Mythologie égyptienne



Symboles de la mythologie égyptienne

"La nature est un temple où de vivants piliers
Laissent parfois sortir de confuses paroles ;
L'homme y passe à travers des forêts de symboles..."

Nulle part ailleurs qu'en Egypte ces vers de Baudelaire n'ont semblé aussi vrais. Il semble que, pour les anciens égyptiens, toute activité et toute réalité deviennent prétextes à symboles. Il existe très peu de représentations dénuées d'intention symbolique. Ainsi, le cœur, seul organe laissé dans la momie après l'éviscération, évoque l'au-delà. Il passait pour être le siège de la pensée organisatrice, de la mémoire et donc le témoin de l'existence passée. Lorsque le défunt comparaît devant Osiris, Anubis pose le cœur du mort sur l'un des plateaux de la balance et la plume de Maât sur l'autre. Ainsi est mesurée la contribution du défunt au respect de l'ordre. Thot note le résultat. De celui-ci dépend le droit du défunt à accéder à l'au-delà.

Les Egyptiens ont eu le talent de traduire le monde en images, devenues les symboles de différents phénomènes. La réalité géographique (Seth représente le désert) et cosmique (la course du soleil), les phénomènes naturels (inondation, végétation) ont été érigés en symboles.
Ils procèdent généralement pas association. Par exemple, la course lente du soleil dans le ciel peut être comparé au mouvement de la barque sur un fleuve.

La plupart des symboles traduisent la réalité d'une société agraire, dont l'épanouissement repose sur une observation précise des phénomènes météorologiques, ainsi que du comportement animal et du développement végétal. On ne constate pas de hiérarchie, avec des créatures jugées nobles ou d'autres non. Le scarabée bousier est symbole du soleil levant, de la naissance et du devenir. Confrontée à un environnement extrêmement contrasté, cette société, qui prône l'harmonie, connaît le rôle joué par chaque espèce pour le maintient d'un équilibre écologique, et donc social et politique. Dans ce contexte, les animaux les plus infimes sont susceptibles d'être érigés en symboles. Ainsi, la grenouille devient symbole du renouvellement de la vie, en raison de ses multiples métamorphoses. Quant au têtard, son grouillement dans les eaux stagnantes justifie son utilisation dans l'écriture hiéroglyphique, avec la signification "100.000".

Ces images ne se limitent pas au seul monde matériel. Les grands principes moraux (la vérité) ou politiques (le bon gouvernement) sont également illustrés, voire réduits à une image. La plume d'autruche est le symbole de Maât, déesse de l'ordre cosmique, politique et social. La capacité des Egyptiens à représenter des abstractions sous forme de symboles est particulièrement remarquable avec le ba, (énergie de déplacement, de communication et de transformation), le ka (personnalité véritable et immatérielle de l'individu) et l'akh (principe lumineux immortel), composants spitrituels invisibles de l'individu. Le ba est généralement représenté sous l'apparence d'un oiseau à tête humaine.

Les artistes ont joué un rôle important dans ce processus. Avec un remarquable esprit de simplification, ils ont su dégager l'essence des choses, jusqu'à réduire celles-ci à leurs formes essentielles et intemporelles. Bastet n'est pas représentée sous la forme d'un chat particulier, mais du chat, dans sa morphologie la plus parfaite. Le risque d'une telle démarche était la perpétuation d'un art de convention, vidé de toute substance. L'art égyptien n'a pas toujours échappé à ce danger.

Les divers symboles sont essentiellement connus par les représentations qui en sont faites sur les peintures, les sculptures ou divers objets. Compte tenu de l'importance jouée par la religion pour l'ensemble des classes sociales, il est logique que la présence des dieux se soit manifestée, sous forme de symboles, sur beaucoup d'objets de la vie quotidienne. Néanmoins, il ne faut pas oublier que la plupart des objets conservés aujourd'hui émanent d'un contexte funéraire ou de sanctuaires religieux, dans lesquels la présence divine a vocation à se trouver présente sous toutes ses formes, y compris symbolique.