musée d'archéologie nationale




Objets mérovingiens




Styles ornementaux


C'est de l'artisanat romain tardif que dérivent les premières productions mérovingiennes. En témoigne la grande ressemblance entre certains objets romains des IVème et Vème siècle, telle que la plaque de ceinturon romaine tardive, objet n 17704, et des objets mérovingiens comme la plaque de ceinture (fin VIème-VIIème siècle), objet n 79436, sans doute découverte comme la première dans la vallée de la Saône.
De fait, il est certain que les garnitures de ceintures romaines tardives ornées de motifs géométriques en taille biseautée et d'un décor animalier en bordure sont les antécédents de nombreux bijoux mérovingiens, comme par exemple la fibule ansée de l'Aisne, objet n 56907, datée d'environ 500 ou des plaques de ceinture, objets n 8834 et n 49266, de la seconde moitié du VIème siècle. Ce " style biseauté ", qui doit son nom à ses motifs géométriques taillés en biseaux, reproduit sans doute sur le métal un type de travail à l'origine pratiqué pour le bois.

Les objets romains tardifs décorés de motifs géométriques biseautés fréquemment associés à des animaux, souvent des monstres marins, pénètrent également dans le monde germanique où ils donnent naissance au " style animalier ".
La version la plus ancienne de ce style pourrait être originaire de Scandinavie : c'est là que, pour la première fois, auraient été ajoutés aux motifs romains tardifs les détails zoomorphes qui caractérisent le " style animalier I " : animaux, têtes d'oiseaux de proie, pattes griffues, répétés de faon additive et s'étendant sur la totalité de l'objet (15310 (notice à venir) entrée de fourreau de Vieux-Mont, Oise).
Cette version initiale cède la place à partir de la fin du VIe siècle au " style animalier II ", où les détails zoomorphes s'intègrent dans des entrelacs symétriques. Les décors de style animalier n'atteignent que marginalement le nord de la France. Liés peut-être à l'origine à la mythologie germanique et aux mythes concernant l'origine des familles princières, ces décors animaliers, habituellement rares en Gaule dans leur forme précoce, se rencontrent sur plusieurs des objets trouvés dans la nécropole royale de Saint-Denis. Ce style aurait été diffusé par l'aristocratie. Les garnitures de ceinture à motifs animaliers de Chelles (Oise), objet n 15327-9, ou de Caranda (Cierges, Aisne), objet n 37692, toutes deux du VIIème siècle, en sont de bons exemples. Le rapace trouvé à Cerseuil (Aisne), objet n 36572, était sans doute une applique de sac. Un très beau scramasaxe datant des environs de 600 et qui proviendrait de Chaouilley (Meurthe-et-Moselle), objet n 77584, présente également un décor animalier. Les armes à décor gravé se rencontrent surtout dans l'est de la Gaule dans la seconde moitié du VIe siècle.
Les entrelacs zoomorphes du " style animalier II " influencent la plupart du temps sous une forme dégénérée de nombreux autres objets : paire de ferrets du VIIème siècle trouvée à Vouciennes (Vitry-la-Ville, Marne), objet n 77428 et ferret n 70480, sans provenance, qui exhibe des entrelacs animaliers sur une face et un alphabet mérovingien sur l'autre. Les décors damasquinés de nombreuses garnitures de ceinture mérovingiennes ont souvent un contour mouvementé parfois formé par la juxtaposition, ou l'affrontement, de têtes d'oiseau de proie à becs crochus et de têtes de sanglier à dents saillantes.

Cependant, la plupart des figurations animales seraient qualifiées à tort de germaniques. Elles sont héritées du répertoire antique méditerranéen : fauves, dauphins, oiseaux ), objet n 17703, griffons, animal à tête retournée), objet n 49276, figures mythologiques. Parfois, elles viennent orner discrètement les objets, comme sur la plaque-boucle de ceinture du VIe siècle de Breny (Aisne), objet n 37697, qui présente des têtes animales stylisées sur son contour, la plaque-boucle de ceinture de l'Oise 28310-19, également du VIème siècle, dont le contour est orné de têtes d'oiseaux stylisées ou la garniture de ceinture, objet n 15327-5, de Chelles, Oise. Une rouelle de Chelles, Oise, objet n 15287-3, représente trois têtes animales formant un triscèle. Sur une plaque dorsale de ceinture de Lavoye du VIIe siècle, objet n 73292, le décor ajouré de têtes animales forme un tourbillon. Les fibules de la fin du Ve et du VIe siècle sont elles aussi souvent zoomorphes, ou bien en forme de S terminé par des têtes d'oiseaux, comme les fibules de l'Aisne, objets n 2478 et objet n 37072, . Il n'est pas rare de voir des associations de figurations humaines et animales, telle que sur la plaque-boucle de ceinture, objet n 77500T, datée des environs de 600 et qui cumule une représentation humaine sur sa platine et un animal à tête retournée sur l'ardillon.

De nombreux motifs figuratifs sont probablement des symboles chrétiens, comme le montre la plaque-boucle de ceinture à décor de croix à longue hampe de la Vallée de la Saône, objet n 65727, datée de la fin du VIème ou du VIIème siècle ; d'autres dérivent de l'iconographie paléochrétienne, comme cette rouelle figurant un cavalier tenant une couronne, objet n 77240, datée de la fin du VIème ou du VIIème siècle et qui symbolise le Christ. Le masque humain est aussi souvent considéré comme une représentation du visage du Christ : on considère en effet comme tel les visages représentés sur les plaque-boucles de ceinture des environs de 600, objets n 77500S et n 36773, laquelle porte de surcroît l'inscription " REGNOVEIVS (nom propre?) " sur son ardillon ; ou encore celle de Chelles (Oise), objet n 28311-1, datée du début du VIIème siècle. Parfois, ces visages humains sont répétés ; c'est notamment le cas de la boucle de ceinture, objet n 76763, de la seconde moitié du VIème siècle, figurant des visages vus de profil ou de la plaque-boucle de ceinture, objet n 70432, datant de 600 environ et représentant des masques humains niellés.

On trouve aussi fréquemment de simples décors tracés au compas formant des rosaces et des ocelles. Ils sont surtout employés pour orner les objets de pierre, de bois de cerf et d'os. En témoignent les peignes comme celui probablement découvert dans l'Allier, objet n 49763bis, ou celui de Lavoye (Meuse), objet n 76008, daté du VIème siècle et qui a conservé son étui, également décoré. Un étui de peigne du VIème siècle provenant de Chelles (Oise), objet n 15283, présente un décor semblable.

Enfin, la céramique mérovingienne peut être elle aussi décorée. Les motifs sont d'abord la plupart du temps faits au poinon, comme sur le vase biconique décoré de rosettes provenant de Lavoye (Meuse), objet n 76117-1, daté des environs de 500. Ensuite, on les obtient comme souvent à l'époque romaine à la molette, comme le montre le vase biconique décoré de croix, d'oves et de croisillons qui provient d'Avelesges (Somme), objet n 60806 ; il est daté de la seconde moitié du VIème siècle. Une céramique ornée avec la même molette a été découverte à Cuignières (Oise) : peut-être s'agit-il du travail du même potier ?


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