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JOCONDE


DORIS, DORIS...

La construction du doris, après la seconde guerre mondiale

Plate de 7 m, en cours de construction
chantiers Moré - 1984

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"... Après la guerre, la construction du doris terre-neuvier a ralenti sensiblement. Il était surtout employé sur les chalutiers comme embarcation de service, c’est alors avec la mise sur le marché des contreplaqués marine que l’on commença à construire des doris en contreplaqué, on gagnait un peu de temps à la construction, ils étaient un peu plus résistants aux chocs et les bordées ne se fendaient pas sous l’action du gel, ils se réparaient plus facilement mais étaient peut-être un peu plus volages.
Cependant, on en construisait encore pour les artisans côtiers, surtout vers l’amont, Saint-Pierre-en-Port, Saint-Valéry et toutes les plages jusqu’à Pourville. Il s’agissait essentiellement de doris à moteur fixe de 5 à 6 chevaux.
Leur construction était un peu modifiée : on élargissait la sole de 10 à 15 cm, on mettait en place une pièce d’étambot pour le passage de l’arbre d’hélice, on ajoutait une quille plus ou moins haute selon le choix du client et souvent un œil d’échouage à la base de l’étrave pour le hâler au sec. L’aménagement d’un moteur fixe était encombrant et faisait perdre beaucoup de place à l’intérieur.
Vers 1946, apparurent les premiers moteurs hors-bord. Monsieur Beaufour de Saint-Valéry commanda un doris qu’on équipa d’un puits sur l’avant de la dernière varangue pour passer l’arbre du moteur un petit “ Goïot ” de faible puissance (4 ou 5 chevaux). Ce système avait un inconvénient : il fallait sortir le moteur du puits à chaque échouage.
La commercialisation de ces moteurs évolua rapidement et on trouva des moteurs de plus en plus puissants et rapides, mais plus lourds ce qui posait un problème pour sortir le moteur avant l’échouage.
L’agrandissement du puits, le moteur étant plus volumineux, nuisait aussi à la flottabilité et à la stabilité du doris. Vers les années 60, on commença à construire des plates : embarcations inspirées du doris, mais plus courtes, de 4,20 mètres à 5 mètres à la sole et au tableau très large où l’on fixait le moteur qui pivotait simplement à l’échouage. La période faste pour les trémailleurs, dans les années 1970, nous apporta des commandes de plates de plus en plus grandes, jusqu’à 7,30 mètres, avec un puits sur l’avant du tableau pour recevoir un moteur de 50 chevaux que l’on basculait à travers une découpe à la base du tableau. Ces plates n’avaient plus beaucoup de ressemblance avec le doris, les membrures étaient plus nombreuses et renforcées, les plats bords étaient remplacés par des lisses verticales qui supprimaient les feuillards de liaison. L’assemblage des varangues et allonges ne se faisait plus avec des plaques de tôle mais avec des contreplaqués collés et cloués ce qui évitait l’accrochage des filets. Les bancs étaient fixés et renforcés de courbes et épontilles La coque était bordée avec du contreplaqué marine de 15 mm de grande qualité, la sole était renforcée de deux quilles boulonnées sur les tringles de sole et protégées de l’usure par des fers demi-rond. On posait également des galbords de protection pour éviter l’usure du bordé à l’échouage. Sur l’avant au niveau du brion, un boîtier en acier galvanisé muni d’un œil de halage était boulonné sur l’étrave, la coque et la sole. Ces plates étaient souvent équipées d’un vire-filets ce qui nous obligeait à renforcer le plat-bord sur l’avant tribord.
On construisait encore quelques doris pour des fidèles qui ne voulaient pas de plates mais ces embarcations s’apparentaient plus aux Warys par leurs dimensions. Ainsi Monsieur Beaufour de Saint-Valéry qui exigeait toujours des doris à clins rivetés cuivre nous commanda un doris avec une tonture très prononcée, ce qui donna naissance à une nouvelle génération que les marins nommèrent “ Doris Banane ”
L’apparition des doris en alliage d’aluminium, d’une durée de vie plus longue et d’un entretien nul sonna le glas des doris en bois..."

Jean Clément, ancien charpentier de marine