Les Métamorphoses d'Ovide





Livre 1
Récits du premier livre : Origine du monde. L'homme. Les quatre âges du monde. Les Géants. Lycaon. Le déluge. Deucalion et Pyrrha. Python. Daphné. Io, Argus, Syrinx et Pan.

Quatre récits ont inspiré les artistes.
- Daphné, nymphe, fille du fleuve Pénée, poursuivie par Apollon, et transformée en laurier (vers 452-567).
- Io, nymphe, fille du fleuve Inachus, métamorphosée en génisse (vers 568-747).
- Argus, gardien de la génisse Io, endormi par Mercure avec
- l'histoire de la nymphe Syrinx et Pan, qui permet à Mercure de tuer Argus (vers 670-747).



Daphné
"L'objet du premier amour de Phoebus [Apollon] fut Daphné, fille du fleuve Pénée ; cet amour ne naquit pas de l'aveugle hasard, mais de l'implacable colère de Cupidon.
... du carquois contenant ses flèches, il [Cupidon] tira deux traits, destinés à deux besognes tout opposées : l'un met en fuite, l'autre fait naître l'amour.
... une atteignit la nymphe fille du Péné ; mais du premier, il blessa Apollon, traversant ses os jusqu'aux moelles. Aussitôt, l'un aime ; l'autre fuit le nom d'amante ...

A bout de forces, elle [Daphné] a pâli et, succombant à la fatigue de cette fuite rapide, tournant les yeux vers les eaux du Pénée : "Secours-moi, mon père, dit-elle, si vous, les fleuves, vous avez un pouvoir divin, et fais-moi perdre, en la transformant, cette apparence qui m'a valu de trop plaire !".
[Daphné se transforme en laurier]
... Alors le dieu : "Eh bien! puisque tu ne peux être mon épouse, tu seras du moins, dit-il, mon arbre. Toujours c'est de toi que ma chevelure, de toi que ma cithare, ô laurier, de toi que mon carquois s'orneront..."

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Io
"L'Inachus [fleuve d'Argolide], seul, manque, et, caché au fond de son antre, grossit de ses larmes son flot ; il pleure, au comble de la misère, sa fille Io, qu'il considère comme perdue...
Comme elle [Io] revenait des bords du fleuve son père, Jupiter l'avait vu et : "O vierge digne de Jupiter, et qui feras le bonheur de celui - quel sera-t-il ? - que tu admettras à ta couche, viens goûter l'ombre des hautes forêts", ...

Elle fuyait en effet. Déjà elle avait laissé derrière elle les pâturages de Lerne et les champs plantés d'arbres de Lyrcéion, quand le dieu, recouvrant au loin la terre d'une épaisse nuée, l'obscurcit, arrêta la fuite de la nymphe, et lui ravit son honneur. Cependant, Junon, du ciel, jeta les yeux au milieu d'Argos ...
Jupiter avait deviné l'arrivée de son épouse et transformé la fille de l'Inachus en une génisse aux flancs luisants.
[Jupiter est obligé d'offrir la génisse à sa femme qui la confie à la garde du fils d'Arestor, Argus. Jupiter envoi Mercure tuer Argus].
Une fois la déesse Junon apaisée, Io reprend son apparence première, redevient ce qu'elle était."

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Mercure et Argus, Syrinx et Pan
[Junon confie Io, transformée en génisse à la garde du fils d'Arestor, Argus].
"Argus avait la tête ceinte de cent yeux ; aussi deux par deux, tour à tour, se livraient-ils au repos, pendant que tous les autres, vigilants, restaient en faction.

[Jupiter envoie Mercure tuer Argus.]
En un instant, celui-ci a attaché à ses pieds ses ailes, saisi dans sa main puissante la baguette qui dispense le sommeil et mis son couvre-chef. Ces dispositions prises, le fils de Jupiter, du haut du ciel paternel, bondit sur la terre ...
"Eh! toi, qui que tu sois, tu pourrais t'asseoir avec moi sur ce rocher" dit Argus ...

[Mercure, avec un pipeau essaye sans succès d'endormir Argus, aussi il raconte l'histoire de la nymphe Syrinx]
" ... il était une naïades, la plus connue de toutes ; les nymphes l'appelaient, Syrinx. Plus d'une fois elle avait déjoué les poursuites des satyres eux-mêmes et des dieux de toute sorte ...
Comme elle revenait des hauteurs du Lycée, Pan la voit, ..., il lui adresse ces paroles ... il restait à Mercure à rapporter ces paroles, à raconter la fuite de la nymphe, ... elle avait prié les nymphes des eaux, ses sœurs, de la métamorphoser ; et comment Pan, qui se croyait déjà maître de Syrinx ..., il n'avait plus tenu que des roseaux palustres ...". Et c'est ainsi que, grâce aux roseaux inégaux assemblés entre eux et retenus par de la cire, il avait conservé le nom de la jeune fille.
Comme il [Mercure] s'apprêtait à ce récit, il vit que tous les yeux d'Argus avaient succombé au sommeil, fermant les paupières... Sans plus attendre, de son glaive recourbé, il frappe la tête inclinée d'Argus ...

La fille de Saturne [Junon] recueille les yeux et les place sur les plumes de son oiseau [le paon], dont elle couvre la queue d'une constellation de pierreries."

   •   Mercure et Argus    notices  •   Syrinx et Pan    notices


Livre 2
Récits du deuxième livre : Phaéton. Les Héliades. Cygnus. Callisto. Arcas. Coronis. Ocyrhoé. Battus. Aglauros. Europe.

Trois récits ont inspiré les artistes.
- Phaéton, fils d'Hélios et de Clyméné, Phaéton demande la preuve de sa naissance céleste et obtient de conduire le char de son père, il est victime de sa présomption (vers 1-339). Et métamorphose des sœurs de Phaéton en peupliers.
- Callisto, nymphe, fille de Lycaon, séduite par Jupiter, est métamorphosée en ourse par Junon. Son fils Arcas devient, avec elle, une constellation (vers 401-530).
- Europe, sœur de Cadmus, enlevée par Jupiter qui a pris l'apparence d'un taureau (vers 833-875).






Phaéton
Phaéton : " ... donne-moi un gage, toi qui m'a engendré, grâce à quoi nul ne doute que je sois de ta lignée, et délivre mon esprit de cette incertitude." ...
Hélios, après l'avoir embrassé : "Tu ne mérites certes pas toi-même que je te renie pour mon fils, dit-il, et Clyméné t'a fait connaître ta véritable origine. Et, pour que tu n'en doutes plus, demande-moi la faveur qu'il te plaira ; je veux que tu l'obtiennes de moi ...
A peine avait-il fini de parler que Phaéton demande le char de son père et, pendant tout un jour, la faveur d'être le maître et le conducteur des chevaux aux pieds ailés.
Le père se repentit de son serment ...
"... Que ne m'est-il permis de ne pas tenir ma promesse ! Je l'avoue, c'est la seule chose, mon fils, que je te refuserais. Je peux, du moins, te la déconseiller. Ce que tu veux n'est pas sans danger ... C'est un châtiment, Phaéton, que tu demandes comme une faveur ...
Mais Phaéton prend possession du char bien léger sous son jeune corps, il s'y dresse, tout à la joie de toucher de ses mains les rênes qu'on lui a remises, et rend grâces à son père dont le cœur se serre d'angoisse ...
Dès qu'il le sentit, l'attelage s'emporte, abandonne la route battue et s'écarte de la direction suivie d'ordinaire. Phaéton prend peur ...
Sous l'action du feu, les nuages s'évaporent. Sur terre, les plus hauts sommets sont les premiers la proie des flammes ... Mais alors Phaéton voit, de toutes parts, le monde en flammes ; la chaleur lui est, à pareil point, intolérable ...
Alors le père tout-puissant, ayant pris à témoin les dieux et celui-là même qui avait prêté son char, que, s'il ne lui porte secours, le monde entier périrait victime d'un funeste sort ... Il tonne, et brandissant la foudre, de la hauteur de l'oreille droite, il la lança sur le cocher auquel il fit perdre du même coup la vie et l'équilibre, et de ses feux redoutables il arrêta l'incendie ...
Les Naïades d'Hespérides ensevelissent ce corps fumant encore de l'atteinte de la flamme aux trois pointes et gravent sur le rocher ces vers : "Ci-git Phaéton, qui conduisit le char paternel. S'il ne put le diriger, du moins périt-il victime d'une noble audace".
[Les Héliades, filles de Clyméné, sœurs de Phaéton, désespérées, sont métamorphosées en peupliers]
Le deuil des Héliades n'est pas moins grand et elle offrent à la mort, vains présents, leurs larmes ... Et, toutes surprises encore de ce prodige, voici que l'écorce entoure leurs flancs et graduellement leur enveloppe le ventre, la poitrine, les épaules, les mains ..."

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Callisto et Arcas
[Jupiter], au cours de ses multiples allées et venues, une vierge de Nonacris fixa ses regards et le feu allumé en lui l'échauffa jusqu'aux os ... sa main armée, tantôt d'un léger javelot, tantôt d'un arc, elle était un soldat de Phoebé ...
Aussitôt, Jupiter prend l'apparence et les atours de Diane ... Callisto s'apprête à lui conter dans quelle forêt elle a chassé ; il l'en empêche par son étreinte, et il se trahit, et non sans crime ... elle garde le silence et sa rougeur révèle son déshonneur.

[Callisto est chassée par Diane. Junon se venge]
Depuis longtemps, l'épouse du Maître du tonnerre savait tout. Nulle raison de tarder davantage ; maintenant le petit Arcas - événement cruellement ressenti par Junon - était né de sa rivale ...
Junon : "Je t'enlèverai cette beauté où tu te complais et par où, fille malencontreuse, tu plais à notre époux !" ...
[Callisto se transforme en ourse]
Cependant, toute sa lucidité de jadis subsiste encore dans l'ourse qu'elle est devenue ; ses gémissements continus témoignent de sa douleur ...

Et voici que l'enfant de Callisto, Arcas, sans connaître sa mère, a grandi, comptant près de quinze anniversaires de son jour natal. Lancé à la poursuite des bêtes féroces ... il tombe sur sa mère ... il allait lui transpercer la poitrine d'un trait meurtrier. Le dieu tout-puissant ne le permit pas, et, du même coup, les enlevant eux-mêmes et empêchant le crime, il les emporta à travers les airs sur les ailes d'un vent rapide et les plaça dans le ciel, oł il en fit deux astres voisins. Junon fut outrée de colère, quand, parmi les astres, resplendit l'éclat de sa rivale."

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Europe
"Jupiter ... revêt l'aspect d'un taureau et, mêlé au troupeau, mugit et, dans l'herbe tendre, promène sa beauté ...
Europe, fille d'Agénor [roi de Sidon] l'admire d'être si beau, de ne donner aucun signe d'humeur menaçante et combative ; mais, malgré cette douceur, elle n'osa pas d'abord le toucher.
Bientôt, elle s'approche et tend des fleurs au mufle blanc ...
La vierge, fille de roi, osa même, sans savoir sur quel dos elle se posait, s'asseoir sur l'échine du taureau. Alors le dieu, quittant insensiblement la terre et le rivage sec, effleure perfidement des pieds l'eau du bord, puis de là avance plus loin et emporte sa proie en pleine mer."

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