musée du Berry à Bourges




Collections ethnologiques et égyptiennes





Collections ethnologiques : vielle à roue

Aujourd'hui, la vielle à roue est aussi bien jouée dans des conservatoires de musique, comme celui de Bourges, que dans des bals de musique traditionnelle. En fait, elle a connu une longue et riche histoire durant laquelle elle a été pratiquée par toutes les couches sociales.
Ainsi, l'organistrum, son ancêtre, apparaît au 10e siècle et accompagne les chants liturgiques jusque vers 1250. Puis, à partir de cette époque, sa forme change pour devenir plus proche de celle que nous connaissons aujourd'hui et l'instrument devient celui des musiciens ambulants. Parallèlement à cet usage, et paradoxalement peut-être, la noblesse s'entiche de la vielle à roue à la fin du 17e siècle et le transforme en objet précieux et luxueux. A partir du 19e siècle, des luthiers installés notamment dans le Bourbonnais (Allier), dans la vallée de la Sioule, et à Mirecourt, en Lorraine, diffusent leurs productions dans la France entière. A la même époque, la vielle s'inscrit dans le registre des musiques populaires régionales.

La vielle est un instrument à cordes frottées grâce à une roue entraînée par une manivelle. Les cordes sont raccourcies par des taquets nommés 'sautereaux' mis en action par les touches du clavier.
Cet exemplaire présente une caisse bombée, un chevillier sculpté en buste d'homme, agrémenté sur les côtés de croisillons et d'étoiles, un décor de motifs floraux marquetés, autour de la manivelle, et des initiales 'JR' décorées de feuilles incrustées, sur le dessus de la boîte à clavier. A l'intérieur de la boîte à clavier, des documents ont été apposés par un détenteur de la vielle avant son entrée au musée : manuscrit donnant des indications biographiques sur Jean Rameau et une carte postale le représentant avec cette vielle. Sa boîte de transport est également conservée par le musée (non exposée).

Cet objet, au-delà de sa fonction d'instrument de musique, est le témoignage matériel de l'activité de trois hommes :

Joseph Pajot dit 'Pajot jeune' (1848 - 1926) est le descendant d'une lignée de luthiers installée à Jenzat dans l'Allier. Il a succédé à son père en 1897. Le premier d'entre eux, Jean, a construit des vielles à partir de 1795 et cet atelier a été actif jusqu'à la seconde guerre mondiale. La vielle porte sa marque sur le côté de la boîte à clavier 'PAJOT JEUNE / JENZAT / Allier' et une étiquette est également collée à l'intérieur : 'FABRIQUE D'INSTRUMENTS DE MUS[IQUE] / Fondée en 1875 / MEDAILLES D'OR & D'ARGENT / PAJOT JEUN[E] / NOUVELLE MAISON / à JENZAT (Allier[)]' avec l'indication manuscrite de sa date de fabrication '1906' dans le bas.

Jean Baffier (1851 - 1920), sculpteur, est originaire de Neuvy-le-Barrois (Cher). Son affection pour sa région l'a conduit, notamment, à représenter dans son œuvre des paysans berrichons. Sur cet instrument, il a sculpté le chevillier sous la forme d'un buste d'homme barbu habillé d'une chemise, d'un gilet et d'une veste qui pourrait être Jean Rameau. Au revers du chevillier, une inscription, en partie effacée indique 'Fait par / J. Baffier / sculpteur / 1906'.

Enfin, Jean Rameau (1852-1931), ("poète sabotier", comme il aimait à se définir) installé comme sabotier dans une échoppe de la rue Mirebeau à Bourges est surtout connu comme l'auteur de chansons d'inspiration régionale. Il diffusait celles-ci en se produisant lors de fêtes, accompagné d'autres musiciens et grâce à l'édition de cartes postales. Leur composition s'articule toujours autour du texte de la chanson et d'une scène, photographiée, représentant : 'La Noce de nout Gas', une 'Jeune Fille Berrichonne', 'Le Baptême', 'Les Accordailles' etc. Jean Rameau figure souvent en bonne place dans ces mises en scène. Ce parcours de chansonnier peut être mis en parallèle avec celui de Théodore Botrel (1868-1925) auteur de chansons dans le style breton qui a sans doute connu une plus grande notoriété, en particulier grâce à l'écriture de 'La Paimpolaise'.

Cette vielle atteste également de la volonté au début du 20e siècle, dans la France entière, avec cependant une intensité différente selon les territoires, de mettre en valeur les cultures régionales au moment où l'on prend conscience de leur profonde modification. Ce mouvement s'est ainsi traduit, dès cette époque, par des collectes, la création de musées, et la représentation de sujets régionaux par les artistes.