musée des Ursulines de Mâcon




Johé Gormand, une poétique de l'art brut




Sa biographie

Johé Gormand (Toury/Cortambert, Saône-et-Loire, 1905 - 1963)


14 février 1905, naissance de Marie-Joséphine Gormand (dite Johé). Ses parents, Joseph Gormand et Jeanne Renaud habitent une grande maison à Toury avec pavillon et jardin. Ce sont des agriculteurs-viticulteurs aisés, propriétaires de vignes et de terres. Sa mère tient également l'épicerie du village. Après 1945, le jardin et l'embellissement de celui-ci vont tenir une place importante dans la vie et la survie de Johé Gormand et de sa mère.
Vers 20 ans, Johé quitte le Clunisois pour suivre des cours au conservatoire d'art dramatique à Lyon.
En 1924, son père meurt au domicile familial. La famille, déjà éprouvée par la disparition du fils aîné, trouve alors sa subsistance compromise.


Johé Gormand part à Paris vers 1930 pour devenir comédienne. De cette période date sa rencontre avec Emmanuel Zalma, un artiste roumain qui l'initie à l'art et aux sciences occultes.
A la fin des années 30, elle semble profiter de l'émulation intellectuelle de Montparnasse et participe à l'ambiance festive. En témoignent de nombreux dessins réalisés à l'encre dont l'un est daté de 1939.
En juin 1940, le «couple» passe en zone libre et se réfugie en Saône-et-Loire, dans la maison de Johé où Zalma se cache.
Selon la mémoire familiale, jamais les artistes ne s'affichent ensemble jusqu'au départ de Zalma à l'issue de la guerre. Désormais seule, Johé Gormand vit avec sa mère dans la maison de Toury.



Johé débute un travail nouveau et singulier dont la matrice est constituée de ses rêves et de ses visions. La couleur y est plus expressive, plus spontanée, le signe plus direct tend vers un primitivisme rappelant les premières peintures de Gontcharova et Larionov, faites de formes aux teintes pures, cloisonnées par d'épais cernes noirs à la manière de vitraux, dont l'effet donne à son travail une charge surnaturelle.
Décembre 1950 : première «exposition» de ses œuvres lors d'une séance organisée à l'initiative des Amis de Cluny. Johé y explique son travail.
En janvier 1951 puis en juin 1952, des expositions sont organisées à la Galerie Grange à Lyon. René Deroudille, critique lyonnais, qui tient la chronique artistique dans le quotidien «Le tout Lyon», se montre attentif à son travail et à sa personnalité. De cette période date la série des danses folkloriques. Tour du monde des danses populaires qu'elle effectue, symbolisant la fraternité des peuples qu'elle voudrait voir s'unir par la main en une ronde gigantesque.
On peut supposer que la Galerie Pédrinis, active à Mācon dans les années 50, a également présenté les œuvres de Johé.



Vers 1954-1955, elle découvre l'Association des Amitiés Franco-chinoises lyonnaise. Johé est enfin en présence d'interlocuteurs qui semblent la comprendre et partager ses convictions. Mao devient pour elle la personnification de la promesse d'une ère nouvelle. Désormais, lorsqu'elle entend : Amérique, elle répond : Pékin.
Les premiers portraits des dirigeants communistes datent de cette époque : Mao en figure tutélaire, puis rapidement Lénine, Staline, Jaurès, Thorez, Zhou Enlaļ. Dans une sorte de syncrétisme en cohérence avec son idéal communautaire, Johé embrasse pour son œuvre la diversité des spiritualités : bouddhisme et christianisme se confrontent à son idéal politique.
Johé Gormand s'attelle à une création peut-être encore plus troublante : des lettres adressées à son «Grand Père» ainsi qu'à ses «Chers Amis» chinois remplissent la fonction de Manifeste.

Puis, elle écrit sur des cahiers à spirales qu'elle différencie en «Carnet de nuit» et «Journal de jour». Les premiers, énigmatiques, sont la description des rêves ou visions de la nuit qui semblent être une lumière guidant sa création. C'est sans doute une des raisons pour lesquelles elle laisse une place si large à l'évocation de Don Quichotte dans son œuvre. Les seconds, commencés méthodiquement le 29 juin 1958, font état quotidiennement de son travail artistique, et de ses réflexions en écho constant à la colère et à la tristesse qu'elle renferme. Ils sont également les témoins journaliers du monde extérieur.

Au même moment, Johé Gormand découvre la sculpture. La pauvreté dans laquelle elle vit avec sa mère à Toury explique sans doute cet intérêt tardif. Aussi Johé utilise-t-elle des moyens rudimentaires : fil de fer des vignes, récupéré ou donné par ses voisins, ciment prompt teinté en rose et qu'elle agglomère grossièrement sur l'ossature métallique.
On trouve également, à cette époque, de nombreux dessins et aquarelles représentant la foule dans les espaces publics parisiens. Retour aux sources et à ses premiers dessins. Ses contemporains rapportent qu'elle produisait de mémoire ce thème privilégié.

Dans les années 1958-1963, Johé entretient de nombreuses relations dans le village. Ainsi, les visites ne sont pas rares et son talent de peintre lui permet de donner quelques cours de dessin à des personnes du voisinage.
Parmi les œuvres inachevées retrouvées dans l'atelier en 1963, figure la représentation partielle d'Orphée. Autoportrait symbolique d'une artiste en souffrance.

Johé Gormand meurt le 24 janvier 1963 dans sa maison de Toury.