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Rayures et société





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Si les rayures (bandes de couleurs différentes réparties sur un même plan) ont toujours existé dans la nature, qu'elles soient atmosphériques ou animalières, l'Occident médiéval a longtemps eu un "problème" à l'égard des rayures... Comme l'indique M. Pastoureau, l'homme du Moyen-Age voyait, en effet, d'un fort mauvais oeil toute surface ne permettant pas de distinguer clairement la figure du fond. Ce jugement contribua à faire de la rayure un élément durable de stigmatisation envers certains marginaux de la société : traĆ®tres, gens du spectacle, femmes de mauvaise vie...
De fait, il faudra attendre le 16e siècle, pour voir la noblesse enfin "oser la rayure"... laquelle s'effacera à nouveau, au 17e siècle, devant les brocarts à sujet floral.

C'est le siècle des Lumières qui inversa profondément ce rapport aux rayures. Notamment à partir de la Guerre d'Indépendance des Etats-Unis (1775-1783), que soutenait la France. L'image du premier drapeau américain (1777), associé à 13 rayures et considéré comme symbole de Liberté, y contribua largement. Dès lors, les rayures devinrent à la mode dans l'artistocratie européenne éclairée, tant au niveau du vêtement que du mobilier. C'est dans cette même mouvance que la rayure fut aussi associée, quelques années plus tard, à la Révolution française. Les vêtements des révolutionnaires en sont la preuve, tout comme notre drapeau national tricolore à rayures verticales, adopté en 1794, et devenu emblême de la République.

La marine usa aussi de la rayure, mais plus comme élément de signalétique. C'est ainsi que le maillot des marins, primitivement rayé de rouge, puis de bleu, pouvait être facilement repéré.

Au 19e siècle, l'évolution des techniques industrielles entraĆ®na une large diffusion d'étoffes rayées utilisées aussi bien par la bourgeoisie que par les paysans. Peu à peu la rayure devint positive et saine, voire chic. Elle occupe désormais une place importante dans notre quotidien, tant au niveau des arts décoratifs, que du sport, des spectacles, du balnéaire, de la haute-couture ou que de la phaléristique... Mais attention : la société contemporaine n'a pas oublié, pour autant, les rayures péjoratives ou infâmantes. Celles encore utilisées, au 20e siècle, dans les bagnes ou dans les camps de concentration, ne sont pas si loin...

par Mathilde Huet - janvier 2011


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