Mythologie égyptienne



année de mise en ligne : 2000




Comparativement à d'autres civilisations, l'Egypte antique se distingue par une relative permanence. Toutefois, au cours des trois millénaires qui séparent l'avènement de la Ière dynastie (3100 av JC) de la fin de la période hellénistique (mort de Cléopâtre VII en 30 av JC), cette civilisation connaît des évolutions. Dans une société où chaque composante, du Pharaon aux plus basses classes sociales (porchers...), est très fortement imprégnée de religiosité ("comparés aux autres peuples, les Egyptiens sont religieux à l'excès" constate Hérodote), ces évolutions impactent nécessairement l'univers des dieux. La révolution amarnienne, au cours de laquelle Aménophis IV (1352-1336 av JC) s'affranchit du puissant clergé d'Amon et impose le culte étatique d'Aton, en est l'exemple le plus connu.

"Les Egyptiens sont aussi les premiers à avoir utilisé des noms particuliers pour désigner les douze dieux [...], les premiers à leur avoir consacré des autels, des statues et des temples, et à sculpter des animaux dans la pierre" (Hérodote). En réalité, le panthéon égyptien ne se limite pas à douze dieux. Il s'avère beaucoup plus vaste, relativement complexe, et il évolue au cours du temps. On aurait rendu un culte à plusieurs centaines de dieux, souvent des divinités locales. Le panthéon égyptien permet de lire en filigranne les efforts d'un gouvernement unique et centralisé pour assimiler tant bien que mal des féodalités locales puissantes. Certains des dieux, d'abord liés à une cité, et de médiocre importance, voient leur culte s'étendre, allant parfois jusqu'à s'imposer à la totalité du royaume (Amon). Leurs fonctions, comme leurs attributs, peuvent alors changer.

L'une des particularités de ce panthéon est l'importance jouée par les formes animales, totales ou partielles. Que ce soit Hathor, déesse au corps de vache, Bastet à tête de chatte ou Sekhmet à tête de lionne, Thot à tête d'ibis, Khnoum ou Amon le bélier, Anubis, le jeune chien, les exemples ne manquent pas. Parfois, l'animal n'est que la manifestation et le support du dieu, ainsi le taureau Apis pour le dieu Ptah.
Ces formes animales témoignent de l'importance jouée par la nature dans la civilisation égyptienne. L'écrivain grec Héliodore montre l'empreinte très forte de l'environnement sur la mythologie égyptienne : "ils pensent que la création et la vie des hommes résultent principalement de la conjonction du principe humide et de principe dé sécheresse, assurant que les autres éléments leurs doivent d'exister et d'apparaître, et ils ajoutent que le principe humide est représenté par le Nil, l'autre, par leur propre terre. Telle est la doctrine populaire, mais aux initiés, l'on apprend qu'Isis est la terre et Osiris le Nil, exprimant ainsi, par ces noms, la vraie réalité des objets. Bref, la déesse désire le dieu absent, est heureuse de s'unir à lui, le pleure quand il disparaît et éprouve de la haine contre Typhon, son ennemi. Mais les savants dans les choses de la nature et celles des dieux ne révèlent naturellement pas aux profanes le sens caché de ces légendes, ils leur donnent une instruction sommaire sous forme de mythes, réservant aux initiés de plus haut degré, à l'intérieur du sanctuaire, un enseignement plus clair" ("Les Ethiopiques", 1958, p. 139-740)."
En empruntant l'apparence partielle ou totale de l'animal, les divinités s'en attribuent le caractère. Khnoum, le bélier, préside à la fertilité. Bastet a le calme et la sérénité de la chatte. Parce qu'elles symbolisent des principes similaires, deux ou plusieurs divinités peuvent partager une même apparence animale. Symbole de fertilité, le bélier est associé à Khnoum et à Amon.

Une autre caractéristique de ce panthéon est la forte dualité des divinités. Hathor et Sekhmet, par exemple, symbolisent deux facettes d'un même principe féminin, le premier lié à la procréation, le second à la protection de la progéniture. Mais cette dualité peut être présente chez une même divinité. Dans ce cas, elle se manifeste sous des apparences différentes. Ainsi, sous sa forme léonine Hathor préside à la destruction, quand sous sa forme bovine elle évoque la musique, la danse et la sexualité.

Les triades (d'Abydos, de Thèbes, d'Eléphantine...) sont le dernier élément propre à la mythologie égyptienne. Une triade inclut généralement un père, une mère (le principe féminin constituant le pivot) et un fils. Elle symbolise le cycle de la vie.

Cette présentation ne vise pas à l'exhaustivité. Pour une connaissance plus approfondie du panthéon égyptien, on se reportera à un dictionnaire mythologique, et notamment : Isabelle Franco, "Nouveau dictionnaire de mythologie égyptienne", Paris, 1999.

Seuls sont présentés ici les principaux dieux et symboles de la mythologie égyptienne, à partir des collections des musées de France intégrées dans le catalogue collectif.

L'art égyptien, esssentiellement hiératique, sert les croyances et les rites en obéissant à des conventions ancestrales qui régissent le dessin et tout ce qui touche aux écritures. En dépit du poids de ces conventions, les artistes égyptiens ont réussi à tirer profit de ces lois pour représenter les dieux, déesses et symboles de leur mythologie avec beaucoup de créativité.