musée d'archéologie nationale




Objets mérovingiens




Croyances en Gaule mérovingienne


A l'avènement de Clovis, la Gaule est officiellement chrétienne depuis plusieurs générations et la christianisation est déjà très avancée à l'époque mérovingienne.

Les baptistères, cathédrales, églises, monastères et oratoires s'y élèvent en grand nombre. Ils sont luxueusement décorés de mosaïques, de fresques et de sculptures. La splendeur de ces monuments de l'époque mérovingienne, presque totalement disparus, est célébrée par Grégoire de Tours ou par le poète Fortunat, évêque de Poitiers, qui nous décrit par exemple un des édifices parisiens " avec sa superbe voûte reposant sur des colonnes de marbre, les verrières de ses fenêtres où l'artiste a emprisonné la lumière ", ses lambris, l'éclat de ses lampes...

Une table d'autel datant des environs de 500 a été découverte en plusieurs morceaux à Saint-Marcel-de-Crussol, commune de Saint-Georges-les-Bains (Ardèche), objet n° 19589-20300-20580. Elle provient vraisemblablement d'une des églises de Valence dont le mobilier liturgique avait été mis à l'abri localement pendant les guerres de Religion. La table, légèrement en cuvette à l'intérieur d'un bandeau orné d'un rinceau de vigne, comporte des croix de consécration. Ses côtés offrent un riche décor symbolique. Douze agneaux (figurant les apôtres) sortant de deux portes de ville (Jérusalem et Bethléem) sur une des faces et douze colombes sur l'autre s'avancent vers une croix centrale encadrée de l'alpha et de l'oméga (première et dernière lettres de l'alphabet grec, symboles de Dieu, selon la parole de l'Apocalypse : " Je suis l'alpha et l'oméga, le premier et le dernier, le commencement et la fin "). Latéralement, deux groupes de trois colombes (âmes des saints dont les reliques sont déposées sous l'autel) s'avancent vers une couronne centrale (la récompense céleste). Mais, la datation des éléments sculptés découverts dans les édifices du haut Moyen-Age n'est pas toujours aisée. (Objet n° 33171).

A l'époque, des éléments de terre cuite moulés (claveaux, briques, antéfixes...) décoraient fréquemment les églises du haut Moyen-Age en Gaule comme dans le monde méditerranéen de la même époque. Plusieurs proviennent des fouilles exécutées au XIXe siècle à Vertou, près de Nantes. Saint Martin de Vertou, fondateur de l'abbaye de Vertou, mourut vers 601 ap. J.C. Objets n° 23914, 23915 et 23916.

Loin de cette iconographie paléochrétienne classique, une très curieuse plaque de terre cuite à décor moulé - objet n° 80287 - a été découverte avant 1830 avec une vingtaine d'autres tuiles de même grandeur formant le revêtement d'un tombeau sur la commune du Broc (Puy-de-Dôme), à 5 km au sud d'Issoire. Elle a été datée par thermoluminescence du début du haut Moyen Age. Cette interprétation extrêmement populaire du Christ, présentant la croix monogrammatique encadrée de l'alpha et de l'oméga sur le front, empruntant aux représentations impériales le globe et la lance à crochets et foulant le serpent (symbole du mal) selon les paroles du Psaume : "Tu fouleras l'aspic et le basilic, tu écraseras le lion et le dragon" ( d'où les trois têtes de lion dans le champ), dérive de figurations paléochrétiennes. Plus étonnante est l'adjonction d'un phallus. Signalons pourtant la même survivance de ce vieux symbole païen (le phallus est considéré comme doté de vertu protectrice) associé à d'autres représentations chrétiennes à l'époque mérovingienne.

Les témoignages littéraires concernant les translations solennelles de reliques sont fréquents, ainsi le célèbre hymne à la Croix chanté jusqu'à nos jours qui fut composé à Poitiers par Fortunat à l'occasion du don d'une relique de la Sainte-Croix fait par l'empereur Justin à sainte Radegonde, épouse du roi Clotaire. Les églises comme les particuliers possèdent des reliques qui ne sont souvent à l'époque mérovingienne que des matériaux mis en contact avec la tombe d'un saint (tissus...) ou prélevés à proximité (terre, eau, éléments végétaux, huile ou cire des lampes...). Ces reliques dites " de contact " sont parfois contenues dans des pyxides, petites boîtes de métal, d'os ou d'ivoire qui servaient parfois de reliquaires : objet n° 33183. Elles peuvent être placées dans les maisons, transportées sur soi ou même mises dans la tombe. Les cavités présentes sur certaines stèles funéraires sont sans doute destinées à en recevoir. Certaines garnitures de ceinture possèdent au revers des cavités aménagées pour recevoir ces reliques de contact prélevées auprès des tombeaux des saints ou même en Terre Sainte. D'une collection formée en Saône et Loire provient une plaque-boucle reliquaire, décorée des prophètes Daniel et Habacuc, objet n° 17698.

Parmi les thèmes représentés sur les plaques de ceinture rectangulaires portées dans la deuxième moitié du VIe siècle en Burgondie par les femmes et par les prêtres, figurent Daniel dans la fosse aux lions, le griffon buvant dans un calice (symbole eucharistique) objet n° 13852, ou encore les griffons encadrant la croix, objet n° 17702.

Les petites croix en tôle d'or objet n° 68227 retrouvées dans une sépulture d'Oyes (Marne) étaient peut-être à l'origine cousues sur un linge funéraire déposé sur le visage du défunt, selon un usage bien attesté chez les Lombards et en Allemagne du Sud.

Les symboles chrétiens sont parmi les décors les plus courants sur les objets quotidiens. Ils se multiplent à partir de la seconde moitié du VIe siècle : boucles (objets n° 15335-1, 79176-79177), bague (objet n° 50236), plaques de ceinture (objets n° 77596 et 34748-34749), épingles (objets n° 14163 et 82873), agrafe à double crochet (objet n° 34733).
Ces croix sont souvent associées aux masques humains vus de face (objet n° 15327-29) ou alternent avec eux, aux mêmes emplacements des objets (objet n° 82870). Les masques présentent parfois un nimbe crucifère, aussi les considère-t-on depuis Edouard Salin, qui publia un ardillon où cette représentation était accompagnée de l'inscription IMMANVEL, comme des figurations du visage du Christ. Sur une bague de Chelles, Oise, figure une représentation du Christ en cavalier accompagné de l'alpha et de l'oméga (objet n° 14158).

Moins nombreuses qu'à l'époque romaine, les inscriptions demeurent pourtant courantes surtout dans la moitié sud du pays. Presque toutes témoignent de la christianisation (objet n° 25963). Les épitaphes (stèles et plaques posées sur les tombes ou encastrées dans les couvercles des sarcophages) sont souvent datées, la date de la mort étant commémorée car considérée comme celle du salut du défunt : objet n° 32159. Les dates sont données d'après le calendrier romain avec mention des règnes ou, plus fréquemment, des consulats puisque des consuls continuèrent en effet à être nommés au VIe siècle par le Sénat romain et l'empereur d'Orient.

D'Auch (Gers) provient une curieuse inscription juive (objet n° 20320). Les textes mérovingiens mentionnent de nombreux Juifs. Comme les autres Orientaux, la plupart habitent les villes et beaucoup d'entre eux sont des commerçants.

Les incinérations sont les seules traces archéologiques certaines de paganisme à l'époque mérovingienne. Ces rites funéraires païens sont pratiqués par des Germains, comme les Saxons établis dans la région de Boulogne : fibule (objet n° 4163) et plaque (objet n° 4141) ayant subi l'action du feu, Waben, Pas-de-Calais, VIe siècle ap. J.C.

La présence de dépôt funéraire dans les tombes mérovingiennes n'est pas une preuve de paganisme puisque ces dépôts sont pratiqués également par les chrétiens, comme l'attestent les riches mobiliers découverts sous des églises, comme par exemple ceux mis au jour sous la basilique de Saint-Denis.


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