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Hérodiade





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« Or, comme Hérode célébrait son anniversaire de naissance, la fille d'Hérodiade dansa en public et plut à Hérode au point qu'il s'engagea par serment à lui donner ce qu'elle demanderait. Endoctrinée par sa mère, elle lui dit : " Donne-moi, ici, sur un plat, la tête de Jean le Baptiste " » (Matthieu, 14, 6-8). L'historien Flavius Josèphe précise le nom de la jeune fille : Salomé.
Ce passage de la Bible donne prétexte à représenter élégance et cruauté, sur fond d'inceste. Deux femmes sans scrupule se jouent du concupiscent Hérode. Les figurations d'Hérodiade et de Salomé présentant le chef décapité du Précurseur sont souvent proches de celle de Judith. Ces femmes utilisent la séduction, mais à des fins différentes, l'une pour sauver son peuple de l'oppression, les autres pour annihiler le juste qui dénonce leur inconduite. A la Renaissance, les artistes ne conçoivent la scène que contemporaine. Par la suite, certains imaginent une antiquité parfois fantaisiste, tandis que le Caravage impose une relative intemporalité. Si le banquet, comme l'exécution, prennent l'aspect de poncifs, quelques artistes créent des compositions plus originales.
Au cours de la seconde moitié du XIXe siècle, le texte biblique fait l'objet d'interprétations littéraires. Banville consacre une strophe des Princesses (1874) à Hérodiade : « Ses yeux sont transparents comme l’eau du Jourdain. Elle a de lourds colliers et des pendants d’oreilles ». Deux ans plus tard, Gustave Moreau expose au Salon L'Apparition, dont il multipliera études et versions. Dans A Rebours (1884), Huysmans décrit longuement cette vision de la tête sanglante du Précurseur apparaissant à Salomé. En 1877, l'éditeur Georges Charpentier – Renoir peint alors le portrait de son épouse – publie Trois contes de Flaubert, au nombre desquels Hérodias , récit inspiré : « L'homme effroyable se renversa la tête ; et, empoignant les barreaux, y colla son visage, qui avait l'air d'une broussaille, où étincelaient deux charbons ». Mallarmé évoque pour la première fois Hérodiade - « Celle qu'un sang farouche et radieux arrose » - dans Les Fleurs (1864). Au cours des années suivantes, le poète travaillera longuement une Hérodiade, publiée en 1887 seulement. En référence à ces ouvrages, Oscar Wilde écrit en 1891, et en français, une Salomé qui devait être interprétée par Sarah Bernhardt.
Par son sujet, l'épisode biblique se prêtait à une adaptation musicale. Massenet s'en charge en 1881.

par Laurent Manœuvre - janvier 2014


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