées de France à l'heure du numérique.

Près de quarante ans se sont écoulés depuis la mise en œuvre des premières bases de données patrimoniales par le ministère de la culture.
Ces bases de données ont été initiées et encouragées par quelques conservateurs : Roseline Bacou - qui nous a quittée mais qui fut une très grande dame des musées et dont la curiosité et l'esprit d'éveil furent toujours utiles dans les différents chantiers qu'elle ouvrit, Claire Constans, Jean-Louis de Cenival, Alain Erlande Brandenburg. Certains d'entre-eux n'avaient jamais touché à un clavier d'ordinateur mais ils étaient tous perméables à l'évolution du temps. Néanmoins, à une époque où l'informatique était tout sauf conviviale, et où l'on ne parlait pas encore d'images numériques, ces personnalités avaient pressenti l'intérêt que présenteraient de grands catalogues informatisés pour les chercheurs du vingt-et-unième siècle. Les statistiques d'interrogation du catalogue collectif des collections des musées de France leur donnent a posteriori grandement raison, avec près de 62 millions de questions posées en 2012.

Ces quarante années ont été riches d'expériences. Bien entendu, il y a eu de nombreuses évolutions techniques – certains parleront de révolutions. Quelques jalons doivent être mentionnés, dans la mesure où ils ont eu une implication sur le travail des équipes des musées et où ils ont rendu possible la situation présente.

Au milieu des années 1980, l'apparition de la micro-informatique allait permettre à ces équipes de gérer et de documenter de manière autonome leurs collections. Il n'est donc pas surprenant que les conservateurs des musées départementaux – et je pense notamment à ceux de l'Isère – amenés à gérer des collections réparties sur un territoire géographique plus ou moins vaste, ont été parmi les pionniers de cette informatisation.

Au début des années 1990, les choses s'accélèrent.
D'abord, la Direction des musées de France conçoit avec différents éditeurs de logiciels un protocole d'échange de données indépendant de toute contrainte informatique et reposant sur la structure de l'information. La chose n'allait pas de soi à cette époque. Désormais, les musées pourront communiquer entre-eux, verser des données sur les bases nationales, régionales voire européenne. Si les protocoles techniques ont évolué, le principe reste pleinement d'actualité.
Ensuite, la base Joconde, puis celle des musées de la Région Nord-Pas-de-Calais, deviennent accessibles par le biais du Minitel. La chose fait aujourd'hui sourire. Pourtant, ce fut le début de l'ouverture à un public beaucoup plus large que celui des chercheurs et des conservateurs. Il fallut alors adapter l'information afin qu'elle devienne compréhensible par des utilisateurs variés. La préoccupation reste d'actualité, avec le projet de sémantisation de la base Joconde qui devrait permettre une interrogation multilingue et multi-alphabet du catalogue des collections des musées de France.
Enfin, en 1994, de par la volonté du Ministre de la culture, est conçue par la DMF et l'Institut National de Recherche en Informatique et Automatique (INRIA), la première exposition virtuelle au monde : "le Siècle des Lumières", illustrée par cent peintures des musées de France.
L'année suivante, la base Joconde devient accessible sur Internet. L'image numérique en est alors à ses balbutiements.

La véritable révolution du numérique, pour les musées, apparaît plus récemment, à la fin des années 2000, lorsque sont mis en vente, à des prix raisonnables, des appareils permettant à des non professionnels d'obtenir facilement des images de qualité acceptable y compris dans des conditions de prise de vue difficiles. On imagine mal, aujourd'hui, les opérations de récolement sans ces outils de travail.

Parallèlement à ces évolutions techniques, il a fallu convaincre - et cela n'a pas été la moindre des difficultés - les conservateurs de l'intérêt d'informatiser leurs collections. "Informatiser mes collections, pourquoi faire ? Je les connais mes collections !" a été une phrase souvent répétée jusqu'au seuil des années 2000. A l'heure du web de données, plus personne n'oserait tenir un tel discours.

Ceci m'amène au sujet de cette journée professionnelle, que j'ai voulue orientée vers une double actualité.

Les réseaux, d'abord. En simplifiant beaucoup les choses, les réseaux ne sont rien d'autre que des câbles reliant des machines afin de permettre la communication. Cependant, devant les machines, il y a des êtres humains qui vont utiliser ces infrastructures pour établir, recomposer ou élargir des liens préexistants ou jusqu'alors inexistants. Nous verrons au cours de cette matinée qu'il s'agit d'organiser, de fédérer et de partager, que ce soit à l'échelle d'une commune, d'une région, d'un ou de plusieurs pays. Nous vérifierons s'il est vrai que l'on travaille mieux ensemble qu'isolément, et nous nous interrogerons sur les éventuels bénéfices d'une démarche qui peut sembler a priori contraignante.

Il paraît difficile, en 2013, de parler de réseau sans évoquer le web de données. Ceci nous amène aux travaux de cet après-midi : réutiliser et contribuer. Ce qui pouvait ressembler à un effet de mode porté par une élite technophile se développe très rapidement dans tous les secteurs de la société. Le gouvernement veut accroître les possibilités de réutilisation des données publiques. Le public est maintenant habitué à visiter, télécharger, acheter, jouer, réserver, rêver... en ligne. A l'extérieur des musées, on constate une forte demande participative émanant des internautes, lesquels représentent indubitablement un important vivier de compétences. Les musées n'échapperont pas - d'ailleurs ils ne le souhaitent pas - échapper à cette réalité. Les institutions culturelles françaises qui se sont engagées dans cette voie sont encore peu nombreuses. Nous en verrons plusieurs exemples cet après-midi, qu'il s'agisse de musées ou de services d'archives.
Les répercussions de cette évolution seront importantes pour les institutions, on ne peut et on ne doit pas l'ignorer. J'évoque, par exemple, la mise à disposition gratuite, et pour tous usages, d'images d’œuvres en haute définition par la National Gallery of Art de Washington, par le Rijksmuseum d'Amsterdam et par nombre d'autres musées. Ou encore, la mise à contribution des internautes pour l'identification d’œuvres ou même, comme au Royaume-Uni, pour l'indexation des collections nationales. Si le bénévolat fait partie de la culture anglo-saxone, il n'en va pas de même en France. Cette ouverture amènera, à court ou à moyen terme, une redéfinition des rôles et des missions des personnels des musées.

Voici donc, en introduction, quelques sujets de réflexion qui, j'en suis persuadée, émergeront au cours de cette journée. Je souhaite que les échanges soient largement accessibles à l'ensemble des personnels des musées de France. Aussi, comme les années précédentes, les interventions et les débats seront mis en ligne sur le site Joconde.

Je tiens à remercier chacun des intervenants de cette journée, venus de musées, de bibliothèques, de services d'archives ou d'autres horizons. Je tiens particulièrement à remercier la représentante du musée des cultures guyanaises qui, n'ayant pu venir, a enregistré son intervention spécialement à notre intention.
Au nom de tous, je voudrais remercier la sous-direction des collections, son ancien sous-directeur Bruno Saunier, son adjointe en charge de l'intérim de la sous-direction Claire Chastanier et le bureau de la diffusion numérique des collections, Laurent Manœuvre et Carine Prunet, pour cette initiative déjà couronnée de succès par votre présence. Je ne saurais oublier Christine André qui a été à la manœuvre pour l'organisation pratique de cette journée. Et mes derniers et chaleureux remerciements iront à Guy Amsellem, président de la Cité de l'architecture et du patrimoine, qui nous accueille dans ce bel auditorium de la Cité de l'architecture et du patrimoine.
Bonne journée, bon travail et surtout ouvrez plein de pistes dans ce champ extrêmement important où les musées sont sollicités par ce qu'il y a de plus riche et de plus élevé dans l'histoire de l'humanité, c'est-à-dire les œuvres que nous avons à conserver, à préserver et à transmettre à nos successeurs.
Merci.



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