La villa Lumière est le dernier témoin, à Lyon, de l¹ascension sociale et de la formidable réussite industrielle d¹Antoine Lumière, peintre et photographe, et de ses deux fils aînés, Auguste et Louis, inventeurs du cinématographe.

L'aventure des Lumière

La famille Lumière arrive à Lyon en 1870. Le studio photographique installé rue de la Barre, dans une baraque en bois puis dans un bâtiment en dur avec vitrine et salon de réception devient un endroit à la mode ; de nombreux artistes, hommes politiques, scientifiques le fréquentent.
Auguste et Louis sont très tôt associés aux travaux de leur père. La première invention de Louis, âgé de 17 ans, va marquer les débuts de leur aventure industrielle et de leur fortune : il met au point une plaque au gélatino-bromure permettant l¹instantané photographique. Fabriquée d¹abord artisanalement, cette plaque, commercialisée dans une boîte à étiquette bleue, connaît d¹emblée un grand succès d¹où l¹idée de passer au stade industriel. Une usine est créée à l'est de la ville en 1882.

Le développement de l¹entreprise n¹empêche pas les deux frères de poursuivre leurs recherches dans divers domaines, notamment celui de l¹image animée. Louis dépose, en février 1895, le brevet d¹un appareil qu¹il appelle Cinématographe Lumière et dans lequel il utilise une bande souple et transparente aux bords régulièrement perforés: le cinéma est né.


Les Lumière bâtisseurs

ŒŒMon père avait la maladie de la pierre invétérée...
grisé par le succès de notre entreprise, il fit bientôt l¹acquisition d¹une propriété à La Ciotat, sur laquelle il construisit une grande et belle villa, puis créa un vignoble avec des caves monumentales ; il éleva encore d¹autres constructions à Evian, à la Turbie et enfin à Monplaisir...¹¹, écrit Auguste Lumière dans ses mémoires.

Le château Lumière, ainsi nommé dès l¹origine par les habitants du quartier, est l¹ultime création architecturale d¹Antoine Lumière. A l¹instar de nombreux industriels lyonnais, tels Rochet et Schneider ou Marius Berliet, constructeurs automobiles, il fait élever à la périphérie de Lyon une imposante maison de maître à la fois confortable et proche des ateliers. Construite, entre 1899 et 1902, par les architectes lyonnais Alex et Boucher, elle présente une décoration particulièrement luxueuse, dans laquelle s¹exprime des tendances ŒŒArt Nouveau¹¹.


Regards extérieurs

Le maître d¹¦uvre a conçu un édifice de plan massé, proche du carré, dans lequel seul le passage à voiture, au nord, forme saillie. A cette régularité du plan s¹opposent l¹éclatement des volumes et la diversité des élévations. L¹effet architectural tient dans les proportions des silhouettes et dans le jeu des matières, des couleurs et de l¹ornementation.
La diversité des matériaux contribue à la polychromie : calcaire blanc des balustres, des terrasses et balcons, calcaire gris des bandeaux et corniches, briques et pierre blanche des lucarnes et des souches de cheminées, tuiles en écaille vernissées et émaillées des toitures, zinc des crêtes et épis de faîtage, métal, verre et carreaux de céramique du jardin d¹hiver.

Vues intérieures

La distribution intérieure reste classique : le sous-sol est réservé au service, le rez-de-chaussée à la réception, les deux étages principaux aux appartements familiaux et l¹étage de comble aux chambres des domestiques. L¹effet de surprise est provoqué par le volume hors d¹échelle de l¹atelier de peinture qui s¹élève sur la hauteur des deux derniers étages du corps central. Le rez-de-chaussée s¹organise autour du grand escalier central et du vestibule, avec le salon dans l¹axe, la cuisine et la salle à manger à droite, la salle de billard et le jardin d¹hiver à gauche. Le salon occupe de manière traditionnelle le c¦ur de la maison, mais la fantaisie vient de son ouverture sur une galerie intérieure, aux baies garnies de grandes verrières. La galerie donne accès d¹un côté à la salle à manger, de l¹autre à la salle de billard.

La recherche du confort et de la convivialité est une composante essentielle de cette construction. Dès l¹origine, la villa est équipée d¹un ascenseur, du chauffage central et du téléphone ; chacune des chambres possède sa propre salle de bains ou son cabinet de toilette. La construction s¹ouvre largement sur l¹extérieur grâce à l¹importance des surfaces vitrées rendue possible par l¹emploi de structures métalliques également utilisées pour la charpente.

La décoration intérieure présente une grande homogénéité. Les mêmes matériaux et les mêmes formes se répondent d¹une pièce à l¹autre : sols en carreaux de ciment pressé aux riches effets décoratifs ou parquets en marqueterie selon les fonctions, plinthes en marbre, lambris et portes à frontons en haut-relief, frises de céramique, cheminées sculptées. Le vocabulaire Art Nouveau est nettement perceptible dans la composition et le chromatisme des vitraux et des peintures murales.

Antoine Lumière fait appel à des artistes lyonnais dont certains sont des amis ; c¹est le cas du sculpteur Pierre Devaux qui a déjà travaillé pour lui à Evian, du peintre Eugène-Benoît Baudin, spécialisé dans la peinture de fleurs et passionné de photographie, et du sculpteur sur bois G. Cave. Les pièces du rez-de-chaussée concentrent l¹essentiel de la recherche décorative..

Le devenir

Conçue pour être la demeure familiale, cette villa fastueuse ne fut, en fait, habitée que quelques années par Jeanne-Joséphine Lumière, épouse d¹Antoine.
Elle ne devient officiellement propriété de la Société Lumière qu¹en 1950, mais abrite depuis plusieurs années le siège social et les bureaux. Lorsque la ville de Lyon l¹achète, avec les terrains alentour, en 1975, l¹intérieur est cloisonné et le décor masqué. Commence alors une importante campagne de restauration qui permet de redonner aux pièces leur volume et, dans la mesure du possible, leur décor d¹origine. Lors d¹une seconde campagne, les toitures, entièrement refaites, retrouvent leur polychromie initiale. Un éclairage (primé en 1993 par la Caisse des Monuments historiques et des Sites ) met en valeur les façades restaurées et dégagées grâce à la création d¹un espace vert de 7000 m2. L¹ensemble de la villa est inscrit à l¹inventaire supplémentaire des Monuments historiques par arrêté du 20 mai 1986 et le hangar du premier film a bénéficié d¹une mesure de classement le 2 décembre 1994.
Ce hangar sera restauré en 1996 ; à l¹emplacement des usines Lumière, s¹élèvera une nouvelle salle de cinéma. L¹Institut Lumière, association créée en 1982, pour promouvoir l¹art et la culture cinématographiques et pour valoriser le patrimoine et l¹¦uvre des Lumière, aujourd¹hui seul occupant de la villa, va disposer, d¹un cadre conforme à sa vocation de ŒŒmusée vivant du cinéma¹¹.


Exposition virtuelle réalisée, à l'occasion du Premier Siècle du cinéma, par le service régional de l'Inventaire Rhône-Alpes (Direction régionale des Affaires culturelles) avec la participation de l'Institut Lumière.

A partir de la publication : "La Villa Lumière, rue du premier film, Lyon".
Textes : M.R. Jazé-Charvolin ;
photographies : A. Franchella.
Lyon : A.D.I.R.A. Rhône-Alpes, 1995.
(Itinéraires du Patrimoine n°93 - ISBN 2-11-084717-4). Prix : 20F