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Auguste Rodin et Eugène Carrière





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Eugène Carrière fut de neuf ans le cadet d'Auguste Rodin. Une amitié fidèle les lia durablement. Chacun connut des débuts chaotiques (échec au Prix de Rome, refus au Salon) et dut imposer sa vision de l'art et de la vie. Ils s'apportèrent mutuellement un soutien permanent. Rodin offrit plusieurs de ses œuvres au peintre.
Les deux artistes partagent la particularité de faire naître la forme de la lumière. Les figures de Rodin surgissent du bloc comme celles de Carrière émergent du fond de la toile. On peut voir certaines correspondances formelles comme dans les études de mains.
La peinture de Carrière, usant à contre-courant du flou et de la monochromie, fit dire à Rodin qu'il avait "restauré le métier de la ronde-bosse". "Les oeuvres des autres sont des toiles chargées de couleurs ; les siennes sont la réalité qui se révèle et son âme qui s'exprime ! Dans les expositions, le moindre de ses tableaux attirait de loin, comme si tout à coup, au milieu d'images plates enluminées par des artisans routiniers, l'on avait vu s'ouvrir une fenêtre sur un monde profond de vie et de tendresse" (Journal d'Alsace-Lorraine, 2 avril 1907).
Marqué par le deuil de son premier fils, Carrière discerne le "vrai pathétique" au fil de ses Maternités et portraits familiaux : "ces spasmes de passion et de crainte sont aussi anciens que l'amour familial même. Mais Carrière les a vus le premier." (ibid.)
Rodin et Carrière se connurent sans doute en fréquentant les mêmes critiques et hommes de lettres ; ils réalisèrent plusieurs portraits de ceux qui furent leurs défenseurs : Gustave Geffroy, Henri Rochefort, Roger Marx
Ils fondèrent ensemble la Société nationale des beaux-arts - dissidente du Salon - et exposèrent au musée Rath avec Puvis de Chavannes, à l'initiative de Mathias Morhardt
En 1898, Carrière, indigné par l"inconscience artistique" de la Société des gens de lettres qui refusa la statue de Balzac par Rodin, incita Morhardt à lancer une souscription. Rodin déclina cette offre ; Carrière ne lui en tint pas rigueur.
Deux ans plus tard, il réalisa l'affiche de l'exposition personnelle de Rodin à l'Alma, le représentant sculptant le Réveil. En 1904, Carrière présida la souscription pour offrir le Penseur au peuple de Paris. Ce même geste d'introspection, la tête appuyée sur la main, est récurrent chez Carrière.
Carrière mourut en 1906. Rodin, après avoir lancé la souscription pour l'acquisition du Baiser maternel pour le musée du Luxembourg, conçut un projet de monument à son "très cher et grand" Carrière ; mais, ce sera le second fils du peintre, Jean-René Carrière, un temps élève de Rodin, qui l'érigera (réplique visible place Constantin-Pécqueur à Paris).

par Carine Prunet - juillet 2014


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