Paquebots







Luxe et confort

"D'élégants navires offrent aux passagers des chambres lambrissées d'acajou, ornées de tapis, de glaces, de fleurs, de bibliothèques, d'instruments de musique, et toutes les délicatesses de la bonne chère" (Chateaubriand, préface au "Voyage en Amérique", 1827).

La notion de luxe reste associée au nom de paquebot. Pour satisfaire les voyageurs fortunés, on développe le confort. Au fil des ans, les navires deviennent de plus en plus luxueux. Au style extrÍmement chargé des années 1880 succède, à partir de 1900, une décoration d'esprit Louis XVI, similaire à celle des palaces de cette époque. Les artistes sont mis à contribution pour les emménagements. De splendides décors font surnommer France II (1912) le "Versailles de l'Atlantique". Quant à Ile-de-France (1927), avec ses emménagements de style art déco, il est appelé "La Rue de la Paix de l'Atlantique". Mais c'est avec Normandie (1935), dont la décoration était d'esprit résolument contemporain, que le style paquebot connaît son apogée. Les artistes ne contribuent pas uniquement au décor des salles et des cabines. Chaque élément de la vie à bord, mobilier, vaisselle, menus... participe du luxe général. TSF, ascenseurs, cinéma... les éléments de confort et de distraction apportent un élément supplémentaire à la qualité de l'environnement.

Cette vision moderne et somptueuse oblitère souvent une autre réalité : il existe généralement trois classes sur la plupart des paquebots, parfois quatre, et beaucoup de voyageurs n'ont pas la possibilité de bénéficier de la première, ni mÍme de la seconde : "250 passagers de chambre et 800 d'entrepont", note Ernest Michel qui, en 1883, voyage à bord du paquebot Niger des Messageries maritimes. Les conditions changent considérablement d'une classe à l'autre. Sur Chili, les premières classes "comprenaient deux catégories selon le confort des cabines, qui pouvaient Ítre avec ou sans salon ou salle de bain, à une, deux ou quatre couchettes. La salle à manger, la salle de musique ou salon et le fumoir étaient communs aux deux catégories. La table des premières catégories était présidée par le commandant, celle des deuxièmes par le commissaire. Le prix du passage en première classe, deuxième catégorie se montait à 750 francs pour Buenos-Ayres, plus les pourboires, bien entendu". En seconde classe, le confort laisse parfois à désirer : "nous étions huit dans une cabine et sept dans une autre. L'air y pénétrait avec peine, avec la chaleur qu'il faisait, il n'y avait pas moyen d'y habiter" note Cyrille Gibergues sur un paquebot des Messageries maritimes en 1902. En troisième classe, les choses se dégradent considérablement : "La dernière classe, si on peut appeler cela une classe, était l'entrepont. Comme dortoir, une partie de la cale avant, avec des lits à paillasse, mais sans draps ; comme réfectoire et promenoir, la pointe avant du bateau, c'est là qu'était apportée la nourriture dans un matériel de campement" selon Edmond Garnier qui, en 1909, voyage à bord du paquebot Chili

La relation la plus complète de la vie à bord d'un paquebot a été faite par l'écrivain italien Edmondo De Amicis (1846 - 1908) dans son ouvrage paru en 1889 et intitulé "Sur l'océan, émigrants et signori de GÍnes à Montevideo".