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Artistes voyageurs

"J'ai bien fait des demandes pour aller au Tonkin, mais les réponses sont en ce moment presque négatives. Les gens qu'on envoie aux colonies sont généralement ceux qui font des bêtises, volent la caisse, etc. Mais moi, un artiste impressionniste, c'est-à-dire un insurgé, c'est impossible" (Paul Gauguin, 1889).

De rares peintres avaient eu la possibilité d'être associés à des missions d'exploration : Biard et son épouse, la romancière Léonie d'Aunay, au Spitzberg. La plupart des artistes devaient limiter leur déplacements aux proches pays d'Europe. La conquête de l'Algérie, à partir de 1830, encourage les artistes à visiter l'Afrique du Nord.

A partir de la seconde moitié du dix-neuvième siècle, le développement des transports maritimes de voyageurs incite les artistes à se déplacer. Le constat est évident chez les gens de lettres, qu'ils se déplacent par curiosité (Henri Michaux, Jean Cocteau) ou pour des raisons professionnelles (le diplomate Paul Claudel ou le journaliste Blaise Cendrars, qui est envoyé comme reporter lors du voyage inaugural de Normandie).

Si les marchands, par exemple Cadart ou Durand-Ruel, partent très tôt à la conquête des Etats-Unis, les artistes ne sont pas en reste. Didier Guillaume sera très proche des dirigeants sudistes et il représentera "La Reddition des forces de la confédération sudiste à Appomattox Court House le 9 avril 1865" (Appomattox Court House National Historic Park). Jules Saintin travaille pendant près de dix ans aux Etats-Unis, où il s'intéresse aux Amérindiens, envoyant ses œuvres américaines au Salon de Paris : "Femme de colon enlevée par les Indiens Peaux Rouges", Salon de 1864, n░ 1714 ou "La Piste de guerre", Salon de 1865, n░ 1910 , tableaux acquis par l'Etat. Degas rend visite à sa famille, fixée à La Nouvelle-Orléans. Son voyage lui inspire en 1873 une représentation d'un bureau de coton. Emile Renouf visite régulièrement New York dans les années 1880. Il y exécute une vue du pont de Brooklyn acquise par L'Etat au Salon de 1891 (no. 1392) et déposée au musée du Havre. Spécialiste des panoramas, Sebron réside plusieurs années aux Etats-Unis, où il expose ses œuvres. Au vingtième siècle, les artistes franšais sont trop nombreux à être attirés par les Etats-Unis pour pouvoir être mentionnés ici. En 1930, Méheut est appelé à Pittsburgh pour y décorer la salle des nations du building de la Compagnie Heinz. Il fait venir pour l'aider Yvonne Jean-Haffen, qui voyage sur Ile-de-France et réalise plusieurs œuvres lors de son séjour. Ce sont quelques exemples, parmi beaucoup d'autres.

En retour, les artistes américains viennent visiter et travailler en Europe.

L'Asie et l'Océanie attirent également les peintres. Passionné par l'Orient, Gasté fait de nombreux voyages en Afrique du Nord avant de découvir l'Inde, où il meurt en 1906. En 1901, Loti, qui reprochait à Claudel de voir l'Orient à travers le prisme occidental, observe avec consternation "ces hommes de race blanche qui convoitent si follement de régir l'immémoriale Asie et d'y déranger toutes choses". Quelques-uns, pourtant, rêvent d'un véritable partage culturel. En 1886, Gauguin et Laval se rendent en Martinique. Gauguin part finalement pour l'Océanie, "s'abreuver aux sources lointaines et sauvages". Plus que tout autre artiste, il a permis l'ouverture de l'Occident à d'autres civilisations et ainsi favorisé la reconnaissance de celles-ci.