Paquebots







Les débuts : du packet boat à l'avènement de la vapeur

"Adieu, la vapeur siffle, on active le feu ;
Dans la nuit le train passe ou c'est l'ancre qu'on lève... " (Jean Moréas)

Au dix-huitième siècle, le paquebot (packet boat) était affecté exclusivement au transport du courrier. Ceux qui voulaient aller au-delà des mers devaient emprunter des navires de commerce. Dans un espace entièrement dévolu au stockage des marchandises et aux manœuvres de l'équipage, ils trouvaient difficilement place. Aussi, quelques " packets " proposaient de transporter des voyageurs avec un certain confort.

Le gouvernement de la Restauration autorise le libre déplacement des personnes et favorise le commerce. A partir de 1815, on se déplace beaucoup, et parfois très loin. Au cours des années 1820-1830, on construit des paquebots à voiles. On inaugure au Havre des lignes de voiliers à destination du Brésil, de Cuba, de New York. Dans le même temps, l'utilisation de la vapeur favorise le développement du transport de voyageurs sur de courtes distances, car les premières chaudières sont peu efficaces et exigent d'importantes réserves de combustible.

Les " steamers " conserveront longtemps des roues et des voiles.

En 1827, Chateaubriand constatait : "On part l'hiver en sortant de l'opéra ; on touche aux îles Canaries, à Rio-Janeiro, aux Philippines, à la Chine, aux Indes, au cap de Bonne-Espérance, et l'on est revenu chez soi pour l'ouverture de la chasse". La conquête de l'Algérie, en 1830, ouvre une porte sur l'Orient et encourage les voyages. On crée des lignes maritimes régulières à destination de ce pays. La régularité des voyages induit une certaine banalité, clairement perçue par les écrivains. Fromentin écrit dans "Une année dans le Sahel" (1852) : "Les choses restent, mais la mythologie des voyages a disparu [...] La vitesse a supprimé jusqu'aux aventures ; tout est plus simple, plus direct, pas du tout fabuleux et beaucoup moins charmant. La science a détrôné la poésie [...] un grand bruit de vent dans les voiles, de roues déchirant la mer, de balancier frappant à coups redoublés dans les entrailles du navire... ". Victor Segalen note vers 1908 : "Du perfectionnement des Voyages et des menaces qui en découlent pour la persistance de la saveur d'exotisme". Dans le "Voyage en Orient", publié en 1851, Nerval ira jusqu'à prétendre : "Les voyages en mer sont aujourd'hui, grâce à la vapeur, tellement dépourvus de danger, que ce n'est pas sans quelque inquiétude qu'on se hasarde sur un bateau à voiles". Sécurité illusoire, car certains naufrages de navires à vapeur, tel celui du steamer allemand Austria le 15 septembre 1858, ont frappé l'opinion publique et inspiré aux peintres des représentations dramatiques.