musée Vivant-Denon, Chalon-sur-Saône




Archéologie de la Saône







Construction du grand pont de Saône


L'histoire du grand pont de Saône s'échelonne sur plus de deux millénaires. Sa naissance a précédé, et probablement même suscité, celle de la ville de Chalon-sur-Saône. En effet, l'actuelle sous-préfecture du département de la Saône-et-Loire, en Bourgogne, tire son origine de son implantation au bord de la Saône, le plus important affluent du Rhône.
Pendant l'Antiquité, la ville était le centre commercial des Eduens.

Après la conquête romaine, la Saône devint une importante voie de transport des métaux nécessaires à la fabrication du bronze, l'étain et le cuivre, qui étaient chargés à Chalon sur des bateaux allant à Lyon pour rejoindre la Méditerranée.
Le grand pont de Saône a été construit au débouché de la rue principale qui traverse la ville du nord au sud, certainement à la fin du règne d'Auguste, vers 14 avant JC. Construit en bois, ses pieux ont pu être datés par dendrochronologie.
La présence de ce pont permettait de rejoindre la voie terrestre reliant Chalon à Lyon, située sur la rive droite de la rivière, quel que soit le niveau des eaux.

Après ce premier pont, cinq autres ont été successivement édifiés pratiquement au même emplacement. (Les ponts médiéval et moderne ont réutilisé les substructions antiques et les piles romaines.) Des recherches archéologiques en plongée subaquatique, effectuées de 1992 à 2000, ont permis d'identifier les vestiges de ces anciens ouvrages et d'étudier particulièrement la pile centrale du troisième de ces ponts, le pont romain du 3e siècle de notre ère.

Le troisième pont a été édifié aux environs de 220-230 à l'emplacement exact du premier ouvrage. Son tablier en bois était soutenu par des piles de pierre. Ses bâtisseurs se sont heurtés à deux difficultés majeures : la première a été de supprimer les pieux du premier pont très profondément ancrés dans le sol et quasiment impossibles à arracher. La fouille a montré qu'on s'était résolu à les tirer depuis la berge avec des attelages de chevaux ou de bœufs. Ces pieux ont en effet été retrouvés brisés aux environs de 8 mètres de profondeur.
La seconde difficulté a été occasionnée par l'instabilité du sous-sol. Pour y remédier, il a fallu dans un premier temps entourer le chantier d'une digue afin de mettre en place d'importants remblais constitués d'un mélange d'argile, de pierre et de tuiles et densifiés par des pieux de chêne. Une fois le sous-sol ainsi consolidé, la majeure partie de la digue a été détruite pour permettre l'accès des bateaux acheminant les matériaux de construction.

Travailler à sec était la condition indispensable pour pouvoir assembler les blocs au mortier et surtout couler le plomb scellant les crampons d'assemblage de la pile n 3, située au milieu du pont. Au lieu de l'habituel système de batardeaux, les bâtisseurs ont eu recours à un caisson étanche préalablement construit sur la berge et acheminé par flottage.
Une fois bien positionné, c'est à l'intérieur de ce caisson que la pile a pu être construite.
D'une largeur de six mètres, le caisson étanche atteignait à l'origine une douzaine de mètres de longueur. Il dépassait donc de trois mètres la longueur de la pile, ménageant ainsi une aire de travail vraisemblablement utilisée pour installer l'engin de levage permettant de hisser les blocs de pierre acheminés par bateaux jusqu'au niveau du chantier.
La réalisation de ce caisson fit beaucoup appel à la construction navale. Le recours aux techniques fluviales locales (fond plat, calfatage à l'aide de fibres végétales...) et complété par des techniques maritimes plus spécifiquement méditerranéennes (existence d'une quille, d'un cabestan et d'une étrave, présence d'outils dont une herminette de type oriental...)
Cette technique originale et particulièrement élaborée qui a fait ses preuves à Chalon au 3e siècle de notre ère est ordinairement considérée comme une invention du 18e siècle.

La fouille a permis également de mettre au jour une intéressante série d'outils et de vestiges divers en relation étroite avec les différents corps de métiers qui ont travaillé à la construction du pont : travail des métaux (marteau de forge), travail du bois (herminette, arrache-clou), maçonnerie (fil à plomb, truelle) et travail de la pierre (marteau-têtu, marteau grain-d'orge, gravelet, outils de levage ou de fixation des blocs).

La dégradation de ce troisième pont nécessita l'édification d'un nouvel ouvrage entre 1422 et 1508, constitué d'arches en plein cintre reposant sur les restes des piles antiques.
A la fin du 18e siècle, ce pont connaît d'importants travaux de réfection et d'ornementation par l'architecte Emiland Gauthey.
Très endommagé à la fin de la seconde guerre mondiale, ce pont dit "Saint-Laurent" fut totalement détruit dans les années qui suivirent afin d'être remplacé par un ouvrage neuf, en béton précontraint et paré de calcaire, toujours en service.

notices