
Le développement de l¹entreprise n¹empêche pas les deux frères de poursuivre leurs recherches dans divers domaines, notamment celui de l¹image animée. Louis dépose, en février 1895, le brevet d¹un appareil qu¹il appelle Cinématographe Lumière et dans lequel il utilise une bande souple et transparente aux bords régulièrement perforés: le cinéma est né.
Le château Lumière, ainsi nommé dès l¹origine par les habitants du quartier, est l¹ultime création architecturale d¹Antoine Lumière. A l¹instar de nombreux industriels lyonnais, tels Rochet et Schneider ou Marius Berliet, constructeurs automobiles, il fait élever à la périphérie de Lyon une imposante maison de maître à la fois confortable et proche des ateliers. Construite, entre 1899 et 1902, par les architectes lyonnais Alex et Boucher, elle présente une décoration particulièrement luxueuse, dans laquelle s¹exprime des tendances Art Nouveau¹¹.

Le maître d¹¦uvre a conçu un édifice de plan massé, proche du carré, dans lequel seul le passage à voiture, au nord, forme saillie. A cette régularité du plan s¹opposent l¹éclatement des volumes et la diversité des élévations. L¹effet architectural tient dans les proportions des silhouettes et dans le jeu des matières, des couleurs et de l¹ornementation.
La diversité des matériaux contribue à la polychromie : calcaire blanc des balustres, des terrasses et balcons, calcaire gris des bandeaux et corniches, briques et pierre blanche des lucarnes et des souches de cheminées, tuiles en écaille vernissées et émaillées des toitures, zinc des crêtes et épis de faîtage, métal, verre et carreaux de céramique du jardin d¹hiver.
La recherche du confort et de la convivialité est une composante essentielle de cette construction. Dès l¹origine, la villa est équipée d¹un ascenseur, du chauffage central et du téléphone ; chacune des chambres possède sa propre salle de bains ou son cabinet de toilette. La construction s¹ouvre largement sur l¹extérieur grâce à l¹importance des surfaces vitrées rendue possible par l¹emploi de structures métalliques également utilisées pour la charpente.
La décoration intérieure présente une grande homogénéité. Les mêmes matériaux et les mêmes formes se répondent d¹une pièce à l¹autre : sols en carreaux de ciment pressé aux riches effets décoratifs ou parquets en marqueterie selon les fonctions, plinthes en marbre, lambris et portes à frontons en haut-relief, frises de céramique, cheminées sculptées. Le vocabulaire Art Nouveau est nettement perceptible dans la composition et le chromatisme des vitraux et des peintures murales.
Antoine Lumière fait appel à des artistes lyonnais dont certains sont des amis ; c¹est le cas du sculpteur Pierre Devaux qui a déjà travaillé pour lui à Evian, du peintre Eugène-Benoît Baudin, spécialisé dans la peinture de fleurs et passionné de photographie, et du sculpteur sur bois G. Cave. Les pièces du rez-de-chaussée concentrent l¹essentiel de la recherche décorative..


Conçue pour être la demeure familiale, cette villa fastueuse ne fut, en fait, habitée que quelques années par Jeanne-Joséphine Lumière, épouse d¹Antoine.
Elle ne devient officiellement propriété de la Société Lumière qu¹en 1950, mais abrite depuis plusieurs années le siège social et les bureaux. Lorsque la ville de Lyon l¹achète, avec les terrains alentour, en 1975, l¹intérieur est cloisonné et le décor masqué. Commence alors une importante campagne de restauration qui permet de redonner aux pièces leur volume et, dans la mesure du possible, leur décor d¹origine. Lors d¹une seconde campagne, les toitures, entièrement refaites, retrouvent leur polychromie initiale. Un éclairage (primé en 1993 par la Caisse des Monuments historiques et des Sites ) met en valeur les façades restaurées et dégagées grâce à la création d¹un espace vert de 7000 m2. L¹ensemble de la villa est inscrit à l¹inventaire supplémentaire des Monuments historiques par arrêté du 20 mai 1986 et le hangar du premier film a bénéficié d¹une mesure de classement le 2 décembre 1994.
Ce hangar sera restauré en 1996 ; à l¹emplacement des usines Lumière, s¹élèvera une nouvelle salle de cinéma. L¹Institut Lumière, association créée en 1982, pour promouvoir l¹art et la culture cinématographiques et pour valoriser le patrimoine et l¹¦uvre des Lumière, aujourd¹hui seul occupant de la villa, va disposer, d¹un cadre conforme à sa vocation de musée vivant du cinéma¹¹.
A partir de la publication : "La Villa Lumière, rue du premier film, Lyon".
Textes : M.R. Jazé-Charvolin ;
photographies : A. Franchella.
Lyon : A.D.I.R.A. Rhône-Alpes, 1995.
(Itinéraires du Patrimoine n°93 - ISBN 2-11-084717-4). Prix : 20F