musée des Arts décoratifs à Bourges




Jeux et jouets






Le jouet et les évolutions techniques

Les fabricants de jouets n'ont de cesse d'inventer de nouveaux jouets en s'appuyant sur la mise au point de nouveaux matériaux, de nouvelles techniques.
Ils développent ainsi leur clientèle par l'intermédiaire des grands magasins.

Une fabrication en série

Cet essor de l'industrie du jouet s'appuie bien sûr sur une production en série. Les ateliers d'imagerie de l'est de la France participent de cette évolution. Editant tout d'abord des gravures sur bois, elles adoptent le procédé de la lithographie vers 1820.

On retrouve alors leurs productions sous la forme de décors de théâtre d'ombre, d'illustrations de coffrets ou de plateaux de jeux.
Le "Jeu de l'oie" exposé est ainsi illustré d'une lithographie de la maison "Klein & Cie" à Epinal.

Les fabricants de poupées connaissent également une évolution vers la production en série. En effet, au 19e siècle les ateliers de fabrication de poupées sont logés dans Paris. Pierre François Jumeau s'installe ainsi en 1846 rue Mauconseil (quartier des Halles). Cependant, celuièci, soucieux de rationaliser et d'augmenter sa production créée une manufacture à Montreuil-sous-Bois en 1873.
Toutes les opérations de fabrication des poupées sont réalisées sur place, de la confection des têtes et corps jusqu'à l'emballage marqué au nom de l'industriel.

De nouveaux matériaux

Le 19e siècle a connu des poupées constituées de divers matériaux : bois, cire, tissu, peau, céramique, composition.
Les "Poupées parisiennes" à partir des années 1860 ont par exemple une tête de biscuit et un corps de peau dont les parties sont cousues afin de former des articulations.

La Maison Jumeau conformément à son souhait de rationaliser et de développer sa production met en œuvre de nouveaux matériaux et de nouvelles inventions. En effet, peu après le déménagement de la firme, EmileèLouis Jumeau qui a repris la suite de son père, crée en 1877 le "Bébé Jumeau" à tête en biscuit et corps en composition. Ces deux matériaux sont particulièrement intéressants cars ils sont mis en œuvre par moulage et se prêtent donc bien à une standardisation de la production.
De plus, la composition, mélange à base de pâte de bois ou de papier offre un faible coût. Le "Bébé Jumeau» connaît de nombreuses variantes.
Le musée expose ainsi un Bébé à yeux dormeurs et muni d'un système émettant un son lorsqu'on tire une ficelle.

Le détournement de procédés techniques

Soucieux de faire évoluer leur offre, les éditeurs de jouets reprennent à leur compte des découvertes ou créations plus anciennes.

La lanterne magique qui apparaît au 17e siècle, fait partie de ces inventions qui trouvent une utilisation dans l'industrie du jouet.
Ce dispositif abrite une lampe à pétrole qui éclaire des images peintes sur des plaques de verres projetées sur le mur. La "lanterne magique", de la firme "E. Mazo» que l'on peut dater du début du 20e siècle est ainsi accompagnée de plaques de verre contant les fables de la Fontaine, "Aladin ou la Lampe merveilleuse", "Le Petit Chaperon rouge", "La Belle au bois dormant" Loin du ravissement attendu, le narrateur de Marcel Proust avoue plutôt son trouble, lorsque enfant, pour le distraire on installait une lanterne magique dans sa chambre et se souvient encore des "impalpables irisations [et des] surnaturelles apparitions multicolores».
La lanterne magique ne peut projeter que des images fixes. Au 19e siècle, de nouvelles expériences sont menées basées sur le phénomène de la persistance rétinienne qui conduiront à l'invention du cinématographe vers 1890 – 1895. Ainsi, Joseph Plateau, physicien belge, imagine en 1832 le Phénakistiscope. Cette avancée scientifique est reprise par l'industrie du jouet. Le musée expose ainsi un "Phénakisticope" (sic) qui comporte deux disques parallèles, l'un fixe avec des fentes, l'autre avec les différentes phases d'un mouvement. En mettant en rotation le deuxième disque alors qu'on regarde par l'ouverture du premier, la succession rapide des dessins semble animer le sujet.

L'éditeur Léon Saussine fait breveter en 1870 un jeu reposant sur le principe d'un plateau mu par magnétisme. Il sera décliné sous le nom de "L'oiseau Bleu : jeu magnétique sur la bonne aventure", "Les Jockos singes savants", "La petite bohémienne" commercialisés vers 1905. Ces jeux permettent, en posant une pièce aimantée sur le plateau, de faire bouger une flèche qui désigne alors une réponse ou une boîte contenant des prédictions… Pour cet "oiseau bleu», l'éditeur s'est sans doute inspiré de la pièce éponyme de Maurice Maeterlinck publiée en 1908 ou du conte de la Comtesse d'Aulnoy (1650 è 1705).