musée des Ursulines de Mâcon




Johé Gormand, une poétique de l'art brut




Son œuvre

Son expérience artistique commence à Paris et se termine à Toury, près de Cluny. A travers la représentation de l'espace public et de la danse folklorique, chaque œuvre est intimement liée à la représentation de la foule, au chant des peuples dont elle espère la fraternisation.

Johé Gormand a toujours été associée à l'art brut par les artistes, amateurs et critiques d'art, conservateurs, (Maxime Descombin, le docteur Joly, René Déroudille et Emile Magnien) qui l'ont fréquentée, suivie et reconnue dans la singularité de son expérience.

Son travail étrange, réalisé entre 1940 et 1963 dans un extrême dénuement, semble tout autant destiné à ce que s'accomplisse la «mission purificatrice» que son engagement éthique lui dictait, qu'à révérer une cosmogonie de personnalités politiques ou de divinités et à ériger danseuses, chevaliers errants, animaux ou fées en messagers porteurs de Paix.

L'Artiste en colère, «déchirée entre le politique et le divin », crée intentionnellement des œuvres primitivistes faites de matériaux récupérés ou fabriqués : assemblage de toiles découpées dans des draps ou dans les sacs de toile de jute, échantillons de papier peint pour la peinture, montage sommaire des châssis, fil de vigne, ciment et fossiles pour la sculpture, constituent ses moyens rudimentaires d'expression.

Johé Gormand entreprend en parallèle une œuvre littéraire aussi étrange que riche d'informations sur la quotidienneté de son existence. Constituée à la fois de carnets de jour et de carnets de nuit, elle décrit avec une grande précision l'espace, les activités de sa journée, ses rêves ou ses visions. Les récits obscurs de la nuit répondent aux écrits du jour ; les pensées et les conversations de la journée se transforment en murmures et en cris hallucinés qui surgissent dans l'ombre d'une pièce de la maison familiale.

Une œuvre singulière, troublante, d'une femme seule, à la recherche de la Paix et cachant une grande tristesse. Cette tristesse et ses illusions, peut-être faudrait-il les rechercher dans l'amour de jeunesse qu'un beau sculpteur roumain lui avait repris, en disparaissant après les années de guerre.

Johé Gormand, isolée, discrète, qui cache son travail à sa mère avec qui elle vit à Toury, s'est constituée une abondante documentation iconographique puisée dans des revues auxquelles elle est abonnée - La Chine Populaire, La Chine, Les Etudes soviétiques, Les lettres françaises, Horizons, La Culture et la Vie. - et dont la réception semble être un instant béni. C'est pour elle le moyen de rester «en communication» avec ses «Chers Amis» et de développer une certaine illusion du réel.
«Je sens vivre en moi un grand espoir. comme si j'attendais quelque chose d'heureux» confie-t-elle dans son «Journal de jour».