musée Vivant-Denon, Chalon-sur-Saône




Archéologie de la Saône







Les dépôts du bronze final - vallée de la Saône et Génelard


La présentation de la récente trouvaille de Taponas nous a amenés à diffuser sur la base Joconde le mobilier des différents dépôts conservés au musée Denon :
- Ouroux-sur-Saône (Bronze final I) ;
- le Port Ferrier (Chalon-sur-Saône, Bronze final IIIa) ;
- la Saône en 1843 (Chalon-sur-Saône, Bronze final IIIb) ;
- Taponas (Bronze final IIIb).

Région fertile, densément peuplée lors des phases terminales du Bronze final, la vallée de la Saône, carrefour de voies de communication, ne présente que de rares dépôts d'objets métalliques de médiocre importance. Certes, les conditions de découverte, ordinairement à l'occasion de travaux de dragage, peuvent expliquer en partie une telle carence. Aucune trouvaille terrestre ne vient toutefois compenser cette pauvreté qui doit, de ce fait, être considérée comme une réalité objective.
Quoi qu'il en soit, la composition des dépôts connus confirme les informations livrées par l'ensemble des trouvailles du lit mineur et montre la diversité des courants commerciaux qui viennent converger dans la vallée de la Saône tout au long de cette période.
Pour le Bronze final IIIb, la récente redécouverte du dépôt trouvé dans la Saône à Chalon en 1843 et surtout celle du dépôt de Taponas, offrent à nos yeux une importance certaine.
La présence dans le dépôt de Chalon, de cinq épingles à tête sphérique creuse , typiques du groupe des palafittes, apparaissait surprenante dans la mesure où ce type d'épingle n'avait jusqu'alors jamais été observé parmi les nombreuses trouvailles de la Saône. Plus étonnante encore est la présence, à Taponas, de trois autres documents relativement rares et spécifiques de la même zone circum-alpine : le tube côtelé , la pendeloque triangulaire et la rouelle à décor cruciforme. La composition de ces deux ensembles confirme, s'il en était besoin, l'étroitesse des relations qui existaient au Bronze final IIIb entre la vallée de la Saône et la zone des palafittes. Elle montre aussi la dépendance de la vallée de la Saône dans l'approvisionnement en matière première de ses ateliers de bronziers et la parcimonie avec laquelle on savait utiliser le bronze pour les besoins de la vie courante.

Une seconde réflexion vient à l'esprit au sujet de la rareté des dépôts et de la relative pauvreté de la plupart d'entre eux, même si l'on admet l'idée que des dépôts tel celui d'Ouroux, où à plus forte raison celui du Port Ferrier à Chalon, aient initialement pu être plus conséquents que ce que nous en connaissons aujourd'hui. Il existe un tel hiatus entre l'abondance des trouvailles du lit mineur, notamment en matière d'armes et particulièrement d'épées, et la faiblesse des dépôts, que l'on est en droit de s'interroger. S'il semble aujourd'hui attesté que la majeure partie des trouvailles protohistoriques liées aux passages à gué correspond à des dépôts intentionnels, le problème des " cachettes " dites de bronzier apparaît plus complexe et, sauf exceptions, les raisons précises de l'enfouissement nous échappent bien souvent. La majeure partie, notamment dans des cas comme Taponas qui paraît bien correspondre au type même d'un " fonds d'atelier ", paraît liée à des raisons accidentelles dont la multiplication à une même période est susceptible de témoigner d'un phénomène d'instabilité sociale.
Ne pourrait-on penser, dès lors, que la pauvreté de la vallée de la Saône en dépôts du Bronze final pourrait être liée au contraire, à l'existence d'une structure sociale fortement hiérarchisée dont témoignerait l'abondance des objets précieux découverts sur les gués, susceptible d'imposer une relative stabilité ?

Le dépôt de bronzier de Génelard (10e siècle avant notre ère) fut découvert fortuitement en bordure de la Bourbince à Génelard. Des millénaires durant, en effet, la dépression de la Dheune-Bourbince a joué un rôle capital dans les relations économiques entre les vallées de la Saône et de la Loire et les régions atlantiques riches en ressources métallurgiques. Ce dépôt ou " cachette " de bronzier revêt un intérêt particulier du fait de sa composition exceptionnelle même si l'usage de certains des objets qui le composent, nous échappe encore. Nous nous trouvons là en effet, en présence d'une partie de l'outillage d'un artisan bronzier à la fois fondeur, dinandier (travail des tôles) et taillandier (fabrication d'outils tranchants). Ce mobilier est exposé au musée maritime de Tatihou en Normandie jusqu'au 15 mai 2006.

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