musée de la Vie Bourguignonne - Perrin de Puycousin




Bourgogne en coiffes



Naître coiff : petite histoire du bonnet d'enfant

Dans l'Antiquité, Soranos d'Ephèse, qui exerce Rome sous Trajan et Hadrien, développe dans son traité "Des maladies des femmes" les premiers soins dispenser au nouveau-né. Il décrit méticuleusement la fa&eccedil;on de l'emmailloter et donne quatre vertus cette pratique : protéger du froid, éviter qu'en portant la main aux yeux le bébé n'altère sa vue, raffermir son corps par le contact avec matières dures, enfin empêcher les malformations des membres. Il conseille également de recouvrir le crâne par un enroulement de tissu afin de protéger la fontanelle.

Cette volonté d'éviter la déformation est reprise par la doctrine médiévale et les enluminures apportent de précieuses informations. Danièle Alexandre-Bidon, dans son étude des vêtements de la prime enfance a méticuleusement observé cette iconographie : "Pour vêtir l'enfant, on replie sur lui la fine toile blanche, puis le drap, pan gauche par-dessus le pan droit... La tête, enfin, est drapée dans le plus fin des langes, celui placé même le corps et il faut ménager toute une série de plissés sous le menton pour que tienne convenablement cette capuche improvisée. La pratique présente un double avantage : outre qu'elle dispense de l'achat d'un bonnet, le cou comme la poitrine sont ainsi bien calfeutrés."

Et ce modelage du corps est encore évoqué dans les enquêtes du 20e siècle. Le folkloriste, Emile Violet indique qu' Lacrost, "anciennement, on retournait le drapeau sur la tête du poupon en manière de bonnet. Albert Colombet note : "l'enfant était ficelé dans ses langes..., calé, c'est--dire coiffé de la cale [calotte] serrant bien les oreilles afin que celles-ci ne se décollent pas et que l'enfant ne puisse pas avoir l'air d'un érouèy [oreillard]".

La société traditionnelle ajoute une dimension symbolique. Ainsi le bonnet prend une place essentiel lors du baptême, par exemple. Imprégné de saint-chrême lors de la cérémonie, il acquiert un pouvoir protecteur. Ce béguin, reconnaissable sa croix brodée est mis sur la tête du nouveau baptisé après l'onction du saint-chrême d'où son nom de chrémeau. Plus tard, dans l'Auxerrois des années 1860, la coutume veut que ce bonnet soit attaché au poignet du conscrit lors du tirage au sort afin de le conjurer.

Avec l'âge de la marche apparaît une autre sorte de coiffure : le bourrelet d'enfant. Emile Violet le décrit comme un bourrelet en forme de couronne qui enserrait la tête de l'enfant. Généralement en paille, cette couronne débordante protégeait le crâne en cas de chute. Mais cette période de la petite enfance marque une régression du port du bonnet. Ce phénomène est-il lié la turbulence de l'enfant l'âge de l'apprentissage de la marche ?

Il semble pourtant que le garçon quitte traditionnellement son bonnet vers l'âge de cinq ans alors que les filles le portent jusqu' la puberté comme l'explique l'abbé Chagny dans son ouvrage "Anciens Costumes de Bresse" : "Le jour où la fillette faisait sa première communion, la coiffe remplaçait le bonnet, la coiffe blanche tulle uni, bordée d'une ruche très simple. Mais cette austérité ne durait guère. L'enfant devenue jeune fille, la coiffe toute unie se compliquait, s'embellissait. L'étoffe plus fine en était dès lors brodée et pailletée..." La cérémonie de la communion entérine donc la sortie de l'enfance, étape conduisant au statut de fille marier. Et ce changement d'état se concrétise par le port de la coiffe qui annonce l'entrée dans la féminité.