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Journée professionnelle sur l'informatisation, la numérisation
et la mise en ligne des collections des musées de France
Paris, 8 juin 2012


Seconde table-ronde - Contribuer et utiliser les bases de données : quels bénéfices en attendre ?

Les chercheurs et les bases de données en ligne
Catherine GRANGER, service des bibliothèques des archives et de la documentation générale

Les chercheurs utilisent de plus en plus les ressources en ligne pour leurs travaux. Nous le voyons par nos propres pratiques, et cela a été confirmé par des études menées ces dernières années. Les études françaises concernant l'utilisation des bases de données sont cependant peu nombreuses. On peut citer une enquête de l'Urfist (Unité régionale de formation à l'information scientifique et technique) sur les "pratiques informationnelles" en 2010, qui a porté sur plus de 1000 personnes, tous domaines de recherches confondus. Pour près de 78% d'entre eux, l'usage professionnel d'internet dépasse les deux heures par jour. Et seuls moins de 20% des personnes qui ont répondu consultent plus de documentation papier que de documentation numérique. Une autre enquête a concerné spécifiquement les chercheurs en histoire de l'art, mais n'a touché qu'un nombre restreint de personnes. Elle a été publiée en 2011 dans Musées et collections publiques de France 1. Elle montre également que la recherche sur internet est devenue une pratique dominante, que ce soit pour les étudiants ou les professionnels. Les usagers se tournent en priorité vers quelques grands sites, tels Joconde, l'Agence photographique de la Réunion des musées nationaux, ou Gallica parmi les bibliothèques numériques.

Le motif le plus souvent cité pour l'usage d'internet est la recherche iconographique. De plus en plus d'images sont accessibles en ligne. Sur les quelque 500.000 notices d'objets que l'on peut actuellement trouver dans Joconde, plus de la moitié sont illustrées par au moins une image, et on en compte jusqu'à sept pour une même œuvre. Les types de collections couvertes sont de plus en plus variés. Parallèlement, les possibilités de recherche s'enrichissent. Lors des formations à la recherche en ligne qui sont assurées depuis plusieurs années par le Service des musées de France, nous insistons sur la richesse des indexations disponibles sur Joconde et d'autres bases de données produites par les musées. Les recherches sont possibles bien sûr par noms d'artistes, mais aussi périodes, disciplines, matériaux, personnages et thèmes représentés... Par exemple les œuvres visibles sur les photographies prises par Gustave Le Gray aux salons de 1852 et 1853, conservées au musée d'Orsay, ont été identifiées, et peuvent faire l'objet d'interrogation par nom d'artiste et titre sur le catalogue des collections du musée. Les notices des œuvres sont souvent enrichies par une liste des expositions où elles ont été présentées, une bibliographie, des sources d'archives... L'inventaire du musée Napoléon, rédigé de 1797 à 1812 (inventaire conservé aux Archives des musées nationaux), a été saisi intégralement pour la description des dessins de la base du département des Arts graphiques du Louvre. On accède ainsi à de nombreuses informations sur les emplacements des œuvres, des commentaires, et on peut "circuler" au sein de l'inventaire, d'une notice à l'autre, à partir du numéro d'inventaire.

Grâce à la richesse des informations réunies lors des recherches menées dans les musées, certaines bases de données sont intéressantes indépendamment des œuvres elles-mêmes. Le musée d'Orsay propose ainsi en ligne un répertoire de 65.000 artistes, qui ne sont pas tous représentés, bien loin de là, dans les collections du musée, et qui est particulièrement utile pour des artistes peu connus. Des recherches croisées sont possibles par sexe, période, nationalité, ville de naissance et d'activité... Autre exemple, pris cette fois à l'étranger : le catalogue des collections de la National Gallery de Washington propose une recherche par provenance, qui couvre à la fois les collectionneurs et les galeristes et marchands, américains et européens. Pour la plupart des noms cités, on trouve une biographie et une bibliographie.
Certaines bases de données de musées répertorient, indépendamment des œuvres de la collection, des ouvrages et articles, sur un thème donné. Ainsi le musée de l'Ile de France à Sceaux réunit dans son catalogue collections et fonds documentaires. Une recherche sur une ville ou un monument permet ainsi de trouver des estampes, photographies, cartes postales, objets divers, certains accompagnés d'images numériques, et des références d'articles et de monographies3.

Les chercheurs en histoire de l'art interrogés lors de l'enquête de 2011 ont souligné la complexité croissante des pratiques, face à la multiplication des ressources disponibles, souvent difficiles à repérer. Ils souhaitent mieux maîtriser les outils de recherche, être mieux informés, et attendent une offre encore plus étendue et mutualisée (C. Boisserolles et J. Raineau, article cité, p. 51). Les portails, et en premier lieu Collections pour le ministère de la Culture, sont une première réponse à cette difficulté. Le moteur de recherche Collections permet d'interroger la fois Joconde, les bases propres de plusieurs musées, des catalogues de collections en ligne publiés par la Réunion des musées nationaux, des expositions virtuelles, des revues en ligne, mais également des catalogues de bibliothèques et centres de documentation, et ainsi d'accéder à près de 5 millions de documents et 3,5 millions d'images. De nouvelles ressources documentaires sont peu à peu référencées. Toutefois ces moteurs ne peuvent couvrir toutes les bases existantes : en complément il est utile de consulter les listes de signets que l'on peut trouver sur plusieurs sites, dont Joconde et l'INHA, qui sont régulièrement mises à jour et enrichies, permettant ainsi aux internautes de découvrir de nouveaux sites. Quelque soit le moyen utilisé, intégration dans un portail ou simples signalements, mieux faire connaître les ressources en ligne de nos établissements est un enjeu majeur.

1 Boisserolles (Claire) et Raineau (Joëlle), "Internet à la une, enquête sur les pratiques de recherche en histoire de l'art", Musées et collections publiques de France, 2011, n° 261, numéro spécial, "De l'arbre à la souris, l'édition dans les musées, une histoire de réseaux", p. 49-51. Nous renvoyons également vers les ressources du site "L'observatoire critique, étude des ressources numériques pour l'histoire de l'art", dont les articles de Corinne Welger-Barboza, et un mémoire de mastère soutenu en 2008, par Simon Bachelier, Une typologie des outils numériques en histoire de l'art sur internet, vers de nouvelles pratiques de la discipline.

[Tous les sites internet cités dans ce texte ont été consultés le 28 juin 2012.]