Un vendredi au
Salon des artistes français
Plutôt connu comme
affichiste et comme peintre de
natures mortes, l'Alsacien
Jules Alexandre Grün (1868-1938) reçut pourtant commande,
de ce tableau par l'Etat, afin de célébrer, en 1911, le 30e anniversaire du Salon des artistes français.
Surprenante par sa taille (plus de 6 m de large), sa virtuosité d'exécution et sa perspective aérienne, l'uvre finale nous offre, en plein Grand Palais, un portrait/foule étonnant d'une
centaine de personnalités du monde de l'art, du spectacle, de la presse ou de la politique.
Nous proposons de découvrir près de 350 uvres associées à une vingtaine d'entre elles, parmi les plus reconnaissables. Pour voir leur image dans le tableau, cliquer sur les numéros indiqés à la fin de chaque paragraphe.
- le républicain
Etienne Dujardin-Beaumetz, sous-directeur des beaux-arts, discutant avec le doyen
Henri Harpignies ==>
1, 2
- l'architecte
Victor Laloux, tête nue, parlant à
Maurice Donnay (auteur de théâtre), tandis que
Gabriel Fauré et
Antoine Guillemet semblent attendre quelqu'un ==>
3, 9, 8, 4
-
Léon Bonnat et
Antonin Mercié se penchant vers une femme tenant un livret du salon ==>
5, 6
-
Edouard Detaille, au jabot rouge, faisant face à
Paul Chabas (barbe brune) ==>
11, 12
- la chanteuse
Yvette Guilbert de profil, assise et appuyée sur une ombrelle ==>
17
-
Virginie Demont-Breton tournant le dos à Alexandre Grün, caché derrière sa femme Juliette Toutain-Grün (pianiste et célèbre compositrice) ==>
22, 32, 31
- Le conservateur
Léonce Bénédite faisant face à l'historien de l'art
Henry Lapauze et à l'épouse de ce dernier, l'écrivain féministe
Daniel Lesueur ==>
53, 52, 51
- Derrière eux, les peintres
Louise Abbéma et
Hélène Dufau (illustratrice du journal dreyfusard et féministe "La Fronde") ==>
57, 58
- Au premier plan à gauche, l'inventeur du
vin tonique Mariani, laïc convaincu, paraissant apaiser le peintre d'histoire
Diogène Maillart, vu de dos ==>
67, 100
- Et tandis que Pierre Quentin-Bauchart (en canotier), dreyfusard, dialogue avec
Arthur Meyer, directeur du "Gaulois" et antidreyfusard notoire, le Dr juif Jacques Grunberg, porte une oreille discrète mais attentive à leur conversation ==>
80, 50, 98.
De fait, bien au delà d'un vendredi de vernissage, ce tableau propose la vision d'une France républicaine et laïque, enfin apaisée..., après les ravages de l'Affaire Dreyfus.
Son succès fut tel qu'on le verra reproduit, dès 1912, dans une peinture d'
H. A. Laissement.
par Mathilde Huet - Juillet 2012