Ces dessins, que Rodin définissait lui-même comme la "clé de [son] uvre" se détachent vite d'une pratique académique et invitent à un autre regard, sans être ni des ébauches ni des uvres abouties au sens classique du terme.
Ces croquis témoignent d'une rapidité d'exécution au service du jaillissement des idées : ils accompagnent fréquemment les nombreuses notes que l'artiste consignait dans des carnets. C'est le cas des multiples dessins d'éléments d'architecture produits des observations sur le vif de diverses églises ou cathédrales à un moment où Rodin dut faire uvre d'architecte pour honorer la commande de la Porte de l'Enfer.
Le grand sujet de Rodin reste par dessus tout la figure féminine : il observe le modèle nu qui bouge devant lui sans forcément poser et en s'affranchissant de toute convention. Son acuité est extraordinaire pour la forme et le mouvement dans les représentations de cavalerie, de danse contemporaine ou traditionnelle cambodgienne.
Diverses techniques sont au service de l'expressivité de Rodin : la ligne ténue de la mine de plomb estompée, le trait et les hachures de la plume simulant la gravure, la force du crayon marié au lavis brun rehaussé de blanc, parfois l'audace de l'encre rouge et particulièrement les larges aplats colorés de l'aquarelle.
Cette liberté de ton et de moyens, s'exprimant jusqu'aux titres donnés par l'artiste, fit dire à Claudie Judrin qu'en tant que dessinateur, Rodin avait "l'élan et la réflexion du sculpteur sans la contrainte de la matière".