musée des Terres-Neuvas et de la Pêche à Fécamp




Doris, Doris...






Le doris fécampois à Terre-Neuve : son adéquation à une pensée industrielle

A la veille de l'arrivée du doris, en 1875, la flotte terre-neuvière fécampoise est quasiment réduite de moitié par rapport à son chiffre du milieu du siècle. À la généralisation de l'usage des doris correspondra une reprise générale de la pêche.
En 1880, en effet, les terre-neuviers ramènent plus du double de morues que quatre ans auparavant. Mais, l'augmentation de la productivité par unité de pêche n'est pas spectaculaire puisque, dans le même temps, le nombre de navires prenant le départ pour Terre-Neuve a, lui aussi, doublé : ils sont 18 inscrits à Fécamp en 1876 contre 36 en 1880.

Il semblerait en effet que l'usage des doris, plus qu'à une hausse rapide du rendement, corresponde à l'émergence d'une pensée proprement industrielle qui la rendra bientôt possible. Pour la comprendre, il nous faut tout d'abord établir une comparaison entre la pêche en doris et la pêche à bord des chaloupes utilisées jusqu'alors.
Les chaloupes ont toujours été dénoncées comme extrêmement dangereuses. Perdre une chaloupe, c'était, non seulement, perdre jusqu'à la huitaine d'hommes embarqués à son bord, mais c'était, par conséquent, mettre en péril la cargaison et le bateau alors dirigé par un équipage réduit de moitié. La pêche en doris, en revanche, caractérisée par la multiplication de petites unités à bord desquelles prennent place deux hommes seulement, bien que terriblement dangereuse elle aussi, aura pour avantage de ne jamais mettre l'ensemble d'un équipage en difficulté.
L'éventualité même de la perte d'un homme est intégrée dans la logique de production, c'est pourquoi le rapport entre groupe et individu est redéfini dans le sens d'une plus grande atomisation de ce dernier